Reliant Scimitar SS1 & SS2, SST, Sabre Mk 1 & 2

1. Reliant Scimitar SS1 & SS2 (1985-1990)

Michelotti à la planche à dessin

La place laissée libre après la disparition du marché des Triumph Spitfire et autres MG Midget incita Reliant à proposer une petite sportive économique sur le sol britannique. Le partenaire traditionnel de Reliant, le studio de design Ogle, n'était pas de la partie cette fois. Reliant s'adressa en effet à Giovanni Michelotti de Turin, auteur des mythiques Triumph TR et Spitfire des années 60 et Stag des années 70.

Celui-ci proposait ses premières esquisses à Reliant en 1978. Il s'agissait d'un cabriolet à deux places, doté d'une carrosserie en matière plastique. Giovanni Michelotti décédait en 1980, avant même que le dessin de la SS1 ne soit totalement finalisé. Son fils Edgardo, avec l'appui de son responsable du style, Tateo Uchida, honora le contrat avec Reliant en terminant l'étude. La disparition du grand maître italien allait peser sur l'avenir du projet. Entre les esquisses initiales et la voiture en sortie de chaîne, les lignes furent alourdies inutilement, perdant de leur fluidité originale et une large part de l'élégance naturelle du modèle imaginé par Giovanni Michelotti.


Reliant Scimitar SS1

La présentation de la SS1

En octobre 1984, quelques mois avant que les vénérables Scimitar GTE et GTC ne disparaissent des chaînes de montage de Tamworth, Reliant présentait au salon de Birmingham la SS1 (Small Sport 1). Ce nouveau modèle avait pour ambition de concilier l'aspect traditionnel de la voiture de sport anglaise (amusante, peu coûteuse à l'achat et à l'entretien, deux places assises cheveux aux vents) avec un certain modernisme (fiabilité mécanique, finition et confort de haut niveau). A terme, la SS1 devait pouvoir être exportée vers les Etats Unis, et renouer avec le succès commercial qu'avaient connu à leur époque les Austin Healey, MG et Triumph. Ce critère de base avait été retenu lors du lancement de l'étude de la SS1.

Une naissance dans un contexte difficile

Reliant n'avait plus la grande forme au début des eighties. Les voitures à trois roues ne correspondaient plus aux attentes du marché. La Scimitar GTE était sur le déclin. Le succès de la Scimitar GTC ne fut jamais vraiment au rendez-vous. L'entreprise de Tamworth avait réduit ses ambitions. Elle n'employait plus alors que 450 salariés. Un accord d'importation de la marque coréenne Hyundai fut un temps envisagé, mais jamais concrétisé. Celui-ci aurait pourtant pu donner un second souffle au réseau des concessionnaires Reliant en manque de chiffre d'affaire.

Concevoir une voiture nouvelle comme la SS1 représentait une lourde charge pour Reliant, qui devait parallèlement travailler sur les autres modèles de la marque (Robin et Fox) qui assuraient l'essentiel des rentrées d'argent. Un incendie au début de l'année 1984 dans le bureau d'étude détruisait un des prototypes de la SS1. L'encadrement et les ouvriers durent faire face à cette nouvelle épreuve, sans baisser les bras. Finalement, le coût de l'étude et de l'industrialisation de la SS1 dépassait largement les prévisions budgétaires. Afin d'amortir les montants investis, la SS1 devait impérativement bien se vendre. Cela devenait vital pour la survie de Reliant.

Les motorisations

Pour séduire une clientèle la plus large possible, et notamment celle des jeunes acheteurs au pouvoir d'achat plus limité, Reliant s'efforça de proposer au moins deux motorisations. Mais il n'était plus question de développer un moteur spécifique comme cela avait été le cas par le passé sur les modèles économiques de la marque. Les faibles volumes envisagés n'auraient pas permis d'amortir les coûts d'une telle étude. Après avoir analysé les opportunités offertes par la British Leyland, Vauxhall, Fiat et Toyota, Ritchie Spencer, le directeur de Reliant, fit le choix de travailler avec Ford, qui disposait alors dans sa gamme de deux moteurs adaptables à la SS1, l'un de 1296 cm3 (51 ch Din) et l'autre de 1596 cm3 (71 ch Din). Ford n'était pas un inconnu pour Reliant, puisqu'il était depuis les années soixante le fournisseur des mécaniques de la Reliant Scimitar.

La commercialisation

La SS1 fut commercialisée à partir de mars 1985 sous la marque Scimitar. Le nom de Reliant passait désormais au second plan sur les documents promotionnels. Ce faisant, la firme de Tamworth franchissait une nouvelle étape en essayant d'imposer une nouvelle marque, dotée d'une vraie gamme avec le cabriolet SS1 en versions 1300 et 1600 d'une part, et les GTE et GTC d'autre part. On peut s'étonner du fait que Reliant ait conservé le nom de SS1. Outre le manque de poésie de cette appellation, en ôtant le chiffre 1, cela pouvait rappeler de bien mauvais souvenirs. Jaguar, qui s'appelait Standard Swallow depuis 1931, fut ainsi rebaptisé de son nom actuel en 1945.

L'accueil de la presse spécialisée

La presse spécialisée fut dans un premier temps assez clémente avec la nouvelle venue, une automobile dotée d'un réel confort moderne. Elle y voyait une digne succession aux traditionnels cabriolets britanniques. Mais quelques journalistes lui reprochaient un certain manque de sportivité, tandis que d'autres mettaient en cause le style inutilement compliqué de la voiture, pour ne pas dire maladroit, avec ses phares escamotables perdus sur le capot avant, son pare brise trop vertical, ses plis de carrosserie complexes, etc ...


Reliant Scimitar SS1

La SS1 redonne de l'espoir à Reliant

Quoi qu'il en soit, après des années sombres, Reliant reprenait quelques couleurs. L'effectif de l'entreprise remontait aux environs de 540 salariés, soit 90 de plus que trois ans plus tôt. La SS1 était assemblée sur les mêmes chaînes que la Rialto et la Fox. Jusqu'à présent, à quelques exceptions prêt, les concessionnaires n'étaient pas les mêmes selon la gamme de produit. Certains distributeurs vendaient les modèles économiques de la marque, d'autres les Scimitar GTE et GTC. Au regard des objectifs de vente, un autre défi pour Reliant consistait donc à renforcer ce dernier réseau, en doublant ses effectifs. Il allait ensuite être nécessaire de suivre ces nouveaux distributeurs, en encourageant les meilleurs, mais aussi en écartant les moins performants.

La dure réalité industrielle et commerciale

Dès le départ, le constructeur se heurta à des problèmes d'approvisionnement et de fabrication au sein de son usine. Les pièces ne s'ajustaient pas entre elles. Les ouvriers devaient corriger les défauts manuellement. Inévitablement, si l'on ajoutait à cela les travaux assurés sous garantie par le réseau, le prix de revient unitaire des voitures n'était plus en phase avec le prix de vente. Reliant espérait produire environ 3000 unités par an. En 1985, seulement 730 voitures trouvèrent acquéreur. Ce fut la meilleure année pour la SS1.

Le dessin de la voiture avait été imaginé il y a déjà six ans. Les tendances stylistiques évoluaient très vite. En 1984, les arrêtes vives n'étaient plus de mode. Le bio design était passé par là. Une voiture de sport, même si sa principale vocation est d'être amusante à conduire, doit aussi et surtout être représentative du statut social de son propriétaire. Et la Scimitar SS1, avec son apparence frêle, était bien loin de remplir ce contrat.


Reliant Scimitar SS1

De nouveaux moteurs

Reliant n'avait pas abandonné son projet de voir la SS1 commercialisée aux USA. Mais pour cela, il était nécessaire d'adapter à la petite Scimitar un moteur qui réponde aux strictes normes américaines de pollution. C'était la raison d'être du nouveau modèle équipé d'un moteur Nissan de 1809 cm3 présenté au salon de Genève en 1986. A cette époque, le terme SS1 était définitivement abandonné, pour ne conserver que le nom Scimitar. Désormais, Reliant proposait trois moteurs : 1300, 1600 et 1800, pour des puissances respectives de 51, 70 et 99 ch Din. Les trois voitures étaient vendues en Grande Bretagne 7495, 8625 et 10 300 livres. En 1987, le 1296 cm3 Ford était remplacé par un 1392 cm3 de 55 ch du même constructeur. A partir du salon de Genève de cette même année, une version avec le volant à gauche était officiellement disponible.

Reliant exporte

Jusqu'alors, les ventes à l'exportation s'étaient limitées à quelques rares pays où la conduite à gauche était de rigueur (HongKong, Nouvelle Zélande, etc ...). Le marché européen s'ouvrait enfin à la Scimitar. Dès la mi 1988, plus de la moitié de la production était vendue à l'étranger, principalement vers l'Allemagne, mais aussi les Pays Bas (pays qui accueillait déjà depuis de nombreuses années les modèles économiques Reliant) et la Suisse.


Reliannt Scimitar SS1

Le Japon, traditionnellement friand de voitures britanniques " classiques ", pouvait aussi représenter un nouvel Eldorado pour la Scimitar, grâce à sa mécanique Nissan facile à entretenir.

La Scimitar en France

" Automobiles Clément - Auto Nature " de Marseille se chargea de l'importation en France du cabriolet de Tamworth pendant quelques années. Les trois motorisations étaient officiellement disponibles dans l'Hexagone. Ainsi équipées, les Scimitar 1300, 1600 et 1800 étaient facturées 88 000, 115 000 et 138 000 francs. A titre de comparaison, un cabriolet Peugeot 205 CTI valait à la même époque 105 000 francs, et un cabriolet BMW 320 i 170 000 francs. La voiture était commercialisée sous la désignation Mistral Scimitar. La marque Reliant, quasiment inconnue dans notre pays, était simplement mentionnée en petits caractères sur les dépliants publicitaires. Automobiles Clément, au travers d'encarts dans la presse spécialisée, tenta de constituer un réseau de concessionnaires. Sans grand succès apparemment.


La Scimitar Mistral importée en France par les Automobiles Clément

Le rêve américain hors de portée

La seule solution pour Reliant de sortir du marasme ambiant passait toujours par le marché américain. Mais, et de plus grands constructeurs eurent l'occasion de s'en rendre compte (cf notre ex régie nationale), l'approche du marché d'outre Atlantique suppose de déployer une logistique énorme, hors de portée d'une entreprise de taille moyenne comme Reliant.

Ritchie Spencer quittait Reliant en avril 1987, laissant son poste à Cyril Burton. Celui ci, présent dans l'entreprise depuis 1969, avait été l'artisan du formidable développement à l'étranger des activités de Reliant (Grèce, Turquie ...). Sans perdre espoir, Reliant présentait en 1988 la SS2, version revue et corrigée par William Towns, auteur entre autres de la fameuse Aston Martin Lagonda qui marqua les esprits avec ses lignes rectilignes. La SS2 devait séduire les acheteurs américains. Si il fut effectivement envisagé de l'équiper d'un V6 américain, elle n'atteignit jamais le stade de la production.


Reliant SS2 revue par William Towns

L'échec est patent

La SS1 avait affaibli les capacités de financement de Reliant. Vu le faible nombre de voitures fabriquées, le retour sur investissement fut désastreux. On peut raisonnablement considérer que si la SS1 avait été plus agréable esthétiquement, et que si le marché américain l'avait enfin accueilli, l'amortissement d'un tel programme n'aurait pas posé de problème pour la firme de Tamworth. Mais Reliant ne gagna jamais d'argent sur cette voiture, bien au contraire. La production se répartie de la manière suivante entre 1984 et 1990. 1984 : 25, 1985 : 705, 1986 : 264, 1987 : 237, 1988 : 187, 1989/90 : 91, soit un total de 1509 voitures. La Scimitar SST remplaçait la SS1 en février 1990.


Scimitar SS1

2. Reliant Scimitar SST (1990/91)


Reliant Scimitar SST

Williams Towns fut de nouveau sollicité par Reliant pour dessiner le modèle qui allait succéder à la SS1. La nouvelle mouture, désignée sous le nom de SST (T pour Towns), était incontestablement dotée de lignes plus fluides, plus simples, plus homogènes que celles de la SS1. Les phares escamotables étaient désormais cachés. Cependant, nombreux furent les observateurs à déplorer la présence de boucliers avant et arrière de couleur noire. La SST était disponible avec le 1392 cm3 Ford de 55 ch Din et le Nissan 1809 cm3 de 99 ch Din.


Reliant Scimitar SST

3.Reliant Scimitar Sabre Mk1 (1991/94)

Bean Industries devenait le nouveau propriétaire de Reliant en Août 1991. Le repreneur décidait de modifier encore une fois l'aspect de la SST. Au passage, le cabriolet britannique adoptait le nom de Sabre, plus évocateur du riche passé de la marque. La Sabre était présentée à Earls Court en octobre 1991. Elle se distinguait de la précédente SST par ses pare chocs de la même couleur que la carrosserie, et par l'apparition de plusieurs appendices aérodynamiques. Les arches de roues étaient plus imposants. Les mécaniques Ford et Nissan demeuraient inchangées.


Reliant Scimitar Sabre Mk1

4.Reliant Scimitar Sabre Mk2 (1994/95)

Quelques retouches cosmétiques modifiaient légèrement l'apparence de la Sabre de 1994, en particulier au niveau du bouclier avant. Les moteurs Ford et Nissan cédaient leur place à des mécaniques Rover, tout d'abord un 1397 cm3 puis un 1994 cm3.


Reliant Scimitar Sabre Mk2

La Sabre avait enfin tous les atouts esthétiques pour séduire, avec un choix de deux mécaniques " nationales ". Mais entre temps, la concurrence sur l'étroit marché des cabriolets économiques s'était renforcée (en particulier avec l'apparition de la Mazda Miata MX 5), et une petite compagnie comme Reliant ne pesait pas bien lourd sur le marché européen face à ce type de compétiteur. La dernière Reliant sportive tirait sa révérence en 1995. Dès lors, le constructeur allait se rabattre sur son activité historique, elle aussi en perte de vitesse, la production de voitures à trois roues.


Reliant Scimitar Sabre Mk2

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