Rovin, la voiturette du Marquis


Rovin était une marque automobile française qui a produit des voiturettes entre 1946 et 1958. Ces microcars étaient fabriqués dans l’ancienne usine de la firme Delaunay-Belleville située à Saint-Denis.


 Les origines de la marque Rovin


Raoul Pegulu (1896-1949), marquis de Rovin, était au début de sa carrière un constructeur français de motocyclettes. C’est après s’être engagé dans l’armée française pendant la Première Guerre mondiale – alors qu’il était d’origine espagnole – qu’il installa en 1921 son premier atelier de motocyclettes, boulevard de Valmy à Colombes, dans le région parisienne. Il pilotait lui-même ses motos qui connurent certains succès en course. Il remporta ainsi le Bol d’or et plusieurs autres courses similaires.

Raoul de Rovin construit son premier atelier de motocyclettes en 1921 à Colombes. Ses engins acquièrent une belle réputation dans diverses compétitions. Il n'hésite pas à les mener lui-même à la victoire.

Il devint ensuite pilote automobile, notamment sur Bugatti et Delage, sans véritablement cette fois être couronné de succès. Dans les années 30, il arrête la compétition automobile, s’installe boulevard Pereire à Paris et se lance dans le commerce de voitures de sport. En même temps, Raoul de Rovin développe ses propres cyclecars, sans obtenir de véritable succès commercial. La Seconde Guerre mondiale interrompt son activité et après la fin du conflit, il décide de créer sa propre marque de voitures en reprenant l’idée de produire un cyclecar et lance sa première voiturette D1 dès 1946.


1946 : Rovin D1


La voiturette Rovin D1 exposée au Salon de l’automobile de Paris en octobre 1946 se présente sous la forme d’un petit cabriolet deux places aux lignes fluides de 2,53 mètres de long et 1,10 mètre de large, mais qui n’adopte pas encore tout à fait le style ponton. Le modèle est équipé d’un monocylindre quatre temps de 260 cm3 refroidi par air développant 6,5ch issu du monde de la moto que le constructeur connaît bien. Le moteur est placé à l’arrière comme sur la Renault 4CV dévoilée à ce même Salon.

La Rovin D1 est présentée en octobre 1946. Il s’agit d’une voiturette décapotable dotée d’un moteur de moto de 260 cm3. On reconnaît ce modèle à son unique phare avant, comme sur les premiers prototypes de la Citroën 2CV.

La Rovin D1 peut atteindre 70 km/h grâce à son poids plume. Dépourvue de portes, la voiturette Rovin bénéficie d’une large échancrure sur les côtés permettant d’y pénétrer avec aisance. Une bâche fait office de toit. Le pare-brise plat de taille imposante est la seule pièce en verre. Un seul phare est présent au bas du capot. L’ensemble donne une impression de véhicule très minimaliste à un moment où Renault lance sa 4CV qui ressemble plus à une vraie voiture. Ce modèle ne rentrera pas en production car pas encore adapté à un usage quotidien. Ses concepteurs le jugent en effet trop spartiate et le monocylindre génère trop de vibration.


1947 : Rovin D2


La Rovin D1 évolue en D2 dès le Salon de l’automobile de Paris suivant, en octobre 1947. La D2 bénéficie d’une carrosserie au style très semblable à la D1 mais allongée de 27 centimètres, offrant plus de confort aux passagers. La longueur totale de l’engin atteint désormais 2,80 mètres. Elle affiche un poids de l’ordre de 300 kilos, soit la moitié du poids d’une Renault 4CV. Il est doté cette fois d’un bicylindre de 425 cm3 refroidi par eau développant 10 ch qui permet une vitesse maximale de 75 km/h. Cette fois, la Rovin est équipée de deux phares placés sur les ailes.

Ce premier feuillet publicitaire mentionne le détail des caractéristiques au verso. Il n'est pas utile à cette époque d'investir dans de coûteuses brochures, la demande dépassant largement l'offre.

Contrairement à la Rovin D1, la Rovin D2 est proposée à la vente sur le marché français, et obtient quelques commandes. A cette époque, le besoin d’automobile était important, d’autant que le marché de l’occasion était quasi inexistant, l’occupant allemand ayant pris possession d’une bonne partie du parc automobile. D’autre part, l’industrie automobile a du mal à suivre la demande, car beaucoup d’usines ont dû être partiellement ou totalement reconstruites, et certaines machines ont dû être remplacées. Le délai pour obtenir une automobile se chiffre en années. En outre, les nouveaux modèles présentés en 1946 par les uns et les autres sont souvent à l’état de prototype et doivent encore parfaire leur mise au point. Enfin, la main d’œuvre doit être embauchée et formée, car beaucoup d’ouvriers de la fin des années 30 ont été tués ou blessés, faits prisonniers par l’ennemi voire transférés vers d’autres secteurs d’activité …

La Rovin D2 est présentée en octobre 1947. Par rapport à la D1, elle dispose de deux phares avant et son moteur est plus gros, puisqu’il s’agit d’un 425 cm3.

Bref, pour Rovin, l’avenir semble radieux d’autant plus que la demande automobile se porte à cette époque de l’immédiat après-guerre vers des véhicules de petites dimensions, économiques et peu coûteux. Afin de produire sa voiturette dans de bonnes conditions et à un rythme soutenu, les frères Pegulu rachètent l’usine de Delaunay-Belleville située à Saint-Denis. Cette marque autrefois prestigieuse est alors en pleine déconfiture et pratiquement morte. C’est donc sur ce site où avait été construite la fameuse Delaunay-Belleville 70 HP pour le tsar de Russie Nicolas II que débute la production de la petite Rovin animée par un 425 cm3. Pas moins de 700 unités sont vendues entre octobre 1947 et octobre 1948. La performance est remarquable pour un constructeur qui n’existait pas deux années auparavant, d’autant que le contexte économique était toujours à la restriction de l’accès aux matières premières.


1948 : Rovin D3


Au Salon de l’automobile de Paris en octobre 1948, apparaît la Rovin D3 qui bénéficie d’une toute nouvelle carrosserie ponton dotée de deux petites portières. Il s’agit toujours d’un cabriolet deux places mais cette fois le constructeur a soigné le système d’ouverture et de fermeture de la capote. Le moteur est toujours le 425 cm3 du modèle précédent, mais sa puissance est portée à 11 ch, permettant de compenser l’augmentation du poids du modèle qui affiche désormais 380 kilos sur la balance. Le véhicule peut atteindre 75 km/h en vitesse de pointe, comme le modèle précédent.

La Rovin D3 est présentée en octobre 1948. Elle adopte une toute nouvelle carrosserie au style ponton sans ailes apparentes et dispose de deux portières, contrairement aux D1 et D2. Le moteur reste le même que sur la D2

Fiscalement, il s’agit d’une 2CV, comme la Citroën dévoilée à ce même Salon. Ce sont  800 exemplaires de la D3 qui sont vendus entre octobre 1948 et octobre 1950. Le 1er juillet 1949, Raoul de Rovin décède prématurément et son frère Robert doit prendre de facto la direction de l’entreprise et tenter de pérenniser l’activité de la marque. Mais il n’y parviendra que partiellement.


 1950 : Rovin D4


Au Salon de l’automobile de Paris en octobre 1950 apparaît la Rovin D4 qui reprend la carrosserie de la D3 mais avec des phares avant placés plus haut et une large fausse calandre à barres horizontales qui lui donne un air sympathique. Désormais les portes s'ouvrent " dans le bon sens ". La longueur du modèle passe à 3,15 mètres et la largeur à 1,15 mètre, tandis que le moteur passe à 462 cm3 - c’est plus que sur une  Citroën 2 CV - et sa puissance affiche 13 ch, autorisant une vitesse maximale de 85 km/h, supérieure également à celle de la petite Citroën. Le défaut le plus rédhibitoire de la voiturette Rovin reste le système archaïque des freins à câbles.

La Rovin D4 est présentée en octobre 1950. C’est le premier modèle dévoilé après le décès de Raoul Pegulu, fondateur de la marque. Le moteur est cette fois un 462 cm3. Ce modèle sera commercialisé sans changement jusqu’en 1958, date de la disparition des voiturettes Rovin.

Un volume de 1 200 unités de la D4 est écoulé entre octobre 1950 et octobre 1953. Après cette date, la mode des microcars s’estompe rapidement en France, face à l’omniprésence des Renault 4 CV et Citroën 2 CV neuves et d’occasion, et les ventes des voiturettes Rovin deviennent marginales. Le pouvoir d'achat des Français progressaient, et ils pouvaient désormais envisager sereinement l’achat d’une véritable automobile qu’elle soit neuve ou d’occasion. La mode des microcars continuera encore quelques années en Angleterre et en Allemagne, et même en Espagne avec le fameux Biscuter conçu par Gabriel Voisin. Quant à la marque Rovin, elle disparaîtra en 1958, après avoir produit près de 3 000 voiturettes.

Texte : Jean-Michel Prillieux
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