Coupé berline

En règle générale, un acheteur paie un coupé plus cher parce que ses lignes sont plus racées que celles d'une berline quatre portes pourtant plus habitable et plus pratique. D'où le phénomène des coupés développés à partir des berlines ... Le coupé remonte à l'époque des voitures hippomobiles. Par rapport à une berline à chevaux, le coupé plus léger se reconnaissait à sa carrosserie " coupée " d'ou son nom, qui laissait à l'air libre seulement le cocher.

L'automobile a repris ce concept pour désigner une carrosserie à deux portes à l'allure plus légère, ou si vous préférez, plus sportive que la classique quatre portes. Très proche de l'esprit du cabriolet, il s'est quelquefois appelé coach (une seule vitre de chaque côté) ou " faux cabriolet ". Au Etats Unis où il a rencontré un certain succès dès les années 30, on l'appelait " coupé docteur " ou " business coupe ". C'était le véhicule idéal de ceux qui travaillaient avec, puisqu'il offrait généralement un coffre plus généreux que celui de la berline grâce à son habitacle réduit à deux places plus deux de secours.


Plymouth De Luxe Business Coupe, 1936

Du faux cabriolet au vrai coupé

Bien entendu, en France déjà avant la guerre, pratiquement tous les constructeurs déclinaient leurs modèles en coupé deux portes à trois volumes, à partir de la berline quatre portes encore en deux volumes. On se souvient de l'élégance Simca 8 Coupé, de l'éphémère Juva 4, de la rare Viva Sport, des Rosengart et autres Talbot, et surtout du coupé Traction Avant baptisé " faux cabriolet ". Dessiné par Jean Daninos, le père de la marque Facel Vega, ce coupé aux formes particulièrement équilibrées n'a pas rencontré une grande audience, les acheteurs lui préférant le cabriolet qui offrait au moins l'avantage d'être décapotable.


Citroën Traction Avant " faux cabriolet "

A partir des années 50, deux écoles stylistiques se sont opposées surtout en Europe : soit réaliser un coupé cabriolet à la ligne originale, plus racée et plus sportive qu'une berline,  genre Simca Sport Pininfarina, Facel Vega, Alfa Romeo Giulietta, Mercedes 190 SL ou 300 SL, soit le réaliser à partir d'une berline. Ce dernier cas apportait l'avantage d'utiliser de nombreux emboutis communs réduisant son prix de revient et de bénéficier d'une meilleure habitabilité qu permettait d'accueillir quatre passagers, ce qui n'était pas le cas de la Traction Avant, du moins au sein de l'habitacle. Cela dit, il est évident qu'à partir des formes de la berline dont on rabote plus ou moins le pavillon pour lui donner un aspect surbaissé, on obtient rarement une voiture aussi sportive et aussi exclusive qu'un vrai coupé.


Facel Vega HK 500

L'échec de la 203 Coupé

Peugeot a proposé sa 203 en plusieurs carrosseries, notamment une découvrable quatre portes, une décapotable deux portes et un coupé. Hélas, victime d'un cockpit trop étriqué qui rendait l'unique place arrière transversale pas très pratique, s'opposant au trop long coffre, la 203 coupé n'a pas séduite les foules, loin de là. En deux ans de production, on a compté seulement 953 exemplaires. Ford SAF a tenté le même pari avec son coupé Vedette pas plus doué. Le pavillon surbaissé et la ceinture de caisse trop épaisse déséquilibraient les masses et alourdissaient encore les formes déjà enveloppantes, malgré l'astuce d'un montant incliné plus dynamisant.


Ford Vedette Coupé

Les Américains, eux, ont su mieux maîtriser la recette du coupé berline d'autant qu'ils proposaient déjà leur berline en version standard deux portes plus commode à dériver en coupé. Voici la recette du coupé berline. Prendre une deux portes, saupoudrer d'un pavillon légèrement surbaissé dont on accentue si possible l'angle d'inclinaison du pare-brise, faire revenir avec un custode inclinée qui allonge visuellement le porte-à-faux arrière sans trop réduire l'habitabilité arrière, puis ajouter quelques chromes par ci, par là, un moteur un peu affûté, et le plat est bon à déguster !

En Allemagne, le coupé berline a eu beaucoup de succès. Il était en effet facile pour les constructeurs qui proposaient fréquemment leur voiture en deux portes d'en dériver une version coupé à peu de frais. Borgward a vendu un beau coupé à partir de l'Isabella. En 1959, BMW a d'abord dévoilé sa BMW 700 en version coupé avant d'en extrapoler une berline au pavillon rehaussé comme l'a fait Glas en 1961 avec sa 1004 transformée en berline deux portes en 1963.


Borgward Isabella TS

En 1961, Opel décide de se lancer dans le coupé. Pour ce faire, il redessine le pavillon de sa Rekord P2. Franchement, on ne peut pas dire que ce soit une réussite car elle souffre, comme c'est souvent le cas, d'un manque d'harmonie entre les flancs massifs et le pavillon trop écrasé. On a revu ce genre de tronçonnage plus tard, sur la grosse Volvo 262 qui n'est pas la plus belle voiture du suédois.


Opel Rekord P2 Coupé

En mars 1963, Opel lance sa dernière Rekord " A " aux lignes plus légères inspirées de celles de la Chevette US. Au Salon de 1963, il en dérive un élégant coupé qui se distingue par sa glace de custode en lame de couteau et son interminable malle arrière jugée fort séduisante à l'époque, car signe de virilité.


Opel Rekord A Coupé

Mais surtout ce coupé est seulement vendu 10 % de plus que la berline quatre portes Luxus, soit 11 500 francs. Sur ce marché, il n'existe pas de coupé deux portes vendu à un prix aussi bas ! Un coupé Peugeot 404 1600 cm3 de 72 ch, certes beaucoup plus aristocratique, siglé Pininfarina, coûte 50% plus cher. Grâce à son prix accessible, le coupé Rekord 1700 connaît un si grand succès que beaucoup d'autres constructeurs décident de se lancer dans ce segment.

Déjà, Opel extrapole un coupé dans chaque famille de voitures. Dès 1964 avec sa Kadett qui perdurera jusqu'en 1979 à travers trois générations. On se souvient en particulier de la légendaire Kadett Rallye.


Opel Kadett Rallye

Le coupé Rekord " B " apparu fin 1966 à la silhouette encore plus réussie avec une custode mourant en pente douce mi-fastback rencontra encore un plus bel accueil commercial. C'est de ce coupé Rekord que fut extrapolée la Commodore fort convoitée à la fin des sixties. Car ce coupé sportif aux performances élevées permit à une couche sociale de découvrir ce type de voiture rapide jusqu'alors réservées à une élite, adepte des marques Lancia ou Mercedes plus honéreuses.

Avec la Diplomat, Opel aura moins de bonheur. Malgré ses lignes d'une grande beauté, victime de son tarif trop élevé, supérieur de 50 % à celui de la quatre portes dû à sa construction chez Karmann, le coupé Diplomat ne sera fabriqué qu'à 304 exemplaires.


Opel Diplomat Coupé

Pour le coupé Monza, le constructeur au Blitz revint à une formule hybride à partir d'un Senator à l'empattement réduit.

Les coupés Ford

La filiale britannique Vauxhall se montrera moins prolixe avec ce type de carrosserie car les Anglais préfèrent les coupés plus radicaux, moins proches de l'esprit aseptisé d'une berline. Néanmoins, Vauxhall dérivera une version coupé de la petite Viva 1150 cm3, homologue de la Kadett teutonne, qu'elle baptisera Firenza et qui héritera même d'un moteur 2 litres, un peu trop généreux pour les qualités dynamiques médiocres de cette anglaise au demeurant fort agréable à regarder.


Vauxhall Firenza

Ford va devenir un gros producteur de coupé berline. Dès 1961, il extrapolera de sa berline Consul 315 ligne Z un coupé baptisé Capri, nom réutilisé en 1969 pour un autre coupé d'allure sportive plus connu. Mais comme la berline, la Capri ne séduira pas grand monde malgré son prix compétitif et ses vraies quatre places. Elle manquuait d'unité entre un capot court et un volume arrière devenu trop long.


Ford Consul Capri

On pourra adresser la même reproche aux premières Taunus 12M/15M coupé dérivées de la deux portes. Pour réduire le coût, ce coupé reprenait le pare-brise de la berline trop vertical par rapport à l'inclinaison prononcée de la custode.


Ford Taunus 12 M Coupe

Les 2ème série, 1967/70, plus agréables, ont connu en revanche un beau succès, de même que la version coupé des Taunus 1300/2300 XLR fabriquée de 1971 à 1976, dotée d'une ligne magnifiquement équilibrée et suggestive.

Ford a réussi un coup de maître avec son coupé 20 M TS 65/67 à la grande pureté esthétique qu'on n'a pas retrouvé hélas sur les millésimes qui ont suivi jusqu'en 1972. Baptisé " hard-top", bien que le pavillon sans montant soit fixe, ce coupé Ford accueillait facilement quatre passagers malgré sa custode inclinée.


Ford 20 M TS 1965/67

Sur la première Granada, Ford a repris le même concept, en moins réussi toutefois puisque toute la partie arrière jugée trop lourde a été redessinée deux ans seulement après sa naissance. En effet, une carrosserie, c'est comme un visage. Il en faut d'un rien pour détruire l'harmonie. On ne peut pas surbaisser impunément une carrosserie sans qu'une partie de celle-ci n'en paie les conséquences esthétiques.


Ford Granada Coupé, après son restyling de 1974

Si Ford a abandonné le principe du coupé berline, il abusa ensuite du mot coupé pour désigner de vulgaires berlines deux portes, comme la Sierra trois portes ou la Focus. Mais Ford a aussi su réaliser de vrais coupés à la carrosserie inédite comme la Puma sur la base de la Fiesta, ou la Cougar sur celle de la Mondéo.

Mercedes et Autobianchi

Citroën avait fait la même chose en baptisant abusivement coupé sa ZX trois portes alors que la Xsara est en revanche un vrai coupé berline, ce qui n'est pas le cas du coupé Renault Mégane de première génération aux emboutis différents, bâti de surcroît sur un empattement plus court. Seuls le capot et les ailes avant son issus de berline. Mais revenons dans la passé qui nous intéresse plus ici.

Mercedes, qui ne produisait que des coupés spécifiques, est venu au coupé berline en 1969 à partir de sa petite berline type W 115 220/250 évoluant en 230/280. Ce coupé arborait une ligne personnalisée mais assez légère malgré le classique déséquilibre des masses pavillon / flancs. Il avait l'avantage d'accueillir quatre places et surtout de coûter seulement 20 % de plus que la berline dont il était issu.


Mercedes 250 Coupé, 1969

Il a permis à une clientèle à laquelle les luxueux 280 SL étaient interdits d'accéder à un coupé Mercedes, un expression magique, qui avait à l'époque un parfum très haut de gamme. Mercedes demeura fidèle à ce concept avec la Classe E, pour lui préférer de nouveau une carrosserie originale avec les CLK. Mais les prix s'en ressentaient.

En 1966, l'Italien Autobianchi a concocté un intéressant coupé à partir de la Primula deux portes. Un superbe travail signé Touring. Les premiers coupés Primula étaient équipés d'un levier de vitesses au volant, une position antinomique avec sa vocation plus sportive. C'est le dynamique André Chardonnet, l'importateur en France de la marque, qui a insisté pour que les italiens l'équipent d'une levier de vitesses au plancher.


Autobianchi Primula Coupé

Terminons cette page en évoquant de nombreuses autres réalisations, nées avant que la naissance du phénomène GTI ne démode toutes ces automobiles originales. Citons l'Hilmann Stiletto particulièrement réussie qui était issue de la berline Imp à deux portes. Hélas, ce n'était pas le cas de sa cousine la Sunbeam Rapier de 1967 élaborée à partir de la berline Gazelle à la poupe épaisse et à la custode molle. Elle était beaucoup moins jolie que son aînée des années 60 à lunette arrière panoramique qui était une berline sans montant comme la jolie Simca Grand Large.


Sunbeam Rapier, avant 1967

Il y a aussi la Triumph Herald 1960 coupé qui était en fait un coupé hard top fixe. Restons en Grande Bretagne avec Rover, et une voiture plus récente. Au début des années 90, le constructeur anglais a commis un très beau et confidentiel coupé sur la base de la série 800 à mécanique d'origine japonaises. On sait que cette voiture était dérivée de la Honda Legend. Ce coupé qui n'empruntait à la berline que ses ailes avant, bâti sur un empattement réduit, était vendu à un prix surréaliste qui limita terriblement ses ventes.


Rover 800 Coupé

C'était également le cas du premier coupé Skoda MBX de 1969 qui lors de son restylage en 1976 a reçu un pavillon fuyant deux volumes baptisé alors fast-back. C'est ce qu'avait réalisé VW pour sa 1600 TL en 1966, une trois volumes à dos rond d'une élégance discutable. On abuse aussi du terme break de chasse. Est ce que les BMW 1602/2002 Touring sont des coupés ?


Volkswagen 1600 TL

Parmi les belles réussites, citons le sculptural coupé Corvair, un chef d'oeuvre. L'Austin Marina coupé était plus agréable à regarder que la berline. Cela dit, vu sa laideur, ce n'était pas difficile. Le coupé Daf 55 ne manquait pas d'harmonie dans ses formes. Il bénéficia d'un réel engouement de la part de la clientèle Daf assez âgée et qui voulait se faire plaisir avec ce coupé raisonnable.


Chevrolet Corvair Monza Club Coupé

Les constructeurs japonais ont copié leurs gammes sur celles des voitures américaines, pour la bonne et simple raison que c'est d'abord à ce pays qu'ils se sont attaqué. Voici pourquoi ils ont décliné des coupés à partir des berlines deux portes dès les années 60. L'éphémère Hino Contessa à moteur arrière dessinée par Michelotti a été l'un des premiers coupés japonais vendus en France dès 1966. Dérivé de la R8 française, cette voiture à la silhouette assez pure ne brillait vraiment pas par ses qualités dynamiques.


Hino Contessa Coupé

La Toyota Corolla a été déclinée en coupé plus ou moins réussi selon les générations, manquant généralement de sex-appeal, sauf cas spécifique. Nissan a fait de même avec pratiquement tous ses modèles. Au milieu des années 70, la Datsun 120 Y Coupé à la silhouette très suggestive a rencontré un certain engouement chez nous grâce à son immense hayon et à son prix très attractif. Il s'agissait d'une propulsion à la tenue de route fort médiocre et bien inférieure à celle de la Cherry à traction avant qui a eu une jolie carrière en version coupé à la silhouette originale.


Toyota Corolla Coupé, 1971

On peut en dire autant du coupé Toyota Tercel qui était aussi une traction avant avec sa lunette hayon proche de celle des anciennes Alfa Sprint Bertone. De son côté, Mazda a toujours fabriqué des coupés aux lignes valorisantes destinés à plaire aux Américains. Au début des années 90, le coupé 929 réalisé sur la base de la berline ne manquait pas d'arguments, ce qui lui a permis de connaître une honorable carrière dans l'hexagone. Honda qui recherchait le droit à la différence préféra des coupés spécifiques comme la Civic CRX réalisée à partir de l'empattement réduit de la berline dont elle utilisait peu d'éléments de tôle.

Quoiqu'en disent les constructeurs toujours hypocrites, la clientèle d'un coupé est plus âgée que celle d'une berline puisque ce type de voiture s'adresse souvent à des gens qui n'ont plus d'enfant. Le compromis coupé berline était excellent car ce type de véhicule offrait sensiblement la même habitabilité que la quatre portes tout en étant plus exclusif et souvent plus raffiné dans sa présentation, exactement ce que recherchait une clientèle plus argentée désirant se démarquer socialement.


Texte : Patrice Vergès, 1999 - Adaptation 2014 / Carcatalog
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