Renault Juvaquatre

Renault Juvaquatre par Marc Sliwowski

1. Louis Renault découvre l'Opel Olympia

Durant la seconde moitié des années 30, le marché automobile français allait connaître une importante mutation. La création des congés payés sous le front populaire en 1936 ouvrait enfin aux classes moyennes la possibilité de voyager. A cette nouvelle clientèle, le constructeur de Billancourt se devait de proposer une nouvelle voiture, plus abordable financièrement que les grandes Renault, mais qui ne cannibalise pas pour autant les ventes du segment supérieur. Outre l'aspect économique de l'engin, le cahier des charges exigeait une voiture suffisamment spacieuse pour accueillir une famille.

Louis Renault porta un intérêt particulier lors de sa visite au salon de Berlin en 1935 à la nouvelle petite Opel Olympia. Il incita ses ingénieurs à s'inspirer de la voiture allemande pour la conception de son futur modèle de bas de gamme. L'une des particularités innovantes de l'Olympia était d'être dotée d'optiques avant intégrés dans la carrosserie.


Opel Olympia

2. Le coach

La Renault Juvaquatre était dévoilée au salon de l'Automobile en octobre 1937, sous la forme d'un coach deux portes. Louis Renault, alors âgé de cinquante ans, y présentait sa nouvelle voiture populaire au président Albert Lebrun. La ressemblance de la nouvelle Renault avec l'Olympia irrita le constructeur allemand. Opel n'était cependant pas dans la meilleure des situations pour critiquer son rival Renault. La voiture allemande semblait en effet s'être elle même inspirée du prototype américain Hupmobile Aerodynamic de 1934, qui allait donner naissance en 1935 à la série Hupmobile 518.


Hupmobile 1935

Le terme Juva faisait référence au mot latin juventu qui signifie jeune. Cet argument de la jeunesse était repris sur les premiers catalogues. Le quatre correspondait au nombre de cylindres. La documentation publicitaire mettait aussi et surtout en avant les qualités d'économie de la voiture, qui aux dires de Renault coûtait moins chère par passager et par kilomètre que n'importe quelle autre voiture du marché.

En septembre et octobre 1937, plusieurs voitures de pré série furent produites de manière artisanale, puis mises en dépôt à la disposition des plus importantes concessions. Ces exemplaires furent testés par les mécaniciens et par certains clients, qui purent ainsi faire part au constructeur de Billancourt des quelques améliorations à apporter au modèle définitif. La production en série débutait effectivement fin mars 1938. Mais l'offre d'une carrosserie unique pénalisait les ventes de la  Juvaquatre. Il apparut rapidement nécessaire de développer une vraie gamme.


Renault Juvaquatre, 1938/39

3. Le coach découvrable

Le coach Juvaquatre découvrable fut proposé en 1939. Des modèles complets étaient prélevés en sortie de chaîne pour être transformé chez un carrossier. Pourtout, entreprise de Rueil Malmaison à la réputation bien établie, en réalisa une grande partie. Le client avait le choix entre trois niveaux de transformation. Ces voitures, environ six cent exemplaires, furent commercialisées par la SAPRAR, Société Anonyme Pièces Réparations Accessoires Renault, une filiale du constructeur de Billancourt.


Renault Javaquatre Coach Découvrable par la SAPRAR

4. La berline

Simca proposait depuis novembre 1937 la Simca 8 à quatre portes, tandis que Peugeot commercialisait depuis février 1938 la 202, elle aussi dotée de quatre portes. Pour répondre à la demande insistante du réseau qui ne pouvait plus contenir les assauts de la concurrence, Renault rendait disponible une nouvelle carrosserie de ce type dès avril 1939.


Renault Juvaquatre berline

La berline quatre portes d'avant guerre ne possédait pas de porte de coffre, ce qui imposait un accès aux bagages par l'habitacle. Sa production fut maintenue à faible cadence jusqu'en 1942. Quelques dizaines d'exemplaires furent transformés en berlines découvrables, en 1939 puis en 1946.

5. Le coupé

Le coupé fut fabriqué à partir du printemps 1939. Doté d'une finition haut de gamme, il visait une clientèle parisienne chic et élégante. Aucun outillage industriel ne fut jamais développé pour la réalisation des pièces de carrosserie. Après guerre, ce modèle très rare fut de nouveau produit à treize exemplaires durant les mois de décembre 1945 et de janvier 1946. Au total, environ quatre vingt coupés assemblés de manière quasi artisanale virent le jour !


Renault Javaquatre Coupé deux places

6. La camionnette

L'étude d'une version utilitaire débuta avant la guerre, pour répondre dans un premier temps à une demande des services postaux français. La production de la camionnette 250 kg commençait en septembre 1938.

7. La guerre

La France rentrait en guerre en septembre 1939. Le conflit allait mettre un frein au développement des affaires automobiles de Louis Renault. La gamme composée de huit modèles (de la Juvaquatre aux prestigieuses huit cylindres Suprastella) allait être réduite à trois modèles, les berlines Juvaquatre, Novaquatre et Primaquatre. Les voitures " de tourisme " encore produites à quelques centaines d'exemplaires en 1940, majoritairement des Juvaquatre, côtoyaient sur les chaînes d'assemblage d'autres voitures particulières, destinées à servir de véhicules de liaison à l'armée. Parallèlement aux voitures civiles, Renault produisait dans son usine de Billancourt des engins blindés. L'usine était occupée par les allemands à partir de juin 1940.

8. Après le conflit

A partir de janvier 1946, la Juvaquatre retrouvait sa place sur les lignes de production de Billancourt. Ce fut la seule Renault à avoir été commercialisée avant et après guerre. Si l'on fait exception des treize coupés cités plus haut, deux versions seulement étaient disponibles, la berline quatre portes et la version utilitaire.


Renault Javaquatre Berline, produite par la nouvelle Régie Nationale


Renault Fourgonette 300 kg, septembre 1953

L'appellation Juvaquatre fut toujours réservée aux versions coach, coupé et berline. L'utilitaire ne porta donc jamais officiellement ce nom. Renault parlait dans ses catalogues de camionnette 250 kg, de fourgonnette 300 kg, de break 300 kg, de break et de fourgonnette Dauphinoise à partir de 1956. Cette dernière utilisait le moteur de la nouvelle ... Dauphine. Quoi qu'il en soit, dans l'esprit du public, il s'agissait encore de la véritable " Juva ".


Renault Dauphinoise

La plupart des modèles produits étaient destinés à l'exportation. La France avait besoin de devises. A partir de juillet 1947, la petite 4 CV venait seconder la berline Juvaquatre et ses dérivés utilitaires dans la gamme Renault. La berline Juvaquatre était abandonnée en juillet 1948, et seuls les utilitaires demeuraient disponibles. Les Juvaquatre étaient fabriquées à Billancourt jusqu'en 1952. Cette année là, la production fut déplacée dans la nouvelle usine de Flins dans les Yvelines. La dernière Dauphinoise sortait de chaîne le 1er mars 1960, mettant ainsi un terme à une carrière de vingt trois ans, il est vrai interrompue par la guerre.

9. La Juvaquatre s'exporte

La voiture fut assemblée en Belgique, en Grande Bretagne, mais aussi en quantité moindre en Israël et en Indonésie. Les usines locales recevaient les voitures en caisses CKD (" Completely Knocked Down ", soit " complètement démonté " ). Les Juvaquatre produites en France furent par ailleurs commercialisées dans de nombreux pays à travers le monde.


Renault Fourgonette 300 kg, décembre 1953

10. L'anecdote

Le grand Spielberg, visiblement peu informé dans cette affaire sur la chose automobile, fit rouler dans son film " Il faut sauver le soldat Ryan " une Opel Olympia. Cette situation était anachronique, car il est peu probable qu'une Opel Olympia civile puisse alors fréquenter les routes françaises. La voiture ne fut jamais importée dans l'hexagone, et l'armée allemande circulait plutôt en BMW ou en Mercedes.

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