Opel Olympia et Kadett

1. Les origines

Les débuts d'Opel remontent à 1835. Wilhelm Opel fondait une affaire de serrurerie à Rüsselsheim, à 25 kilomètres à l'ouest de Francfort. De son mariage avec Anna Katharina Diehl allaient naître trois fils, Adam, Georg et Philipp. Adam Opel, l'aîné, voyait le jour le 9 mai 1837. Il commençait sa vie professionnelle comme son père, en tant que serrurier. Jeune homme, il voyageait à travers l'Europe, et en revenait fasciné par une invention nouvelle du français Barthelemy Thimonnier, la machine à coudre. En 1859, il était embauché chez un fabricant de ce type de machine, où il put acquérir une précieuse expérience.

C'est en 1862 qu'il débutait la production  de machines à coudre à Rüsselsheim dans une ancienne étable appartenant à un de ses oncles. Wilhelm Opel eut le temps d'assister à la réussite de son fils avant de mourir en 1867. En 1868, Adam Opel fit l'acquisition d'un terrain près de la gare de Rüsselsheim pour y installer une usine. Cette même année, il se mariait avec Sophie Marie Scheller, qui allait l'aider dans la gestion de son affaire.


Adam Opel en compagnie de son épouse Sophie en 1868

A la fin du 19ème siècle, l'entreprise se développait et commençait à exporter ses machines à travers le monde. En 1884, Opel employait 240 salariés, et produisait annuellement 15 000 machines à coudre. Adam Opel diversifiait son affaire en proposant à partir de 1886 des bicyclettes. Il était bientôt assisté par ses cinq enfants, tous des garçons passionnés de courses cyclistes (ils disputaient des compétitions dans tout le pays), qui contribuèrent à promouvoir les produits Opel. En 1888, Opel était devenu le premier constructeur allemand de bicyclettes. Cette activité perdura jusqu'en 1936, année où elle fut revendue à NSU.


Carl, Wilhelm, Heinrich, Fritz et Ludwig Opel sur une bicyclette du constructeur

Adam Opel disparaissait le 8 septembre 1895, à 58 ans, victime de la fièvre typhoïde. Son épouse (décédée en 1913), aidée de ses fils, poursuivait l'aventure. Opel comptait désormais 1500 salariés. Alors que l'on enregistrait un ralentissement de l'activité dans le secteur des machines à coudre et des cycles à la fin du 19ème siècle, les fils du fondateur perçurent le potentiel du marché automobile naissant. En 1897, ils faisaient l'acquisition d'installations industrielles et d'un brevet auprès du constructeur automobile Friedrich Lutzmann, installé depuis 1894. 

Mais les produits conçus par Lutzmann ne donnaient pas satisfaction aux frères Opel, et ils décidaient de ne pas en poursuivre la fabrication. Le département automobile était supprimé en 1900 après que vingt quatre voitures seulement furent vendues dans l'année. Dans l'immédiat, Opel s'attaqua au marché de la motocyclette qui constituait un développement logique à ses activités dans le secteur de la bicyclette. Cette activité fut maintenue jusqu'en 1932.

Les frères Opel n'avaient cependant pas perdu leur intérêt pour l'automobile. En 1900, lors d'un voyage à Paris, alors capitale mondiale de cette nouvelle industrie, ils signaient des contrats de concession avec Renault et Darracq pour l'Allemagne et l'Autriche. Renault n'en était encore qu'à ses débuts. Aussi les frères Opel concentrèrent leurs efforts sur les Darracq. Opel achetait les châssis complets à Darracq, et les équipait de carrosseries fabriquées à Rüsselsheim. Ces voitures étaient commercialisées sous le nom d'Opel Darracq.


Fritz Opel à bord d'une Darracq

Cependant, sur le long terme, les frères Opel ne pouvaient pas se contenter d'une telle situation de dépendance. A l'automne 1902, ils présentaient la première voiture à porter uniquement leur nom au salon de Hambourg, l'Opel 10/12 PS. En 1903, Opel produisait 178 voitures, puis 252 l'année suivante. C'était suffisant pour encourager les cinq frères à construire une nouvelle usine en 1905, exclusivement dédiée à la production automobile.

En 1906, les accords avec Darracq prirent fin. Opel avait déjà construit plus de mille voitures et l'entreprise se développait à un rythme accéléré. Opel, à tous les niveaux, optimisait la standardisation et l'interchangeabilité des pièces de ses différents modèles. Les Opel, tout en étant encore largement inspirées des produits Darracq, se distinguaient par des caractéristiques originales. La qualité de fabrication et les succès sportifs contribuèrent rapidement à placer Opel parmi les principales marques allemandes d'automobiles.

Parallèlement à la fabrication de voitures, Opel poursuivait celle de bicyclettes, de motocyclettes et de machines à coudre. Un incendie en 1911 dans les anciens ateliers signait la fin de la fabrication de ces dernières, après qu'Opel en ait vendu près d'un million d'exemplaires depuis la création de l'entreprise. En 1912, Opel assemblait 10 000 voitures, et comptait 4500 employés. Wilhelm Opel se rendait régulièrement chez Ford à Détroit. Il entretenait des relations étroites avec Henry Ford.


Réclame Opel de 1911, très sobre

Durant la première guerre, Opel adaptait son activité en produisant des poids lourds et des moteurs d'avions BMW pour les besoins militaires. La reprise après le conflit fut difficile pour le jeune constructeur, qui avait perdu des marchés à l'étranger et qui peinait à s'approvisionner en matières premières, le tout dans un contexte de grèves à répétition.

L'inflation galopante en Allemagne en 1923 fit chuter la production de l'année à 910 voitures. A partir de 1924, le principe de la fabrication à la chaîne fut emprunté à Henry Ford. Des châssis en acier remplaçaient ceux en bois. Des presses hydrauliques permettaient de réaliser des panneaux de carrosserie en quelques secondes. La firme souhaitait désormais concentrer ses efforts sur une voiture simple à fabriquer et économique à l'usage, capable de plaire au plus grand nombre.

Une stabilité monétaire retrouvée, et l'arrivée du modèle unique, la populaire Opel 4/12, largement inspirée de la 5 HP Citroën, relançait les ventes à partir de 1924 (4571 unités). Citroën protesta face aux similitudes avec sa voiture, mais sans succès. La firme française perdit le procès engagé contre Opel. Dès 1925, Opel pulvérisait son précédent record, avec 16 466 voitures vendues.


Publicité extraite de la Revue Automobile, Cyclecars, Motos, Voitures, 10 juin 1926

La rentabilité de la production à la chaîne permettait à Opel de proposer ses voitures à des tarifs relativement modestes. Avec une part de 37,5 % correspondant à la vente de 42 771 véhicules, Opel devenait le leader du marché allemand en 1928. Avec ses 8000 ouvriers, et en s'appuyant sur un réseau de vente solidement structuré, le constructeur sortait de ses usines jusqu'à 250 voitures par jour. Entre temps, une certaine prospérité économique retrouvée permettait de nouveau d'élargir l'offre avec des modèles plus puissants.

2. Opel intégré à la General Motors

A la fin des années 20, Ford et la General Motors, les deux géants américains, ne pouvaient plus ignorer le marché européen. Ford y assemblait à Berlin depuis 1925 des modèles T. La General Motors avait implanté une usine dans la capitale allemande en 1927. La GM aurait pu se contenter d'importer des voitures des Etats Unis pour bien marquer sa présence en Allemagne, ou dans le meilleur des cas agrandir son usine pour produire localement. C'est une troisième voie qui fut choisie, le rachat d'un constructeur déjà installé, comme ce fut le cas en Grande Bretagne avec l'acquisition de Vauxhall en 1925.

Pour leur part, et bien conscient du danger que représentait l'instabilité économique de leur pays, les frères Opel étaient en quête d'un partenaire solide dès le début des années 20. Le président de la GM, Alfred Sloan, fut impressionné lors de sa visite en octobre 1928, par la modernité des installations Opel, et par l'ampleur de son réseau de vente constitué de 736 distributeurs. Une seconde délégation reçue en mars 1929 confirmait la première impression.

La GM se portait acquéreur de 80 % des actions Opel, avec une option de 20 % qui fut levée en octobre 1931. La GM laissait à Opel le soin de gérer l'entreprise en toute indépendance sous la présidence de Wilhelm von Opel (les deux aînés des cinq frères avaient reçu à la fin de la guerre le droit d'ajouter la particule aristocratique " von " à leur nom de famille).


Alfred Sloan, 1945

Les premières années sous la coupe de la GM furent difficiles. L'Allemagne en ce début des années 30 était en pleine dépression économique. Alfred Sloan, lors d'un discours, annonça que la production annuelle d'Opel dépasserait un jour prochain les 150 000 unités. Pour l'heure, la production de 1931 stagnait à environ 26 000 voitures, puis à moins de 21 000 en 1932, un bien plus mauvais score qu'en 1928. L'année 1933 fut heureusement celle du redressement économique outre Rhin. La production dépassait de nouveau les 40 000 véhicules.

Opel enregistrait une série de succès commerciaux à l'échelle internationale. Le partenariat de l'entreprise avec la GM lui permettait d'accéder dans de meilleures conditions à différents marchés à travers le monde. De nouvelles bases furent établies au Japon, en Chine ainsi que dans divers pays d'Amérique Latine. En 1938, l'entreprise était devenue le premier constructeur automobile  européen avec 140 850 véhicules.


Brochure Opel Olympia 1935

3. L'Opel Olympia

L'Opel Olympia d'une cylindrée de 1,3 litres était présentée en 1935. Elle devait son nom aux Jeux Olympiques qui allaient avoir lieu à Berlin l'année suivante. Il s'agissait de la première voiture allemande de série pourvue d'une coque autoporteuse tout acier. Sa production effective débutait en 1937. En 1940, pas moins de 168 875 Olympia sortaient des chaînes. Les objectifs fixés par Alfred Sloan quelques années plus tôt étaient dépassés. La carrosserie de l'Olympia présentait une série d'avantages : un poids total abaissé, une sécurité passive accrue et une excellente aérodynamique pour l'époque.


Ces deux illustrations de 1937 permettent de percevoir le progrès que représentait l'intégration des feux avant au capot moteur de l'Olympia. Sur la première photo, une Super 6, les optiques avant sont posés sur les ailes. Sur le second document, une Olympia, les feux sont intégrés.

Avec l'Olympia, Opel utilisait une nouvelle méthode de production, qui permettait de construire la carrosserie séparément des différents organes mécaniques que sont le moteur, la transmission et les essieux. Ainsi, les ouvriers pouvaient monter plus rapidement et sans difficulté ces composants avant de les assembler avec la carrosserie. L'Olympia était disponible en berline 2 portes et en découvrable.


Opel Olympia découvrable 1935


Opel Olympia " Cabriolet Limousine " 1939

4. L'Opel Kadett

En 1936, Opel présentait la Kadet (avec un seul " t " jusqu'en 1938), version plus économique de l'Olympia. Ce modèle était animé par un quatre cylindres en ligne de 1,1 litre et 23 ch. Le succès commercial était de nouveau au rendez vous. En 1940, les concessionnaires Opel en avaient déjà vendu 107 608 exemplaires.


Opel Kadet 1936


Opel Kadet 1938


Opel Kadett 1938

5. Opel pendant la guerre

En octobre 1940, la production automobile était interrompue à Rüsselsheim sur instruction du régime nazi. Quelques semaines avant, une Opel Kapitän devenait la millionième voiture à sortir des chaînes de l'entreprise créée par Adam Opel. Opel, une société désormais constituée de capitaux américains, déclina les demandes du gouvernement allemand de produire des armements. Le groupe ne travaillait donc pas directement pour l'effort de guerre, mais construisait des pièces de rechange et des composants pour l'aéronautique. Une de ses autres activités durant le conflit était la production de camions légers de type Blitz, à moteur Chevrolet six cylindres.


Opel Blitz

Les moteurs de l'Olympia équipaient pour leur part un engin à mi chemin entre la motocyclette et le véhicule à chenilles, le NSU Kettenrad.


Le NSU Kettenrad

Les usines Opel de Rüsselsheim et de Brandenburg furent bombardées durant le mois d'août 1944.


L'usine de Rüsselsheim en 1945 après les bombardements

6. Après guerre, la Kadett moscovite

En 1945, l'usine de Brandenburg, au titre des réparations de guerre, se retrouvait sous contrôle russe. Les dégâts subis lors des bombardements étaient tels qu'ils en interdisaient la reconstruction. Les russes récupéraient en juin 1946 les plans et le matériel de fabrication de la Kadett. La petite Opel réapparaissait en décembre 1946 sous le nom de Moskvitch 400. Elle était désormais produite dans la capitale soviétique. A partir de 1949, la Moskvitch fut exportée sur quelques marchés occidentaux, à des tarifs très attractifs, moins élevés que ceux d'une 4 CV Renault ou d'une Volkswagen. En 1954, la 400 devenait 401, à l'occasion d'une augmentation de puissance. En 1956, la production de la 401 était définitivement arrêtée.


Moskvitch 400

7. Le renouveau de Rüsselsheim

Pour l'heure, les salariés de Rüsselsheim, usine située en zone américaine, consacraient l'essentiel de leurs efforts à la production de camions dont l'Allemagne avait un grand besoin. L'année 1947 voyait la résurrection de l'Opel Olympia d'avant guerre, qui marquait la relance de la fabrication des voitures particulières. La nouvelle Olympia était presque identique à la version de 1939, sauf quelques modifications au niveau des suspensions. En novembre 1948, la General Motors reprenait possession de sa filiale. Edward W. Zdunek allait en assurer la direction jusqu'en 1961. La grosse Opel, la Kapitän, était de nouveau en vente à partir de 1949.

L'Olympia adoptait en 1950 une nouvelle calandre horizontale et des pare-chocs agrandis. La boîte de vitesse à quatre rapports et levier au plancher était remplacée par une boîte à trois rapports et levier sur la colonne de direction. La production de l'Olympia prenait fin en 1953. En mars 1953, Opel présentait au salon de Francfort sa première création originale de l'après guerre, l'Olympia Rekord, qui remplaçait l'Olympia.


Opel Olympia Rekord 1953, dans sa version Cabrio

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