MG, la marque sportive de Morris

Cette page vient en complément aux deux chapitres déjà consacrés à MG (la MG A et les MGB GT, MGC GT, MGB V8) dans le dossier " Grandeur et décadence " sur ce site. L'histoire de MG est abordée ici par Jean Michel Prillieux sur un plan plus général.
http://leroux.andre.free.fr/britishmg.htm

http://leroux.andre.free.fr/britishmggt.htm


La firme britannique MG (Morris Garages) est fondée par Cecil Kimber en 1924. Ses voitures sont dérivées des Morris de cette époque. Rachetée par Morris en 1935, la marque MG entra dans le groupe Nuffield créé par William Morris. Après la guerre, MG commercialisa les roadsters MG A puis MG B sur une grande échelle, mais aussi des berlines dérivées des autres marques du groupe BMC. Délaissée par la direction du groupe, MG périclita dans les années 70 pour finalement disparaître en 1980. Les MG commercialisées entre 1982 et 2005 ne sont que des Austin et Rover rebadgées. En 2005, MG est racheté par le chinois NAC et fusionne avec Roewe, au sein du groupe SAIC.


Les débuts de MG


Les premières voitures MG commercialisées en 1924 étaient des modèles Morris modifiés dotés de carrosseries spéciales dessinées par Cecil Kimber et fabriquées par la société Carbodies à Coventry. Elles étaient assemblées dans un atelier à Oxford, appartenant à un concessionnaire de véhicules Morris situé à cet endroit. Mais avec une forte croissance de la demande, un premier déménagement est rendu nécessaire dès 1927, puis un second en 1929, l’assemblage des MG étant alors transféré vers une ancienne usine désaffectée située à Abingdon, près d’Oxford.

Cette usine, modernisée et agrandie, devient le site de production de la plupart des MG jusqu’à sa fermeture en 1980. La société devenue MG Car Company Ltd en 1928 est rachetée par Morris en 1935, qui l’intègre dans le groupe Nuffield, composé des marques Morris, MG, Riley et Wolseley. Le modèle le plus ancien, la MG 14/28 (1,8 litre) de 1924, est basé sur un châssis de Morris Oxford doté d’une nouvelle carrosserie et d’une mécanique plus sportive. Ce modèle est remplacé par les MG 14/40 (1,8 litre) en 1927 et MG 18/80 (2,5 litres) en 1929. Puis apparaissent les MG KN (1,3 litre) en 1933, MG SA (2,3 litres) en 1936, MG VA (1,5 litre) en 1937 et MG WA (2,6 litres) en 1938.

La MG SA était une berline sportive produite de 1936 à 1939 disponible également en Tourer 4 portes et Drophead coupé 2 portes. Elle était dotée d’un moteur six cylindres de 2,3 litres. Longue de 4,90 m, c’était le plus gros modèle MG entre 1936 et 1937. Un total de 2 739 exemplaires fut produit.

Mais le modèle le plus célèbre des années 30 est sans doute le roadster Midget, dont la carrière se poursuivit jusqu’en 1955. Ce modèle était l’archétype de la petite voiture de sport britannique, simple et économique. Héritier d’une famille de petits roadsters apparus dès 1929, la MG Type T (1,3 litre) est lancée en 1936 et ce modèle poursuivit sa carrière jusqu’à l’apparition de la MG A en 1955.

La MG WA qui succédait à la MG SA en 1938 devint le plus gros modèle MG en 1938 et 1939, disponible en Tourer 4 portes et Drophead coupé 2 portes. Elle était dotée d’un six cylindres de 2,6 litres. A l’instar de la MG SA, elle ne fut pas reprise après la guerre et ne fut jamais remplacée. Sa diffusion demeura toutefois confidentielle. avec 369 exemplaires.


1936 : MG Type T Midget


Lancée en 1936, au même moment que sa concurrente la Morgan 4/4, la MG Type T succède aux petits roadsters MG apparus dès 1929 et baptisés Midget. Plusieurs générations se succéderont jusqu’en 1955 : Type TA en 1936, Type TB en 1939, Type TC en 1945, Type TD en 1950 et Type TF en 1953. La MG TA remplace la PB dont elle reprend la structure avec une carrosserie en acier sur un cadre en frêne, et l’esprit du roadster décapotable à deux places. La TA est équipée d’un quatre cylindres 1292 cm3 issu des modèles Wolseley, qui développe 55 ch, permettant une vitesse maximale de 125 km/h. La longueur de la voiture ne dépasse pas 3,56 mètres, ce qui en fait une voiture extrêmement courte, qui n’a d’ailleurs pas de dérivé chez les autres marques du groupe Nuffield dont fait partie MG depuis 1935. Lorsque le modèle est lancé, il s’appelait Type T, la désignation TA n’étant officialisée qu’après l’arrivée de la TB. 3 003 exemplaires de ce type ont été fabriqués.

La MG Midget type TA lancée en 1936 était un petit roadster doté d’un moteur quatre cylindres de 1,3 litre, qui succédait au type N de 1934 mais aussi à toute une famille de petits roadsters baptisés Midget apparus dès 1929.

La MG TB lancée en mai 1939, est dotée d’un 1,3 litre dérivé de celui de la Morris Ten, il s’agit d’un 1250 cm3 développant 55 ch. Sa carrière est écourtée par le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale en septembre 1939. 379 exemplaires ont été assemblés.

La MG TC apparaît juste après la guerre, en octobre 1945. Son moteur et le style désuet de sa carrosserie restent inchangés, mais le constructeur l’a élargi de 10 centimètres pour une meilleure habitabilité, la largeur totale de la voiture restant identique car les marchepieds sont plus étroits de 5 centimètres de chaque côté. Ce modèle devient non seulement le plus vendu des Types T mais également le plus vendu de toutes les MG commercialisées depuis 1924, soit 10 000 exemplaires écoulés entre 1945 et 1949.

Ce modèle commence à être exporté vers les Etats-Unis. Lancée en janvier 1950, la MG TD modernise un peu sa carrosserie qui s’allonge de 12 centimètres pour atteindre 3,68 m. Elle s’élargit également de 8 centimètres, pour atteindre 1,50 m. Pour un meilleur confort, elle emprunte des composants techniques à la berline Type Y. La MG TD devient le modèle le plus produit de la marque, avec 29 664 exemplaires écoulés entre 1950 et 1953, dont 23 500 exportés vers les Etats-Unis.

La MG TF lancée en octobre 1953 modernise son style, avec des phares intégrés dans les ailes et une calandre inclinée. Le moteur voit sa puissance passer à 58 ch, mais dès juin 1954, le moteur devient un 1466 cm3 développant 64 ch. 9 600 exemplaires de ce type sont produits jusqu’en avril 1955, alors que la MG A est sur le point d’être lancée. Au total, la MG Type T a été produite entre 1936 et 1955 à près de 53 000 exemplaires, dont une grande partie pour l’exportation.

La Midget d'avant-guerre est remise au goût du jour en 1945. Dénommée TC, elle ressemble à la TB de 1939, mais avec dix centimètres de largeur en plus au bénéfice du confort des passagers.


1947 : MG Type Y


Lancée en 1947, mais issue d’un prototype conçu dès 1939, la MG Type Y est une berline de 4,20 m de long dotée d’un quatre cylindres de 1250 cm3 qui est monté sur la MG TB depuis 1939 et qui lui permet d’atteindre la vitesse maximale de 112 km/h, une vitesse qui n’a rien de sportif. Cette berline prend la suite de la berline Type VA commercialisée entre 1937 et 1939. Les grosses berlines SA (2,3 litres) et WA (2,6 litres) n’auront malheureusement pas droit à des héritières. Le style de la berline Y demeure très académique et très inspiré des voitures d’avant-guerre. Ce style désuet qui a même perdu l’aspect sportif des berlines VA se démodera vite, mais le groupe Nuffield prépare une révolution esthétique qui aura lieu en 1953, avec l’apparition de la berline Magnette Type ZA.

La MG Type Y lancée en 1947 succédait à la MG VA d’avant-guerre. Elle conservait toutefois le style très conventionnel des Morris d’avant-guerre alors que Morris allait sortir en 1948 de tout nouveaux modèles au style bien plus moderne (Minor, Oxford, Six). Un total de 8 336 MG Y fut produit de 1947 à 1953.

En attendant, la MG Type Y tente de séduire une clientèle refusant l’austérité des berlines Morris ou le luxe des berlines Riley et Wolseley. Seulement 8 336 exemplaires seront écoulés entre 1947 et 1953, dont 6 131 du Type YA (1947-1951), 904 du Type YT (1948-1950) et 1 301 du Type YB (1951-1953). La YT (T comme Tourer) est un roadster de la taille de la berline YA mais dont la ligne s’inspire de la Midget. Elle est dotée du même moteur de 1250 cm3 mais agrémenté de deux carburateurs SU. Une grosse Midget en quelque sorte, mais vendue au compte-goutte.


1952 : MG intègre le groupe BMC


L’année 1952 marque la fusion entre Austin et le groupe Nuffield qui créent le groupe BMC (British Motor Corporation). MG devient donc la marque sportive du nouveau groupe, bientôt rejointe par la marque Austin Healey. A la différence de cette dernière, MG propose des berlines à son catalogue, héritage des années 30, en plus de ses roadsters. Jusqu’en 1958, les MG ne seront pas vraiment concurrencées par les Austin Healey, plus puissantes et plus chères. A partir de 1958, tout change. L’Austin Healey Sprite se positionne sur le même marché que MG. En 1961, cette concurrence s’amplifie puisque la Sprite Mk II et la nouvelle MG Midget partagent la même carrosserie. Au final, la marque Austin Healey sera sacrifiée en 1971 au profit de MG. Mais l’arrivée de Triumph dans le groupe BLMC en 1968 va jouer un rôle néfaste pour la marque MG qui sera sacrifiée à son tour en 1980. 


1953 : MG Magnette


La berline MG Magnette ZA est présentée au Salon de Londres en octobre 1953. Elle marque une nette rupture esthétique par rapport aux berlines YA et YB. De style ponton, elle partage son élégante carrosserie monocoque avec celle de la Wolseley 4/44 dessinée avant la création de la BMC par Gerald Palmer. Seule la calandre est différente sur les deux modèles, la MG conservant la calandre rectangulaire traditionnelle de la marque connue depuis la fin des années 20. Le nom Magnette est repris de modèles MG commercialisés avant la guerre. D’une longueur de 4,27 m, la Magnette ZA est dotée d’un quatre cylindres de 1489 cm3 à deux carburateurs. La berline MG peut ainsi atteindre 128 km/h.

La MG Magnette lancée en 1953 succédait à la MG Type Y sous une présentation bien plus moderne (style ponton). Elle reprenait à quelques détails près la carrosserie de la Wolseley 4/44 lancée en 1952.

Elle est remplacée en octobre 1956 par la Magnette ZB dotée d’un moteur 1489 cm3 plus puissant (64 ch) qui permet d’atteindre 138 km/h. Le nouveau modèle pratiquement identique voit sa lunette arrière élargie, comme sa sœur jumelle la Wolseley 15/50. Selon le constructeur, 18 076 Magnette ZA et 18 524 Magnette ZB ont été produites entre 1953 et 1958, soit un total de 36 600 unités. Ce volume est légèrement inférieur à celui enregistré par les Wolseley 4/44 et 15/50 (42 198 unités).


1955 : MG A


La remplaçante des roadsters MG Midget est lancée en octobre 1955. Elle se nomme MG A. Son design avant-gardiste, de style ponton, marque une nette rupture avec les anciennes Midget au style d’avant-guerre et à l’aspect " quadricycle ". Le dessin de la MG A date du début des années 50 et s’inspire étroitement des voitures de compétition de cette époque, comme la Jaguar Type C qui remporta les 24 Heures du Mans en 1951 et 1953. Ses lignes lisses et effilées qui évoquent une Austin Healey 100 en réduction sont une vraie réussite. Sa calandre adopte un nouveau dessin en harmonie avec les courbes de la partie avant. Longue de 3,96 mètres, la MG A est dotée du 1489 cm3 monté sur la berline Magnette ZA. Il développe ici 68 ch qui permet d’atteindre 158 km/h.

 La MG A lancée en 1955 succédait avec panache aux roadsters Midget commercialisés entre 1936 et 1955. La MG A est la première voiture de la marque à dépasser les 100 000 ventes au cours de carrière.

La MG A va connaître un gros succès commercial, malgré la concurrence de la Triumph TR3 lancée également en 1955. 95 % des modèles sont exportés dont une majeure partie aux Etats-Unis où la MG A rivalise avec une autre concurrente, la Porsche 356. Une version équipée d’un 1588 cm3 de 108 ch sera commercialisée entre 1958 et 1960. Cette MG A Twin Cam pouvait dépasser les 180 km/h. En 1959, le moteur 1,6 litre est monté sur la MG A de base dans une version moins puissante de 80 ch qui succède à la MG A 1500. Ce modèle est produit à 31 501 exemplaires jusqu’en 1962, incluant une toute dernière série équipée d’un 1622 cm3 de 90 ch. La MG A est devenue aujourd’hui un grand classique de l’automobile britannique. Un total de 101 081 exemplaires a été fabriqué dans l’usine d’Abingdon, dont 58 750 coupés


1959 : MG Magnette Farina


La remplaçante des berlines Magnette ZA et ZB est lancée en février 1959. Elle reprend la carrosserie de la berline Wolseley de milieu de gamme lancée quelques mois plus tôt, et donc adopte le dessin de Pininfarina qu’il adaptera un an plus tard sur la Peugeot 404. Par rapport à la Wolseley 15/60, la Magnette Mk III - MG ayant abandonné les lettres pour nommer ses berlines - adopte une découpe de couleurs différente et la calandre traditionnelle MG.  Cette carrosserie sera partagée avec les Austin Cambridge, Morris Oxford et Riley 4/68 avec des calandres spécifiques. La Magnette Mk III est donc une berline de 4,52 mètres de long dotée d’un moteur 1,5 litre qui sera remplacé par un 1,6 litre en 1961. Le modèle prend alors la dénomination Magnette Mk IV. Il subit les mêmes modifications que les autres berlines Farina de milieu de gamme du groupe BMC, c’est-à-dire un empattement légèrement plus long, des voies avant et arrière élargies et des porte-à faux avant et arrière plus courts. C’est ainsi que la Magnette Mk IV mesure 4,43 m. Une nouvelle découpe de couleurs est adoptée dans le même temps. Ce modèle sera commercialisé jusqu’en 1969, après la production de 14 320 exemplaires, chiffre en légère baisse par rapport à la Mk III qui totalisa 16 676 exemplaires.

La MG Magnette dessinée par Pininfarina est lancée en 1959. Elle partage sa carrosserie avec Austin, Morris, Riley et Wolseley. C’est un euphémisme d’affirmer que cette ligne pataude et carrée sied assez mal à une marque sportive comme MG.

Les Magnette Farina n’étaient pas vraiment des voitures sportives. Elle ne dépassaient pas les 140 km/h et semblaient donc usurper la réputation de la marque MG. C’est la raison pour laquelle ces berlines MG " fin de race " ne connurent pas de véritable succès. Sur les 866 000 berlines " Farina " quatre cylindres vendues entre 1958 et 1971, les marques Wolseley, Riley et MG représentent 16,6% du total, dont 10,1% de Wolseley, 3,6% de Riley et 2,9% de MG. Mais au-delà des volumes de ventes, on peut s’interroger sur la pertinence d’avoir commercialisé la même voiture sous cinq marques différentes, avec pour chacune de ces marques une histoire et une clientèle bien spécifiques. On peut aussi s’interroger sur l’absence de berlines six cylindres dans la gamme MG, car les grandes Wolseley et Riley des années 50 auraient très bien pu être adaptées avec le logo et la calandre MG. Leonard Lord, président de BMC de 1952 à 1961, et ex-patron d’Austin, a toujours refusé de commercialiser une MG à six cylindres, comme il y en avait eu avant la guerre. On ne peut que le regretter.


1961 : MG Midget


En juin 1961, MG complète sa gamme par un roadster plus petit et moins puissant que les MG A 1500 et 1600. Ce nouveau modèle reprend en fait l’esprit des anciennes Midget de 1936 à 1955, et c’est logiquement sous le nom de Midget qu’elle est commercialisée. Sa carrosserie est partagée avec l’Austin Healey Sprite lancée en même temps. Il s’agit d’un roadster de poche au style très simple de 3,48 mètres de long et doté d’un moteur de 948 cm3 développant 46 ch. Ce moteur est issu de celui monté sur les Austin A35 et A40 Farina. La vitesse annoncée est de 140 km/h, soit autant que les berlines MG Farina. Dès octobre 1962, le moteur passe à 1098 cm3, il s’agit du moteur monté sur la Morris 1100. Il développe ici 56 ch puis 59 ch à partir de 1964. Deux ans plus tard, la Midget adopte le 1275 cm3 que l’on retrouve sur les Austin 1300 et Morris 1300. Il développe ici 65 ch.

La MG Midget lancée en 1961 reprend enfin l’esprit des roadsters sportifs de la marque commercialisés entre 1936 et 1955. Le modèle partage sa carrosserie avec l’Austin Healey Sprite lancée au même moment.

En 1974, donc trois ans après la disparition de sa sœur jumelle l’Austin-Healey Sprite, la MG Midget adopte un moteur encore plus gros, un 1493 cm3 que l’on retrouve sous le capot de la Triumph Spitfire notamment. La Spitfire est la concurrente directe de la MG Midget. Elle a été lancée en 1962, à une époque où MG et Triumph ne faisaient pas partie du même groupe. Les deux marques se sont retrouvées ensemble dans le groupe BLMC (British Leyland Motor Corporation) seulement à partir de 1968. Les deux modèles cohabitent ensuite au sein de la vaste gamme du premier constructeur britannique. Ils seront supprimés du catalogue pratiquement au même moment, la Midget en 1979 et la Spitfire en 1980. Au total, 224 473 MG Midget ont été produites entre 1961 et 1979, soit bien plus que les Austin Healey Sprite (129 354 exemplaires) mais bien moins que la Triumph Spitfire (314 332 exemplaires).


1962 : MG B


La MG B lancée en 1962 succède logiquement à la MG A. Sa carrosserie est plus moderne que celle de la MG A, reprenant certains traits à la Midget lancée l’année précédente et dont on dit que Pininfarina aurait ajouté sa touche finale. Il est vrai que la MG B a fière allure et est jugée élégante par la clientèle visée. Ce modèle va connaître un succès phénoménal, puisqu’il s’en vendra 514 852  exemplaires entre 1962 et 1980, ce qui en fera avant l’arrivée de la Mazda Miata le cabriolet le plus produit au monde, dont une grande partie vendue en dehors de Grande-Bretagne. La MG B affronte à sa naissance la concurrence des Triumph TR4, puis TR5 et TR6. Ses dimensions sont voisines, puisqu’une MG B mesure 3,89 mètres de long (puis 4,02 mètres avec les pare-chocs proéminents américains), alors qu’une TR4 mesure 3,96 m. La MG B est dotée d’un moteur de 1798 cm3 développant autour de 90 ch selon les années modèles, moins puissant que le 2138 cm3 de la TR4 qui développe 105 ch, ce qui se traduit par une différence de 10 km/h entre les deux voitures (180 km/h contre 190 km/h pour la Triumph).

 

La MG B lancée en 1962 succède à la MG A. Son moteur est un 1,8 litre alors que la MG A était une 1,5 litre puis une 1,6 litre. Elle deviendra le cabriolet le plus produit et le plus vendu dans le monde (plus de 500 000 unités).

En 1965, une version coupé dite GT s’ajoute au roadster, qui dispose d’un hayon largement vitré, dont l’inspiration provient directement du coupé Jaguar Type E. Mais plus lourde et dotée du même moteur que le cabriolet, la MG B GT de dépasse pas les 170 km/h. Le coupé, qui reprend toute la partie avant du cabriolet, est dessiné par Pininfarina qui réalise là une de ses plus belles créations. Le succès sera d’ailleurs au rendez-vous puisque 30 % des MG B vendues entre 1962 et 1980 seront des coupés. Pour mieux contrer les Triumph TR, la marque MG lance une version plus puissante en 1967, la MG C, dotée du moteur de 3 litres de cylindrée provenant de l’Austin Healey 3000 qui venait de disparaître. Seule différence par rapport à la MG B, un capot bombé apte à recevoir le six cylindres. Ce moteur de 145 ch permet à la MG C de dépasser les 190 km/h. Le succès du modèle sera toutefois modeste : 8 999 MG C ont été produites entre 1967 et 1969, dont 4 542 cabriolets et 4 454 coupés.

La MG C lancée en 1967 n’est qu’une MG B dotée d’un moteur de 3 litres de cylindrée issue de l’Austin Healey 3000 qui venait de disparaître au même moment, au grand dam de Donald Healey. Ce modèle ne sera commercialisé que pendant deux ans.

Enfin, une version coupé GT dotée d’un moteur Rover V8 de 3,5 litres d’origine Buick est lancée en 1973 et sera commercialisée seulement jusqu’en 1976, car victime du premier choc pétrolier qui condamnait les voitures puissantes et gourmandes en carburant. Ce modèle est la première MG à pouvoir atteindre les 200 km/h. Dernière précision : la MG B est assemblée en version cabriolet en Australie entre 1963 et 1972, à partir de pièces détachées (CKD) envoyées de Grande-Bretagne


1962 : MG 1100


Deux mois après le lancement de la berline compacte Morris 1100 (ADO16) à traction avant, le groupe BMC en dévoile la version badgée MG, ornée de la calandre traditionnelle de la marque. Son moteur de 1098 cm3 développe ici 55 ch. Les Morris 1100 et MG 1100 sont les deux premiers modèles d’une famille qui en comptera huit (Austin, Morris, MG, Riley, Wolseley, Vanden Plas, Authi, Innocenti). Longue de 3,72 mètres, la MG 1100 devient la berline la plus courte de la marque depuis les années 30. Elle complète la gamme MG composée alors des Magnette, Midget et MG B. Elle recevra comme ses sœurs jumelles le moteur 1275 cm3 développant 65 ch en 1967, devenant alors MG 1300. La puissance est portée à 70 ch en octobre 1968. La MG terminera sa carrière commerciale uniquement dans sa version deux portes.

La MG 1100 est lancée fin 1962, deux mois après la Morris 1100 à qui elle emprunte sa carrosserie, affublée d’une calandre carrée traditionnelle. Ce modèle est la première MG à traction avant. Son succès sera très relatif.

Au total, les MG 1100 et 1300 s’écouleront à 159 820 exemplaires entre 1962 et 1973, soit 7,3 % de l’ensemble des ventes de berlines ADO16. Cette faible proportion est toutefois supérieure à celle des sœurs jumelles Riley, Wolseley et Vanden Plas. Notons que la marque MG n’aura pas droit à des dérivés des berlines ADO15 (Austin/Morris Mini), ADO17 (Austin/Morris 1800), ADO14 (Austin Maxi), ADO28 (Morris Marina), ADO67 (Austin Allegro) ou ADO71 (Austin/Morris 18/22), qui auraient pu accroître sa part de marché. 


1968 : MG intègre le groupe BLMC


Le groupe BMC devient BMH en 1966, à la suite de l’intégration de Jaguar Daimler. La fusion du groupe BMH (Austin, Austin-Healey, Morris, MG, Riley, Wolseley, Vanden Plas, Jaguar, Daimler) et du groupe Leyland (Rover, Triumph) incluant les camions et les bus Leyland, les tracteurs agricoles ex-Nuffield, ainsi que les véhicules militaires Alvis, crée un énorme groupe automobile européen pouvant produire jusqu’à un million de voitures par an, plus 46 000 véhicules utilitaires et 20 000 tracteurs agricoles. Ce groupe baptisé BLMC (British Leyland Motor Corporation) est dirigé par Sir Donald Stokes, ex-patron du groupe Leyland. Celui-ci adoptera une nouvelle stratégie pour développer son entreprise, notamment celle consistant à supprimer les doublons, à élaguer les gammes non rentables et à préparer de nouveaux modèles mono marques.

Au début, cette stratégie semble fonctionner, le groupe BLMC atteignant en 1972 un record de production avec 916 000 voitures produites, très proche de la capacité de production maximale de l’entreprise, mais dès les années suivantes, le volume de production va se réduire comme peau de chagrin, tombant à 875 000 en 1973, 739 000 unités en 1974 et 605 000 en 1975. Les nouveaux modèles imposés par Lord Stokes, comme l’Austin Allegro et la Morris Marina, connaîtront une carrière commerciale déplorable.

En 1975, le groupe BLMC est nationalisé en catastrophe par le gouvernement travailliste (1974-1979). La rationalisation commence alors dans tous les domaines. Plusieurs marques disparaissent : Wolseley en 1975, Triumph, MG et Vanden Plas en 1980, Morris en 1984. Austin disparaîtra plus tard, en 1990. Jaguar Daimler sort du groupe in extremis en 1984. Concernant la marque MG, il est consternant qu’aucun nouveau modèle n’ait été mis en chantier par Lord Stokes ni par son successeur entre 1968 et 1980, le dernier modèle MG apparu sur le marché étant la MG C lancée en 1967. L’arrêt de la MG B en 1980 coïncide avec la fermeture de l’usine MG d’Abingdon. On peut ajouter que cette fermeture marque la fin des vraies MG.


La résurrection de MG


Il faut attendre 1982 pour voir apparaître une toute nouvelle MG, mais qui n’en est pas vraiment une, puisqu’il s’agit d’une Austin Metro rebadgée MG Metro. Ce modèle connaîtra une carrière discrète entre 1982 et 1990, toute aussi discrète que celle des MG Maestro (1983-1991) et MG Montego (1985-1991) qui seront de simples Austin rebadgées.

La MG Metro lancée en 1982 n’est qu’une Austin Metro rebadgée. La calandre traditionnelle MG a été définitivement remisée au placard.

La MG RV8 (1993-1995) à moteur Rover V8 de 4 litres de cylindrée développant 190 ch sera un peu plus intéressante, mais il ne s’agit là que d’une interprétation plus moderne de la MG C vendue à 1 983 exemplaires.

La MG RV8 lancée en 1993 n’est qu’une réinterprétation moderne de la MG B. Son moteur est un V8 Rover de 4 litres de cylindrée d’origine Buick. Autant dire que ça déménage !

Les MG ZR (2001-2005), MG ZS (2001-2005) et MG ZT (2001-2005) ne sont quant à elles que des Rover 25, 45, 75 rebadgées. Elles ont été lancées après la revente de Rover Group par BMW en 2000 et ont connu un petit succès puisqu’il s’est vendu 27 149 ZT, 27 540 ZS et surtout 82 088 MG ZR.

La MG ZR, lancée en 2001, alors que Rover est passé sous le contrôle de Phoenix l’année précédente, n’est qu’une Rover 25 rebadgée.

Mais la vraie dernière MG de souche britannique est le roadster MG F lancé en 1995 et qui entendait perpétuer l’esprit des petites MG sportives qui avaient connu la célébrité dans les années 60 et 70. La MG F était un roadster de 3,91 m de long à moteur central - un 1,6 litre de 115 ch et un 1,8 litre de 120 ch ou 145 ch - qui prenait la suite de la MG RV8 stoppée en 1995. Elle partageait sa plateforme avec la Lotus Elise. Au total, 77 269 exemplaires de la MG F ont été fabriqués entre 1995 et 2001, plus 39 880 exemplaires de la MG TF entre 2001 et 2005. A noter que la MG F été conçue sous l’ère BMW qui avait racheté Rover Group en 1994. Rover Group est revendu à Phoenix en l’an 2000, qui lancera la MG TF.

La MG F, lancée en 1995, alors que Rover Group est passé sous le contrôle de BMW l’année précédente, signe le retour de la marque britannique sur le marché des petits cabriolets sportifs.

Enfin, Rover est racheté par le chinois SAIC en 2005, tandis que MG est racheté par le chinois NAC au même moment. Les deux constructeurs chinois fusionneront deux ans plus tard. Mais ni l’un ni l’autre ne vont pouvoir utiliser le nom des deux marques britanniques au passé prestigieux. C’est la raison pour laquelle Rover devient Roewe en Chine, et Morris Garages devient Modern Gentleman … Autant dire que ce ne sont plus les mêmes marques que celles qui étaient produites en Angleterre.

Texte : Jean-Michel Prillieux
Reproduction interdite, merci.

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