Chrysler Airflow

1. Un rôle de précurseur

Chrysler fut aux Etats Unis le précurseur dans le domaine de l'aérodynamique liée à l'automobile de série. Mais être le précurseur dans un domaine technique ne suffit pas pour assurer un succès commercial. Nombreux sont dans l'histoire industrielle les entrepreneurs à avoir eu raison trop tôt ! La crise de 1929 fit douter Walter Percy Chrysler qui envisagea un temps de fermer son département des essais. La naissance de l'Airflow doit beaucoup à Harold Hicks, qui travaillait alors dans ce service, et qui réussit à convaincre son employeur qu'une bonne recherche aérodynamique pouvait largement contribuer à réduire la consommation en carburant et à obtenir des gains en vitesse de pointe.


Walter Percy Chrysler, 1925

2. Le public est surpris

L'audace esthétique de la Chrysler Airflow présentée au salon de New York en février 1934 ne laissa personne indifférent. Pourtant, elle fut considérée comme laide par une majorité du public. Celui ci avait encore à l'esprit les formes cubiques des années 20, et son oeil n'était pas suffisamment habitué aux contours galbés et totalement inédits de l'Airflow.


Pour bien mesurer l'évolution que représentait l'Airflow, il est intéressant de la comparer à un modèle de l'année précédente, ici une Imperial 1932, puis une Imperial 1934.

3. Un design déroutant

Nous étions pourtant en pleine " Streamline decade ", à savoir la décennie du profilage. Sur l'Airflow, la grille de radiateur verticale faisait place à une calandre arrondie et à des phares intégrés, qui manquait toutefois d'élégance et d'inspiration. Le dos de l'Airflow était effilé, ses ailes avant encastrées et ses ailes arrière carénées. Mais ce dessin trop en avance sur son temps ne parvenait à séduire que 10 839 acheteurs en 1934.


L'Airflow près d'une locomotive profilée dans le même esprit


Chrysler Airflow 1934

4. Chrysler avait pris soin de diversifier son offre

La voiture était proposée sous la marque Chrysler avec des motorisations huit cylindres, mais aussi De Soto avec de plus modestes six cylindres. Plusieurs niveaux de finition et d'empattement étaient disponibles. Les autres marques du groupe, Dodge et Plymouth, ne sacrifièrent pas à la mode des formes aérodynamiques de l'Airflow. Les arrières furent en effet assurés avec des modèles plus conventionnels construits par la firme de Highland Park, ou par ses satellites.


Chrysler qui  n'avait pas mis tous les oeufs dans le même panier proposait dans sa série Airstream des modèles plus conventionnels. Extrait du catalogue 1936.

5. Face à l'adversité, Chrysler jette l'éponge

L'Airflow ne fut pas ménagée par la concurrence, qui mena une campagne insidieuse de dénigrement, en affirmant que la voiture était ratée. Des retards de production contribuèrent également à la mauvaise image de ce modèle. Pendant ce temps, Ford et General Motors s'étaient contentés de moderniser discrètement leurs carrosseries, avec plus de succès. La face avant fut remaniée pour 1935 sous une forme plus classique, mais le niveau des ventes chutait de nouveau à 7 751 exemplaires. La production de l'Airflow était suspendue en 1937.


Extraits du catalogue Chrysler Airflow 1936. Par rapport au modèle initial, la face avant a été remaniée dans un style plus classique.


Chrysler Airflow 1937, la dernière année

6. L'Airflow copiée à travers le monde

L'histoire a rendu hommage à l'Airflow, en lui accordant le statut de précurseur des carrosseries aérodynamiques. La belle américaine avait ouvert la voie à d'autres créations plus travaillées en osant une nouvelle vision du design automobile. Les Peugeot 402, Volvo  PV 36 Carioca et Toyota AA pour ne citer que les plus connues s'en inspirèrent largement. Chrysler tira les leçons de cette échec, et demeura dans un certain conservatisme esthétique jusqu'au milieu des années 50.


Le style 1939

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