Callista et Arista


Le roadster Ranelagh présenté au Salon de Paris en 1950

A la fin des années 40, deux hommes, Antonio Monge, dirigeant d'une petite entreprise de préparation mécanique pour la compétition automobile, et Robert Rowe, spécialiste en électricité qui travaille chez Fulmen, décident de mettre en commun leurs compétences pour concevoir à partir de la Dyna Panhard une voiture de sport légère et économique. Les deux hommes se connaissent depuis la guerre. Ils ont fabriqué pour certaines administrations de petits véhicules électriques à batterie Fulmen. Robert Rowe, qui possède un certain talent pour dessiner des carrosseries, trace les lignes du roadster Callista. Celui-ci est engagé au Mans en 1950 sous le numéro 56, avec pour pilotes Raymond Gaillard et Pierre Chancel.


La Callista engagée au Mans en 1950

La voiture se classe vingt-huitième au général. A l'issue de l'épreuve, Monge et Rowe souhaitent prolonger l'aventure en commercialisant en petite série leur cabriolet. Mais malgré leur enthousiasme, les finances font défaut. Ils proposent à Raymond Gaillard de nouer un partenariat financier. Celui-ci n'est autre que le pilote de la numéro 56 du Mans, et accessoirement le propriétaire d'une importante concession Panhard, le Grand Garage Molière, rue de Ranelagh à Paris. Les premières Callista sont vendues sous le nom de Coupe des Alpes, en référence aux performances passées de Raymond Gaillard dans cette épreuve.


Callista Coupe des Alpes

Au-delà de ce premier modèle, Raymond Gaillard aimerait présenter au Salon de Paris 1950 sa propre interprétation d'un roadster à caractère sportif. Les hommes de Callista se mettent à l'oeuvre, est c'est ainsi que voit le jour la Ranelagh.


Publicité pour le Roadster Ranelagh parue dans le numéro 66 de l'Automobile en octobre 1951

Comparée au cabriolet Coupe des Alpes, la Ranelagh possède une apparence sportive plus marquée. La face avant qui dispose d'une calandre ornée de cinq baguettes horizontales est modifiée après quelques mois de diffusion, au profit d'une grille de calandre simplifiée avec six barres verticales et une barre horizontale centrale.


La version redessinée du roadster Ranelagh vue pour la première fois aux 24 Heures du Mans 1951

Le moteur Panhard de 33 ch lui permet d'atteindre 135 km/h, contre 130 pour la Coupe des Alpes. Ces deux modèles constituent la base du catalogue de ce nouveau petit constructeur automobile. En 1951, c'est le cabriolet Ranelagh qui est engagé au Mans, sous la marque Callista Panhard. Antonio Monge se retire de l'affaire fin 1951 pour se consacrer uniquement à son atelier de préparation mécanique, tandis que Robert Rowe poursuit la fabrication avec un nouvel associé. Un coupé Auteuil basé sur le roadster Coupe des Alpes, mais avec un empattement allongé, est annoncé pour 1952, mais il ne dépasse pas le stade de prototype.


La Callista Auteuil, demeurée au stade de l'étude

Panhard vient à l'époque de commercialiser la Panhard Junior, vendue à un prix nettement inférieur aux Callista grâce à une production en série plus importante et à une présentation plus spartiate. Callista souffre de cette nouvelle concurrence d'un plus grand que lui, et faute de rentabilité, l'entreprise met un terme à toute production début 1953.

Raymond Gaillard, dont le rôle a jusqu'alors été celui d'un partenaire financier et d'un distributeur via son garage parisien, décide de créer sur les restes de Callista la nouvelle marque Arista. La production reprend avec un seul modèle, le roadster Ranelagh, rebaptisé pour l'occasion Le Mans, en souvenir de la participation de Callista à l'épreuve mancelle en 1950 et 1951.


Arista Roadster Sport Le Mans

Arista étend son offre au Salon de Paris 1953 avec un coupé Rallye, et commercialise une gamme d'équipements optionnels destinés à en améliorer les performances et le confort des Arista. Parallèlement, ce nouveau constructeur expose un prototype doté d'une carrosserie sans portes, mais aussi sans suite.


L'éphémère coupé Rallye présenté à Paris en 1953


Projet de roadster sans porte (L'Automobile N° 91, novembre 53)

La Rallye ne sera qu'un modèle de transition. En effet, Arista présente au Salon de Paris en 1954 une nouvelle voiture, la Passy. Celle-ci, toujours équipée d'une mécanique Panhard, est habillée d'une carrosserie en résine de fibre de verre. Un coupé Rallye, en fait une Passy sans banquette arrière et sans pare-chocs, est proposé parallèlement.


Le prototype du coupé Passy, encore dépourvu de pare-chocs

A partir de 1956, le coupé Passy est légèrement modifié pour la production en série. Il adopte une calandre simplifiée, des pare-chocs, et abandonne les coquilles chromées au-dessus des roues avant. Une production artisanale ne permet pas de compresser les coûts. Vendues trop chères dans leur catégorie, les Arista peinent à trouver preneurs.


Arista Passy

En fait, Raymond Gaillard finance la marque en perdant de l'argent, grâce aux bénéfices confortables que lui procure le Grand Garage Molière. Face aux DB plus sportives et plus rapides, d'un prix similaire, les Arista font pâle figure, et ne brillent guère que sur les concours d'élégance où leur charme agit. Pour 1958,  le pavillon de la Passy est rehaussé pour améliorer l'habitabilité aux places arrière.


Arista Passy

Raymond Gaillard relance une dernière fois la machine Arista en 1964. Après avoir soutenu à bout de bras la production de l'élégant coupé Passy durant plus de huit ans, il le remplace par une nouvelle voiture plus moderne et plus sportive d'aspect, dotée d'une carrosserie en polyester, dans l'esprit de la berlinette Alpine. Avec un poids limité à 620 kg, la nouvelle Arista " Sport " atteint 160 km/h.


Arista Coupé Sport

Ce coupé dessiné par Jacques Durand (l'homme des Atla, Sera, Jidé et Scora) se distingue par des phares carénés sous bulles, une lunette arrière ouvrante et bombée façon Renault Fuego avant l'heure, un arrière tronqué, et de simples butoirs en guise de pare-chocs. Il est produit sur une base mécanique de Panhard PL 17, dont le châssis a été raccourci. Le bicylindre de 850 cm3 développe 60 ch. Le tableau de bord de l'Arista est emprunté à la Panhard 24. Encore une fois, Raymond Gaillard est très ambitieux. Le coupé Sport affiché à un tarif prohibitif ne parviendra à convaincre que huit clients. Notre homme, malade, jette définitivement l'éponge en 1965, et met son garage en gérance.


Arista Coupé Sport

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