Paris 1974

L'industrie automobile est au plus mal. Depuis un an, on a observé en bourse des chutes vertigineuses dans le secteur, jusqu'à plus de 70 % pour des groupes comme Michelin, Peugeot, Citroën, SEV Marchal, Feredo, Kléber-Colombes, etc ... Dans tout l'Occident des craquements se font entendre, aussi bien chez Fiat qui met en chômage technique des dizaines de milliers d'ouvriers qu'en Grande-Bretagne, en Allemagne et même aux Etats-Unis. Renchérissement de l'essence et restriction des crédits sont deux des freins à l'expansion de l'automobile. Le 61ème salon de l'automobile qui s'ouvre Porte de Versailles le 3 octobre 1974 ne voit donc pas le jour sous les meilleurs auspices. Cette ambiance morose se retrouve même à l'intérieur du hall principal où l'on a renoncé aux décorations fastueuses des années passées. Peu de vraies surprises attendent les visiteurs, à l'exception bien sûr du stand Citroën où la très récente CX joue les grandes vedettes.

Peugeot présente sa berline 204 diesel. Cette " nouveauté " est dotée du 4 cylindres de 1357 cm3 et 45 ch Din adopté par le break 204 depuis ... sept ans. Sochaux dispose là d'un bel atout, même si la 204 commercialisée depuis 1965 n'est plus de première fraîcheur. Le noir mat qui habille la calandre de toutes les versions du millésime 1975 tente de cacher les rides naissantes.


Peugeot 204

Le moteur V6, fruit de l'association Peugeot Renault Volvo (PRV), sort de son isolement. Tout d'abord présenté par Volvo sur sa 264, le voici maintenant disponible sur les coupé et cabriolet 504. Ce moteur remplace le 4 cylindres 1971 cm3 d'origine. Avec ses 2664 cm3 et 136 ch Din, il s'inscrit dans la catégorie fiscale des 15 CV. Les suspensions et le freinage ont été adaptés pour accueillir ce surplus de puissance. Esthétiquement, le coupé et le cabriolet profitent de quelques modifications : jantes d'un nouveau dessin, nouveaux butoirs de pare-chocs plus imposants, sigle V6 sur le couvercle de malle, feux arrière rectangulaires et doubles phares réunis dans un seul bloc optique. On peut s'interroger sur la pertinence d'un tel modèle en période de crise, mais les programmes lancés au temps béni du carburant pas cher doivent aller jusqu'à leur exécution. Peugeot pense malgré tout qu'il se trouvera bien de par le monde une vingtaine d'esprits optimistes pour acheter chaque jour ouvrable un coupé ou un cabriolet 504 équipés du nouveau V6.


Peugeot 504 Coupé

La Régie habille la Renault 4 d'une nouvelle calandre rectangulaire en plastique noir. Autre modification plus discrète mais si utile, la capacité du réservoir passe de 26 à 34 litres. La Renault 16 fait aussi appel à cette teinte pour sa face avant. La Renault 17 TS prend le nom de Gordini. Mais Porte de Versailles c'est surtout la présentation du véhicule de sécurité BRV (Basic Research Vehicle) qui permet d'animer le stand de la Régie. Celui-ci  dispose de cinq ceintures de sécurité trois points pour mieux faire face aux chocs latéraux, d'un volant à jante souple,  d'un tableau de bord sans aspérité, d'une structure renforcée, d'une zone de déformation avant, etc ... Renault précise bien qu'il s'agit d'un véhicule d'étude qui ne sera jamais commercialisé, mais que les solutions présentées pourront être développées pour les adapter aux futurs modèles de série. Le BRV est animée par le 1647 cm3 de la Renault 16 TX.


Renault 4

Le stand Chrysler France est noyé sous une profusion de 1100. On en compte treize, dont huit berlines, trois breaks et deux fourgonnettes. Les moteurs sont des 5, 6 et 7 CV. Certaines 6 CV sont livrées avec un moteur à bas taux de compression se satisfaisant de l'essence ordinaire. C'est le cas du modèle le plus en vue lancé à ce salon destiné à une clientèle jeune, la LX ou Elix (la nomenclature officielle de l’époque semble hésiter entre les deux appellations). Celle-ci dispose de deux portes, d'une carrosserie jaune, orange ou brun, ceinturée d'une bande adhésive. La calandre et les essuie-glaces sont peints en noir mat. Dans l'habitacle, c'est la teinte orange qui domine. Le tableau de bord permet l'encastrement d'un récepteur, tandis que le volant de petit diamètre entièrement gainé est emprunté à la 1100 Ti.


Simca 1100 Elix

Après Pierre Cardin en octobre 1969 qui habilla à sa manière une Simca 1100, c'est au tour du couturier André Courrèges de s'intéresser à une autre Simca, la Matra Bagheera, toute de blanche vêtue, depuis la caisse jusqu'aux pare-chocs et rétroviseurs. Cette teinte blanche est reprise dans l'habitacle, où elle se marie avec une couleur gold (or). Il est prévu d'en fabriquer 500 exemplaires.


Matra Bagheera Courrèges

La Citroën 2 CV évolue. Elle bénéficie enfin d'un démarrage par clef de contact, en remplacement du bouton-poussoir qui actionnait jusqu'alors le démarreur. Mais ce sont surtout les phares rectangulaires que l'on remarque, ainsi que la nouvelle calandre garnie en son centre d'un double chevron et entourée par un cadre en plastique chromé. Les pare-chocs sont équipés de bandes protectrices en caoutchouc. Pour sa part, la Dyane 6 qui fait " catalogue commun " avec la 2 CV adopte des accoudoirs de portes.


Couverture du catalogue Citroën 2 CV et Dyane pour l'AM 1975

La gamme GS s'enrichit de trois versions : X2, X et Pallas. La GS X2 reprend le moteur de la GS 1220, (7 CV Fiscaux) mais il affiche ici 65 ch Din au lieu de 60. Sa présentation est spécifique : calandre foncée, phares longue portée rectangulaires sur le pare-chocs, tableau de bord à cadrans ronds avec compte-tours, sièges avant à dossier trapézoïdal avec appui-tête, etc ... La GS X a le même aspect, mais se satisfait du 1129 cm de 56 ch Din (6 CV fiscaux).


Citroën GS X et X2

La Pallas, comme ce fut le cas pour la famille des DS, vient coiffer la gamme des GS. De l'extérieur, cette version se reconnaît à ses enjoliveurs en inox recouvrant toute la jante, à ses baguettes de protection en bas de caisse et à son embout d'échappement en inox. Elle peut recevoir les teintes des autres versions, mais propose en plus un coloris métallisé spécial gris nacré. Dans l'habitacle, la planche de bord, la console centrale et le volant sont marron. Le garnissage fait l'objet de nombreuses attentions, avec moquette abondamment répartie, sièges et panneaux de portes en jersey, bas de marches intérieures en inox, etc ...


Citroën GS Pallas

La Citroën DS 19 est née en 1955. Dix-neuf ans plus tard, la CX lui succède. Le premier exemplaire est sorti de la nouvelle usine d'Aulnay le 28 août 1974. La CX est moins révolutionnaire que ne l'était la DS à son époque. Citroën a préféré créer une voiture homogène et accessible à tous, qui puisse plaire aussi bien à l'inconditionnel de Citroën qu'à l'acheteur moyen qui jusqu'à présent se détournait parfois des engins marqués des deux chevrons, trop décalés à son goût. Deux versions sont exposées à Paris, la 2000 déjà disponible en concession, et la 2200 qui le sera au printemps prochain. La CX se présente comme une grande voiture, même si comparée à la DS elle perd 23 cm en longueur, 7 en largeur et 11 en hauteur. Son empattement est réduit de 28 cm. Esthétiquement, la CX paraît bien proportionnée, et son dessin semble plaire au plus grand nombre.


Citroën CX 2000

Henri Willame fonde en 1966 ce qui peut apparaître comme une nouvelle marque d'automobiles : Willam. En réalité, les Willam sont des voiturettes produites par différents constructeurs italiens indépendants. L'un d'eux est Lawil, du nom des deux associés à l'origine de l'affaire, messieurs Lavezzari et ... Willame lui-même. Ces engins qui peuvent se conduire avec le code sont diffusés par le biais du réseau Lambretta France, dirigé par ... Henri Willame ! Quand elles arrivent en France, toutes ces autos italiennes perdent leur identité en adoptant l'écusson Willam.

La Willam Frog présentée dans sa version définitive au Salon de Paris est produite par Baldi à San Remo en Italie. Par rapport à la City déjà connue, elle est plus longue de 13 cm, mais plus étroite de 5. Cette deux places à carrosserie polyester et toit ouvrant est animée par un monocylindre deux temps de 123 cm3. Le graissage est assuré par le mélange huile/essence. Elle peut rouler à 55 km/h en croisière, et son prix est de 13 500 francs. L'autre nouveauté de Willam est la Sulky. Il s'agit d'une stricte monoplace à carrosserie en tôle, fabriquée par Casalini. Ce tricycle à moteur monocylindre 60 cm3 ne pèse que 200 kg. Sa charge utile est de 100 kg. Sur demande, le volant peut être remplacé par un guidon ! Son prix est de 8 850 francs.


Willam, diffusion Lambretta

Exposée au Salon de Paris 1973 en tant que prototype, la Sovra LM3 est disponible cette année sous sa forme définitive. Ce coupé deux portes et quatre places est réalisé à partir d'un châssis-poutre et d'une coque en polyester stratifié. Il peut recevoir au choix le moteur de la VW 1303 ou de la VW 411 monté en porte-à-faux arrière. Le prix de la première est de 30 000 francs, et il faut compter 5 000 francs de plus pour la seconde. La Sovra LM3 ne pèse que 700 kg et peut atteindre 185 km/h dans sa version la plus puissante.


Sovra LM3

Une nouvelle marque voit le jour sous le nom de Scora. Il s'agit en fait du prolongement de l'affaire Jidé, la marque fondée en 1969 par Jacques Durant. Ce dernier a remanié la Jidé pour aboutir au prototype Scora exposé à Paris. Jidé de Parthenay a été liquidé en fin d'année 1973, mais Jacques Durant a rebondi en Corrèze grâce à l'appui de quelques financiers bien décidés à prolonger l'aventure.  Le style général est conservé, si ce n'est la face avant totalement remaniée. La 1796 cm3 d'origine Renault spécialement préparé développe 183 ch Din, procurant d'excellentes performances à cette voiture de 610 kg habillée de fibre de verre, dont la destination première est la compétition.


Scora

Pas de vraies nouveautés sur le stand Ford, excepté une version à boîte automatique de la Taunus Elle est équipée de la nouvelle transmission à trois rapports sortie de l'usine Ford de Bordeaux, d'où son nom. Spécialement destinée au marché français, elle est réalisée à partir de la berline L quatre portes, dotée du moteur 1593 cm3 de 72 ch Din. Par rapport au modèle de base, la Bordeaux reçoit en plus des moulures caoutchoutées de ceinture de caisse, des encadrements chromés de passages de roues, une lunette arrière dégivrante, des roues sport et des ceintures à enrouleur. Proposée à 18 600 francs, elle s'avère juste un peu moins chère que la version à boîte mécanique. Cela sera-t-il suffisant pour convaincre les Français de l'intérêt de la conduite décontractée sans changement de vitesse ?


Ford Taunus Bordeaux

Cette année, le Salon de Francfort n'a pas eu lieu. C'est donc le premier salon européen pour la Volkswagen Golf présentée en mai, pour laquelle on attend des cadences voisines de celles de la Coccinelle. La gamme complète des Golf est alignée devant les coupés Scirocco, non loin de la berline Passat.


Volkswagen Golf

Audi dévoile en première mondiale la petite 50, qui se positionne face à des concurrentes déjà bien installées : Fiat 127, Autobianchi A112, Peugeot 104 et Renault 5 notamment. Elle est disponible en deux versions, LS et GL. Si le moteur 1093 cm3 est identique dans sa conception sur les deux modèles, celui de la LS se contente de carburant ordinaire et développe 50 ch, tandis que le super alimente celui de la GL et délivre une puissance de 60 ch. La LS est facturée 15 750 francs, la GL 16 750 francs.  


Audi 50 GL

Porsche lance sa 911 Turbo sur les autoroutes de la RFA. Cette évolution dispose de 260 ch Din grâce à la suralimentation entraînée par les gaz d'échappement. Le kilomètre départ arrêté est couvert en 24 secondes et la vitesse maximale dépasse les 250 km/h.


Porsche 911 Turbo

Maserati sous le contrôle de Citroën depuis 1968 présente la seconde version de la Quattroporte, simplement dénommée Quattroporte II. Celle-ci est motorisée par un V6 Maserati de 3191 cm3 et 180 ch. L'ingénieur Alfieri, le père de cette voiture, s'est donné pour tâche de concevoir à partir des meilleurs éléments de la Citroën SM une automobile luxueuse et homogène. On retrouve ainsi la suspension hydropneumatique et l'assistance de direction variable en fonction de la vitesse, des techniques bien maîtrisées par la firme de Javel. Bertone a pris en charge l'habillage de l'ensemble. Il expose d'ailleurs sur son stand un second exemplaire de la Quattroporte II. Les lignes sont sobres et classiques, certains diront ennuyeuses. Les surfaces vitrées sont généreuses. Le tableau de bord se distingue par ses instruments à lecture digitale électronique. A l'avant, les six phares sont protégés par une vitre. Cette grande berline arrive sur le marché dans une période peu propice à ce type de véhicule.


Maserati Quattroporte II

Fiat France va importer deux voitures construites par Seat en Espagne, d'une part la 127 quatre portes plus pratique que sa soeur italienne à deux portes, d'autre part la 133, version économique de la 850 dotée d'une carrosserie modernisée, mais toujours à moteur arrière. Son prix la situera juste un cran au-dessus de la Fiat 126.


Seat 133

Il est surprenant de découvrir à Paris cette réalisation du carrossier italien Coggiola. On aurait mieux compris sa présence à Turin quelques semaines plus tard. Quoi qu'il en soit, cette respectable maison expose la maquette en plâtre d'une étude de style sur base Opel GT, baptisée Sylvia GT. Cette proposition très moderne d'aspect arrive un peu tard. En effet, la production du coupé Opel, dont la carrosserie était réalisée en France chez Brissonneau et Lotz, a cessé depuis peu.


Coggiola GT

Les grands carrossiers italiens se trouvent aux premières loges lors de la récession et subissent aussi les conséquences de la décomposition de l'économie italienne. Pininfarina, l'un des plus connus, n'a pas l'intention de capituler. Il présente en effet de nombreuses voitures sur son stand, mais une seule vraie nouveauté, la berline Fiat 130 Opéra. Le carrossier italien a fait dans la simplicité, en reprenant la poupe, la proue et le pavillon du coupé, et en le dotant de quatre portes. La ligne générale du coupé est donc conservée. Il ne s'agit que d'une étude de style, aucune production en série n'étant envisagée. 


Pininfarina Opera

Les amateurs de rallyes tout-terrain connaissent déjà la marque roumaine Aro qui s'est faite une réputation dans le microcosme des compétitions de ce type lors de ses participations au rallye des Cimes. En France, ces véhicules 4 x 4 à vocation industrielle ou agricole dont l'origine remonte à 1957 sont distribués par la société Mam de Trappes. Trois versions 4 cylindres sont proposées : essence de 2512 cm3 et 70 ch Din, diesel Indenor Peugeot de 2112 cm3 et 62 ch Din et diesel Perkins 2523 cm3 et 71 ch Din.


Aro 461 M

Le Toyota Land Cruiser, né dans sa version originale en 1951, fait son entrée sur le marché français où il sera disponible sur commande spéciale. Il existe en version 6 cylindres essence et 4 et 6 cylindres diesel, châssis long et châssis court.  Les prix affichés vont de 29 436 francs à 37 800 francs.


Toyota Land Cruiser

Sommaire de la rubrique Salon - Retour au sommaire du site