Renault Colorale

Renault avait présenté sa 4 CV en 1946, et orientait depuis tous ses efforts industriels vers sa petite voiture. La demande était forte, et la 4 CV suffisait pour l'instant à faire tourner à plein régime l'usine de Billancourt.

Pierre Lefaucheux, alors PDG de la régie, se rendait bien compte que ce modèle ne pourrait pas à moyen terme soutenir à lui tout seul l'activité du groupe qu'il dirigeait. Il était par ailleurs important de pouvoir répondre à la demande d'une clientèle rurale relativement aisée, à la recherche d'une voiture moderne, robuste, polyvalente et habitable, capable de jouer en semaine le rôle d'un utilitaire, et le dimanche celui d'une familiale. 

Ce véhicule devait s'inscrire dans la gamme utilitaire du constructeur national, en s'intercalant entre la  4 CV Commerciale et la Fourgonnette Juvaquatre d'une part, et les camionnettes 1000 et 1400 kg d'autre part. Ce rôle était réservé avant guerre aux dérivés de la Vivaquatre, qui faisaient alors le bonheur des agriculteurs, commerçants et petits artisans.


Fourgonette Juvaquatre

Le service commercial de Renault souhaitait proposer à ses clients une large gamme de carrosserie. C'est ainsi que fut présentée en mai 1950 la famille Colorale, dont la désignation était une contraction des termes coloniale et rurale. Le dessin de la caisse adoptait la ligne ponton, un rien enveloppée dans le cas présent. La calandre à moustache évoquait la petite 4 CV. L'offre était organisée autour de deux familles.

La première, la R 2090, comportait trois modèles de tourisme, capables de transporter jusqu'à sept personnes ou 800 kg de marchandises. La Prairie avait la forme d'un break à quatre portes et double hayon à vocation familiale. Le Taxi identique à la Prairie bénéficiait en plus de strapontins, d'une glace de séparation et d'un toit ouvrant. Il n'eut aucun succès commercial, et fut supprimé du catalogue dès 1952, car aucune compagnie de taxi ne s'était intéressé à lui. Enfin, la  Savane était un utilitaire à trois portes à la teinte jaune sable de série, bien adapté aux pays tropicaux.

La seconde, la R 2091, était représentée par un pick-up, un fourgon tôlé et un châssis cabine susceptible de recevoir différents aménagements.


La Prairie


La Savane


Le pick-up


Le fourgon tôlé


Le châssis cabine aménagé en plateau à ridelles

Le modèle phare, la Prairie, était commercialisé au début de l'année 1951. Il présentait l'avantage d'être utilisable aussi bien pour la promenade que pour un usage professionnel, une fois la banquette arrière enlevée. La voiture plaisait en particulier dans les grandes régions agricoles françaises, où les agriculteurs disposaient de revenus supérieurs à la moyenne nationale.


Renault Prairie

D'un autre côté, la famille des Colorale marquait aussi l'origine socio-professionnelle de son propriétaire, ce qui n'était pas au goût de tout le monde. Par ailleurs elle effrayait une large part de la clientèle potentielle en raison de sa gourmandise en carburant. Enfin, le grand rival Peugeot proposait son break 203, plus économique à l'usage, fabriqué par un constructeur dont l'image de fiabilité n'était plus à démontrer. Simca portait un nouveau coup dur avec ses breaks Aronde disponibles à partir du Salon de Paris de 1952.


La Peugeot 203 en version Limousine Familiale, nettement plus excitante que l'austère Prairie


La Simca Aronde Ranch, pour gentleman farmer !

La clientèle visée était atteinte, mais la famille Colorale n'était pas une voiture de conquête, et on ne lui demanda pas plus pendant ses six années de carrière. Ce niveau de vente était indigne d'une firme comme Renault. Ces faibles volumes ne permettaient pas au constructeur national de dégager des marges suffisantes. Au contraire, les Colorale étaient vendues à perte.

Au salon de Paris 1953, le vieux moteur d'avant guerre de 2383 cm3 et 46 ch était remplacé par le tout nouveau 2 litres de la Frégate, guère plus enthousiasmant. L'offre autour de la Prairie de diversifiait avec la présentation d'une version 4 x 4 en octobre 1952 et d'un modèle " Service " dépourvu de tout superflu au Salon de Paris 1954.

Malgré le manque de succès, la Régie Renault avait pris un certain nombre d'engagements vis à vis de son sous traitant Chausson. Elle ne pouvait pas se permettre de suspendre sans préavis la production des Colorale. Celle ci fut maintenue jusqu'en février 1956. La voiture fut retirée du catalogue une fois tous les exemplaires vendus au début de l'année 1957.


La Prairie, par nature plus besogneuse que ses concurrentes Peugeot et Simca

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