Pegaso 102

1. Un contexte peu favorable

Les années 50 en Espagne étaient celles d'un état qui vivait replié sur lui même, sous la mainmise du dictateur Franco. La population subsistait dans les conditions d'un pays sous développé. Ses rares échanges économiques se faisaient avec le Portugal et l'Amérique du Sud. Les infrastructures routières de qualité étaient quasi inexistantes, et les seules routes utilisables l'étaient par des camions, des autobus, et quelques rares automobiles hors d'âge.

2. Wilfredo Ricart

C'est dans ce contexte peu enthousiasmant que virent pourtant le jour les automobiles Pegaso. Le maître d'oeuvre du projet était l'ingénieur Wilfredo Ricart, qui travaillait alors pour l'Enasa (Empresa Nacional de Autocamiones SA), entreprise d'état qui produisait les camions Pegaso.


Extrait d'un catalogue Pegaso de 1950

Après avoir fabriqué pendant les années 20 des voitures sous les marques Ricart y Perez puis Ricart Espana, Ricart fut recruté par Alfa Romeo à partir de 1936 où il participa à la conception des monoplaces 512. En 1945, il rejoignait l'Enasa. La création d'un département automobile au sein du groupe revenait à la seule initiative de Ricart. Son employeur, séduit par son projet, lui accorda son soutient logistique et financier. Ricart trouvait là une occasion inespérée d'assouvir sa passion pour les voitures sportives. Cela permettait par ailleurs de créer une certaine dynamique au sein de l'Enasa, dont les ingénieurs étaient plus habitués à concevoir des poids lourds, activité en soi peu exaltante, qu'une prestigieuse voiture de grand tourisme.

3. La première Pegaso

La 102 fit son apparition au Grand Palais à Paris en 1951.


Pegaso 102, version originale

La carrosserie automobile vivait alors une période de transition, qui voyait d'un côté mourir les grandes marques d'avant guerre, et de l'autre éclore une nouvelle école italienne extrêmement prolifique. Les Pegaso étaient produites,  coïncidence ou clin d'oeil au passé, dans les vieilles usines Hispano Suiza rachetées par L'Enasa. De ces ateliers, il allait sortir un peu plus de cent voitures de 1952 à 1958.

La version présentée à Paris en 1951 avait les attraits d'une automobile sportive, aux lignes efficace et puissantes. Toutefois, son dessin manquait d'élégance, de charisme. Son V8 en alliage léger disponible en trois cylindrées différentes développait jusqu'à 195 ch. La presse spécialisée fut éloquente envers la voiture de Ricart. Elle salua en particulier les qualités techniques de sa création.


Pegaso 102, version originale

4. Les grands carrossiers

Le carrossier italien Touring ne demeura pas longtemps insensible aux qualités du châssis et de la mécanique des Pegaso. Le français Saoutchik et l'Espagnol Serra travaillèrent aussi sur les mêmes bases. Certaines des réalisations de ces différents carrossiers étaient dûment référencées au catalogue du constructeur ibérique.


Pegaso 102 par Touring


Pegaso 102 par Saoutchik


Pegaso 102 par Saoutchik


Pegaso 102 par Saoutchik


Pegaso 102 spider par Touring


Pegaso 102 Thrill 1953 par Touring

6. L'aventure ne dura que six ans

Les coûts de développement et de production des Pegaso étaient très élevés. Cela avait une incidence sur les tarifs, qui atteignaient des sommets pour des voitures manquant cruellement d'image de marque. Les acheteurs potentiels négligeaient les belles espagnoles, au profit des GT italiennes plus réalistes, et pour lesquelles le service après vente s'annonçait moins problématique. La direction de l'Enasa préféra arrêter les frais, et demanda à son brillant ingénieur de se concentrer sur la conception des poids lourds du groupe. En l'espace de six ans, par sa présence dans les salons internationaux, et par la production de quelques dizaines d'automobiles hors du commun, la marque espagnole avait tout de même réussi à se faire un nom à l'étranger.

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