AMC Pacer

AMC Pacer sur le site Caradisiac

1. La naissance de la Pacer

Au moment de la commercialisation de la Pacer, l'American Motors Corporation produisait environ 400 000 voitures par an, et occupait 4,5 % des parts du marché américain, en s'appuyant sur une gamme de cinq modèles. A défaut d'être un " grand " constructeur, AMC faisait parler épisodiquement de ses produits. Après la Rambler, première des américaines compactes, puis la Gremlin en 1970, AMC présentait en 1975 la Pacer.

Les " compact car " furent à la mode dès la fin des années 50 aux Etats Unis pour freiner l'importation des voitures européennes de petite taille et de moyenne cylindrée. Outre la Rambler, les Chevrolet Corvair, Ford Falcon ou Chrysler Valiant connurent un succès immédiat. Depuis les années 50, Le groupe de Kenosha jouait la carte de la différence pour survivre face aux " big three " :  General Motors, Ford et Chrysler


La Gremlin de 1970

L'idée qui prévalait à la création de la Pacer était de concevoir une voiture à la technique et à l'esthétique moderne, compacte dans ses dimensions mais pas dans son habitabilité, et capable de relancer l'intérêt des acheteurs envers les produits d'AMC. L'AMC Pacer présentée le 28 février 1975 fut dessinée sous les ordres du responsable du bureau de design d'AMC, Richard Teague.

2. Richard Teague, responsable de son design

Richard Teague est né à Los Angeles en 1923. Il oeuvra dès les années 40 pour Henry Kaiser, avant d'être recruté à la General Motors au sein de la division Cadillac. Au début des années 50, il travaillait chez Packard, et vécut avec la prestigieuse compagnie sa longue agonie. Outre son intervention sur les modèles de production, on lui doit quelques concept cars non dénués d'intérêt : Panther, Balboa, Request et Predictor.

En 1957, Teague rejoignait Chrysler puis AMC à partir de 1959. C'est là qu'il prit à partir de 1964 la direction du design, poste qu'il conserva jusqu'à son départ à la retraite en 1983. Il fut responsable du dessin des modèles de série (Marlin, Javelin, Hornet, Pacer, Matador, Gremlin ...), mais c'est en imaginant les prototypes de la famille AMX qu'il démontra tout son talent. Il est décédé en 1991.

3. La Pacer

Les concepteurs de la Pacer prévoyaient de la doter d'un moteur rotatif conçu par la General Motors, détentrice du brevet Wankel. Des accords de coopération avaient été engagés. Mais l'idée du rotatif fut finalement abandonnée en raison d'un niveau de consommation excessif, malvenu en période de première crise pétrolière, et de la difficulté à produire en grande série des rotors parfaitement étanches. Cette option initiale du rotatif explique notamment la face avant courte de la Pacer. Le moteur rotatif offrent en effet l'avantage d'une réelle compacité. A défaut de rotatif, AMC motorisa sa compacte avec des 6 et 8 cylindres très conventionnels, mais aussi très gourmant en carburant.

Les six cylindres 3,8 litres et 4,2 litres développaient respectivement 90 ch et 95 ch SAE. C'était bien peu pour une automobile de plus de 1,3 tonne. La vitesse maximum était de 150 km/h. Le V8 disponible à partir de 1978 permettait de répondre à une clientèle avide de plus de puissance, mais là encore, les 130 ch SAE du V8 n'autorisaient qu'un modeste 170 km/h. Pas plus de 3528 Pacer furent équipées de ce V8 de 5 litres jusqu'en 1979.

La partie arrière de la Pacer était extrêmement large (28 centimètres de plus que la Chevrolet Vega), et dotée d'une importante surface vitrée. La voiture favorisait les volumes, et non les dimensions. A titre de comparaison, elle avait quasiment la même longueur qu'une Renault 12, mais avec la largeur d'une Mercedes 450 SEL. Mais paradoxalement, et en raison de passages de roues très imposants, l'habitabilité arrière se trouvait réduite, avec une largeur aux coudes inférieure de 40 centimètres par rapport à l'avant. La porte passager était plus large que celle du conducteur de 10 centimètres, ce qui favorisait l'accessibilité aux places arrières.

La Pacer ne faisait référence par son style à aucune autre voiture, que cela soit en Europe ou aux Etats Unis. Le moins que l'on puisse affirmer, c'est qu'elle se démarquait nettement de ses concurrentes Chevrolet Vega et Ford Pinto. AMC avait prit le risque d'innover dans un contexte général plutôt frileux aux Etats Unis. Cette prise de risque lui valut des retombées médiatiques importantes à travers le monde.

4. Un déclin trop rapide

L'originalité ne fait pas toujours bon ménage avec les chiffres de ventes, et la silhouette de la Pacer était loin de faire l'unanimité. Il fut adjoint au coach une version break trois portes en 1977. Celui ci rencontra un vif intérêt, jusqu'a représenter plus du double de la production du " coupé ". Après un bon démarrage, la production s'effondra très rapidement. Il fut vendu 72 158 Pacer en 1975, 117 244 en 1976, 58 264 en 1977, 18 717 en 1978, 10 215 en 1979 et 1 746 en 1980. La voiture avait réussi à surprendre, mais pas à convaincre sur la durée.

5. Un produit d'exportation

Aux Etats Unis, la Pacer était considérée comme un modèle de bas de gamme, le plus souvent conduit par madame en tant que seconde voiture. Les nombreux articles dans la presse internationale suscitèrent la curiosité des acheteurs à l'étranger, et son style décalé allié à des dimensions (tout au moins en longueur) raisonnables firent craquer quelques acheteurs en Europe. Mais AMC ne bénéficiait pas d'un réseau de distribution suffisamment solide à l'exportation pour exploiter cet intérêt pour son modèle. L'effet de mode passé, les heures propriétaires de la Pacer devaient faire face à des dépenses de carburant importantes (de 15 à 20 litres au 100 km), à des performances insuffisantes, et à un comportement routier peu adapté à notre réseau routier européen.

5. Sa diffusion en France

En France, la Pacer, diffusée par Jean Charles Automobiles connut un succès d'estime. Sa connotation Snob et son côté totalement décalé lui permirent de séduire la clientèle des beaux quartiers ainsi que quelques vedettes du " show-biz ". On vit ainsi à son volant Brigitte Bardot, France Gall ou Coluche. Un peu plus de 2000 exemplaires furent diffusés dans l'hexagone.

Jean Charles vendait depuis 1955 des automobiles américaines d'occasion en France. En 1963, il s'installait rue Claude Terrasse à Paris, et débuta la commercialisation de voitures neuves, en dehors du réseau des grands constructeurs, en tant qu'importateur indépendant. Toutes les marques des " big three " étaient disponibles, et quand cela était nécessaire, les modèles étaient homologués à titre isolé. La presse spécialisée ou les journaux branchés servaient de relais à la promotion de Jean Charles, qui s'attachait à trouver outre Atlantique quelques modèles sortant de l'ordinaire.

En 1973, le service des Mines informa Jean Charles que seul les importateurs officiels pouvaient désormais vendre des voitures américaines en France. Le seul constructeur de taille significative à ne pas avoir de représentation officielle en France était AMC. La marque était alors importée dans l'hexagone en faible quantité par le réseau Poch, qui préféra à cette époque se concentrer sur la distribution des voitures des pays de l'est. Il céda à Jean Charles la diffusion des automobiles AMC en France.

Le nouvel importateur exposa pour la première fois au Salon de Paris en 1973. En 1975, il débutait la vente des Pacer, jusqu'à l'arrêt de sa production en 1980. Lorsque Renault prit en main la destinée d'AMC, Jean Charles cessa de représenter cette marque, et s'orienta uniquement vers les produits de la General Motors.

6. Epilogue

La Pacer fut ainsi la dernière AMC à avoir été imaginée par le constructeur américain en partant d'une feuille blanche. AMC était à la fin des seventies en pleine tourmente. Les finances manquaient pour renouveler une gamme vieillissante. Au début des années 80, la production annuelle était devenue inférieure à 200 000 voitures. En 1982, la Régie Renault venait au secours d'AMC.

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