Les voitures éternelles


L'espérance de vie pour les humains ne cesse ne croître. En revanche, la durée de vie des automobiles ne cesse de diminuer, avec une moyenne de huit ans seulement (en 1997). Certaines bénéficient pourtant d'une étonnante longévité.

Qui dit voiture éternelle pense automatiquement à Morgan, Volkswagen, Mini ou Porsche 911. C'est exact, la doyenne indiscutable est la Morgan, vénérable institution qui a vu le jour en 1936. Sa mécanique ne date évidemment pas de cette époque, puisque les récents modèles sont animés par des moteurs Ford on ne peut plus moderne. Par contre, son étonnant châssis toujours réalisé en bois, de même que sa carrosserie, sont d'époque.


Morgan

Si la Coccinelle a été officiellement présentée au salon de Berlin en 1939, sa production n'a réellement commencé qu'en 1945. Dans les années 70, son design est considéré comme obsolète. Son habitabilité, inhérente à sa forme, ne suffit plus, si bien que sa production est arrêtée en Allemagne en 1978. Mais elle ne s'interrompt au Brésil, autre pays d'adoption, qu'un quart de siècle plus tard, en 2003.


VW Beetle (Coccinelle en France)

Enfin, avec son inusable Mini née en 1959, Rover n'a pas cessé durant de longues années de repasser les plats. Mais en 2000, BMW propriétaire du groupe Rover depuis 1994, cédait la marque à un groupe de quatre industriels britanniques. Le constructeur allemand conservait cependant les droits sur le nom de Mini, mais le modèle original cessait d'être produit en 2000.


Mini Seven

Quand à la Porsche 911, elle a tant évolué, ne conservant du modèle initial de 1963 que le nom, qu'on ne peut que très difficilement la considérer comme une version originale.


Porsche 911

Mais nous allons surtout nous intéresser à toutes les autres, celles auxquelles on ne pense jamais. 

A nous les veilles anglaises

Pour ce faire, il ne faut pas hésiter à aller au bout du monde. Dans les années 60, tous les pays considérés par les grands économistes comme étant en voie de développement étaient très courtisés par les constructeurs automobiles. Mais les crises internes, les révolutions, les récessions économiques qui ont touché les pays du Mercosur (Argentine, Uruguay, Brésil, Mexique) et toute l'Amérique Latine en général ont entraîné des fusions, des gels de projet, ou des constructions aléatoires du style " j'arrête, je reprends ... ". C'est pourquoi quelques fossiles mécaniques miraculeusement intacts ont longuement été produits aux quatre coins du globe.

Prenez le cas de l'Inde, cette ancienne colonie anglaise (jusqu'en 1947) conserva longuement les traces de la colonisation avec une production automobile qui laissa un temps supposer que le temps s'était arrêté en 1970. A Calcutta, dans la vieille usine Hindustan, on monte toujours en 2013 l'Ambassador, qui est directement dérivée de la Morris Oxford de 1955.


Hindustan Ambassador

En Iran, à Téhéran, on a assemblé à faible cadence la Paykan jusqu'en 2005. Il s'agissait d'une ancienne Chrysler Hunter britannique qui avait vu le jour en 1966. Comme Rootes avait été racheté par Peugeot en 1978, cette bonne vieille Hunter était dans ses dernières années animée par un bloc d'origine sochalienne.


Iran Khodro Paykan

Au Brésil, la Chevrolet Diplomata, qui était une Commmodore de 1967, fut maintenue en production jusqu'au début des années 90. Il en fut de même en Argentine pour une Ford Falcon de 1960 restylée à de multiples reprises. Ces dernières n'avait absolument rien à envier au modèle original particulièrement réussit.


Ford Falcon Argentine

La Fiat 124 dans 13 pays

Plus étonnant est l'incroyable destin de la Fiat 124, voiture de l'année 1967, qui a été un succès planétaire puisque fabriquée dans pas moins de treize pays. Construite en Italie de 1966 à 1974 à 1 543 000 exemplaires, elle a ensuite connu une carrière exceptionnelle, largement supérieure à celle du modèle original, si l'on considère les Seat en Espagne, les versions produites au Venezuela, et surtout la Lada russe dont la production atteignait tout de même les 800 000 exemplaires par an dans ses meilleures années. La Lada fut maintenu au catalogue jusqu'en 2012. Cela a fait de la 124 la deuxième voiture la plus diffusée dans le monde derrière la Volkswagen Coccinelle et devant la Ford T.


Lada 2107

En Inde, à Bombay, la Premier 118 NE n'était qu'une Fiat 124 produite sous licence à partir de 1986, et ce jusqu'en 2000. Elle devait à terme remplacer la Premier Padmini, une copie de l'ancienne Fiat 1100 D des années 50, qui fut malgré tout maintenue au catalogue jusqu'en 1999.


Premier Padmini

La 124 avait une grande soeur baptisée 125, légèrement plus longue. Produite à 603 800 exemplaires en Italie de 1967 à 1972, cette intéressante Fiat 125 a également été assemblée en Yougoslavie pour Yugo, en Argentine chez Concord, et surtout en Pologne chez FSO (Fabryka Somochodow Osobowych) avec l'antique mécanique des 1300/1500. La Polski a d'ailleurs connu un beau succès en France grâce au dynamique André Chardonnet qui importait la marque chez nous.


FSO Polski Fiat 125

La 125 P a bénéficié en 1978 d'une carrosserie redessinée refusée par un autre constructeur, qui s'adaptait plutôt mal que bien à la vieille plate-forme bien étroite de la 1500. Rajeunie régulièrement, cette Polski Fiat Polonez se faisait appeler Caro en 1991 après un lifting. Les acheteurs savaient ils que l'élue de leur coeur cachait des dessous pas très frais de Fiat ?  Les dernières vraies FSO quittaient définitivement le catalogue de la marque en avril 2002.


FSO Polski Fiat Polonez

Toutes ces Fiat ont généralement connu des longévités étonnantes comme la 128 qui a ouvert ... ses phares en 1969. Sa carrière s'acheva en Italie en 1978. Mais entre temps, en fait dès 1971, la firme yougoslave Zastava avait pris le relais. Equipée d'un hayon, la 128 devenait Zastava 101 à l'est. En France, André Chardonnet, toujours lui, la fit connaître aux automobilistes hexagonaux sous le nom de Zastava 1100. La dénomination 101 était sur notre territoire réservée à Peugeot.


Zastava 101

La Fiat 127 née en 1971 connaissait à partir de 1980 une nouvelle jeunesse sous les traits de la Yugo. Il s'agissait à l'origine d'une étude réalisée par Fiat, et destinée à remplacer la vieillissante 127, mais refusée par la direction du géant italien, qui la jugeait trop peu innovante. Le projet fut récupéré par Zastava, qui en assura la production jusqu'en 2008.


Yugo Zastava

Au Brésil, la Fiat 127 devenait 147. Elle fut produite localement à plus d'1,4 million d'exemplaires entre 1976 et 1986, avant d'être remplacée par la Uno.


Fiat 147

La 504 plus que trentenaire

Nous autres français n'avons pas de voitures éternelles depuis que la 2 CV et la R4 ont rendu leur dernier soupir. Pourtant Citroën avait pratiquement vendu les chaînes de sa 2 CV en Inde. Hélas, le projet ne fut pas mené à son terme. 

En dehors de la France, L'autre grand pays de la Renault 12 a été jusqu'en 2006 la Roumanie, où elle était assemblée depuis 1969 chez Dacia, avant de céder sa place à la Logan plus moderne. Cette " world car " avant l'heure fut aussi produite en Espagne, Portugal, Australie, Afrique du Sud, Argentine, Canada, Côte d'Ivoire, Irlande, Madagascar et Maroc !


Dacia 1210 Standaard (oui, ... aard)

Sa soeur cadette la Renault 9, qui s'était pointée en 1980, subissait pour le marché turc en 1997 une petite opération esthétique chargée de lui faire oublier les rides de ses 17 ans . Dénommée Renault Broadway, elle prolongea son existence jusqu'en 2000.


Renault Broadway

Citroën vendait sa ZX à la Chine. Sa carrosserie fut allongée pour répondre aux goûts des chinois qui n'aiment pas les petites voitures, préférant les trois volumes. Ainsi, la ZX mena sa carrière orientale sans heurt jusqu'en 2013.


Citroën ZX Fukang 988

Sa cousine la Peugeot 504 vit le jour au salon de Paris en 1968. Sa carrière s'acheva en France en 1983, sauf pour la version Pick-Up qui fut importée d'Argentine jusqu'au milieu des années 90. Après l'abandon du modèle en Amérique du Sud en 1998, la production fut maintenue au Kenya jusqu'en 2001, et au Nigeria jusqu'en 2005.


Peugeot 504, Nigeria

La 504 a été un formidable succès commercial puisque sa structure a été intégralement reprise pour concocter la 505 et c'est moins connu, la grosse 604, qui utilisait également ses portes avant.

Oubliées par le temps

Dans un pays lointain ici ou là, on fabrique encore de véritables voitures de collection ... neuves comme oubliées miraculeusement par la modernité. Ainsi, Toyota dont la gamme est pourtant régulièrement redessinée continue à offrir son antique Century qui a été présentée au salon de Tokyo en ... 1967. Il s'en est encore vendu 186 exemplaires en 2012.


Toyota Century

Dans l'ancienne URSS, la canonique Moskvitch avait été présentée en 1964. Elle fut commercialisée pendant plus de trente ans, jusqu'en 1997. A partir de 1986, la 2141, distribuée un temps chez nous sous le nom d'Aleko, d'ailleurs fort ressemblante à notre Simca 1307, lui tenait compagnie. Mais le constructeur cessait toute activité en 2001, après une mise en redressement judiciaire.


Moskvitch

Les guerres, les crises économiques ont brisé les ambitions des constructeurs qui croyaient dur comme fer que les pays de l'est et du Mercosur seraient l'Eldorado futur de l'auto du 21ème siècle. Au Brésil, Ford et Volkswagen Do Brazil qui s'étaient associés se séparèrent dans la douleur. Il est resté de ce mariage raté un drôle d'engin qui dans quelques décennies passionnera certainement les historiens de l'automobile. Car cette Ford Versailles, malgré son nom, n'est qu'une ancienne Volkswagen Santana, ex Passat à trois volumes des années 80.


Ford Versailles

Il y a eu bien pire, jadis, avec la fameuse Ford Corcel qui a été dévoilée au Brésil en décembre 1968. Il s'agissait d'un avant goût de la future Renault 12 qui n'a vu le jour dans l'hexagone qu'en octobre 1969. Comment en est on arrivé là ?

Willys do Brazil, en plus des Jeep, construisait déjà des Renault sous licence, notamment la fameuse Alpine. Avec l'aide de Renault, Willys avait étudié un véhicule adapté au pays qui reprenait l'architecture de la future Renault 12. Mais entre temps, Ford absorba Willys, conservant évidemment la Renault 12 qui fut rebaptisée Ford Corcel, en adoptant une carrosserie inédite. C'est vrai, d'autres voitures ont également changé de parents entre leur gestation et leur présentation, plus près de nous, comme la Ford Vedette en 1955 ou la NSU K 70 en 1970.


Ford Corcel


Texte original : Patrice Vergès, 1997 - Adaptation 2013 / Carcatalog
Ne pas reproduire sans autorisation de l'auteur.

Retour au sommaire de Oncle Pat - Retour au sommaire du site