CG, les Alpine de Simca

La firme CG, d’abord sous-traitante pour des marques automobiles, devint elle-même constructeur en 1966, en produisant de petites voitures sportives concurrentes des Alpine Renault. C’est chez Simca que les CG empruntaient leurs composants mécaniques. La marque CG disparaît en 1974, victime à la fois de l’association entre Simca et Matra qui donna naissance au coupé Bagheera en avril 1973 et du premier choc pétrolier en octobre 1973.


Les débuts de la firme CG


La firme CG est née en 1946 sur les ruines de la Carrosserie Chappe créée en 1932. La Carrosserie Chappe Frères et Gessalin établie initialement à Saint-Maur-des-Fossés naît de l’association d’Amédée Gessalin et des frères Chappe (Abel, Albert et Louis). Amédée Gessalin ayant épousé la sœur aînée des frères Chappe, la société CG devient une entreprise familiale. A sa mort, Jean Gessalin prend la place de son père. L’entreprise réalise des cabines de camions, notamment pour Delahaye, puis se tourne vers la réparation de voitures de tourisme et de grand tourisme à carrosserie en aluminium, comme les Talbot et Delahaye. Enfin, la société CG se consacre à la fabrication de voitures de compétition en aluminium, comme la barquette à moteur Renault 4CV conçue par Camille Bosvin, victorieuse du Bol d’Or en 1952 et 1953, puis en fibre de verre.

Dès 1950, l’entreprise fait partie des pionniers de la carrosserie en fibre de verre, et à ce titre, travaille pour de nombreux artisans et constructeurs de l’époque, comme Deutsh Bonnet (DB) pour qui il réalise plusieurs voitures de course et même une partie de la caisse du cabriolet " Le Mans " commercialisé par DB entre 1959 et 1962 à 200 exemplaires, puis par René Bonnet entre 1962 et 1964 à 60 exemplaires. La DB était motorisée par un deux cylindres Panhard alors que René Bonnet optait pour un quatre cylindres Renault.

Entre 1959 et 1964, l’entreprise CG fabrique la carrosserie en polyester des DB Le Mans rebadgées René Bonnet Le Mans à partir de 1962 (260 unités). A cette époque, CG avait en même temps comme clients Alpine, René Bonnet et CD qui étaient concurrents. Il devait y avoir des ateliers fermés pour que chacun ne voit pas ce que faisait l’autre !

La compagnie CG travaille à la fois pour Charles Deutsch et pour René Bonnet après leur séparation en 1962, le premier restant fidèle aux mécaniques Panhard et le second aux mécaniques Renault. La collaboration avec Charles Deutsch se concrétisa par la réalisation des carrosseries en fibre de verre des CD de course et des Panhard CD qui participèrent aux 24 Heures du Mans. Les Panhard CD furent également commercialisées dans le public entre 1962 et 1965, à 159 exemplaires. La collaboration avec René Bonnet se concrétise par la réalisation des carrosseries en fibre de verre des coupés Djet et Missile de 1962 à 1964, ainsi que de celle de l'Aérodjet qui participe aux 24 Heures du Mans en 1963 et 1964.

Entre 1962 et 1965, l’entreprise CG fabrique la carrosserie en polyester des Panhard CD de Charles Deutsch (160 unités). Auparavant, CG avait travaillé sur la partie avant des coachs DB Panhard et bien sûr les DB de compétition.

 

Entre 1962 et 1964, l’entreprise CG fabrique la carrosserie en polyester des René Bonnet Djet qui deviendront des Matra Jet en 1964, ancêtres des Matra 530 lancées en 1967. Mais avec Matra, CG perd son contrat de fabrication des Djet.

La société CG travaille également pour l’entreprise UMAP entre 1957 et 1959, pour la réalisation d’un petit coupé sur base de la Citroën 2CV, dont les lignes s’inspiraient du coupé Salmson 2300 GT. CG travaille enfin pour l’entreprise Arista, entre 1956 et 1963, pour la réalisation d’un petit coupé sur base Panhard.

 

L’entreprise CG travaille pour la société UMAP entre 1957 et 1959 pour la réalisation de la carrosserie en polyester de son petit coupé basé sur la Citroën 2CV. Le modèle évoque immanquablement un coupé Salmson 2300 GT en réduction.

CG travaille pour Arista entre 1956 et 1963, pour la réalisation de la carrosserie en polyester de son petit coupé Passy sur base Panhard. Les ventes de ce modèle demeurent confidentielles.

Mais le travail le plus important pour CG reste sans doute la réalisation des carrosseries en polyester des Alpine A106 entre 1955 et 1960. Les modèles conçus par Jean Rédélé sur base Renault 4CV ont été initialement une commande de Charles Escoffier, concessionnaire Renault parisien, et beau-père de Jean Rédélé, lui-même concessionnaire Renault. De 25 unités commandées, la demande progressa fortement pour atteindre 250 exemplaires en cinq ans.

L’entreprise CG réalise les carrosseries en polyester des Alpine A106 (sur base Renault 4CV) commercialisées entre 1955 et 1960. Par rapport à la 4CV, l’Alpine A106 bénéficie d’une carrosserie ponton beaucoup plus moderne.

CG réalise également la carrosserie en polyester des Alpine A108 sur base Renault Dauphine entre 1958 et 1965.  Au vu de la forte progression des ventes d’Alpine avec 120 ventes en 1965 soit deux fois plus qu’en 1960, Renault décide alors que la firme de Dieppe produira désormais elle-même ses carrosseries. Pour la société CG, c’est un coup de tonnerre.

Entre 1958 et 1965, l’entreprise CG fabrique la carrosserie en polyester de l’Alpine A108 (sur base Renault Dauphine) qui a pris le relais de l’A106 moins puissante. Ce modèle annonce les lignes de l’Alpine A110 beaucoup plus diffusée, mais dont CG sera exclu de la fabrication.

Déjà, l’arrêt des fabrications pour Arista, Charles Deutsch, René Bonnet – ce dernier ayant été racheté par Jean-Luc Lagardère qui dirige Matra – avait déjà mis à mal l’activité de la société Chappe et Gessalin. L’arrêt des fabrications pour Alpine est véritablement le coup de grâce. Le gouvernement français n’ayant pas daigné sauver l’entreprise Facel Vega en 1964, il était certain qu’il ne ferait aucun effort pour sauver CG. Il ne restait qu’un seule solution pour la firme de Brie-Comte-Robert, créer sa propre marque automobile.


 Les modèles commercialisés sous la marque CG 


Etant donné que les dirigeants de la société CG voulaient créer une marque de voitures de sport concurrentes des Alpine Renault, il n’était peut-être pas très judicieux de faire appel à Renault pour motoriser leurs futurs modèles. C’est vers Simca qu’ils se tournèrent donc, une marque automobile française qui était devenue progressivement une filiale du groupe américain Chrysler. Celle-ci accueillit favorablement cette demande. Cela lui permettait d’explorer une nouvelle clientèle jeune et sportive, alors que sa gamme d’alors - Simca 1000, 1300, 1500 - était plutôt austère. Sa seule fantaisie était le coupé Simca 1000 dessiné par Bertone et commercialisé depuis 1962. C’est justement ce modèle qui servit de base aux premières voitures CG.

Les coupés et spider CG 1000 lancés en 1966 étaient de petites voitures sportives à moteur arrière, de 4,02 m de long, à carrosserie en polyester, dotées du moteur 944 cm3 développant 40 ch du coupé Simca 1000.

Lancée en 1966, la CG 1000 reprend la mécanique du coupé Simca 1000 et l’esthétique de l’Alpine A110 apparue en 1962. La CG est moins féminine que le coupé Simca mais l’Alpine est plus racée.

Plus légère que le coupé Simca, la CG 1000 pouvait atteindre la vitesse maximale de 150 km/h, contre 140 km/h pour le coupé Simca. Par rapport à l’Alpine A110 apparue en 1962, la CG était toutefois moins rapide. Son esthétique s’inspirait de beaucoup de modèles sportifs du début des années 60, comme les Panhard CD, les René Bonnet et bien sûr les Alpine Renault. L’aménagement intérieur offrait une finition de qualité comparable à celle des meilleures voitures artisanales de l’époque. En 1967, la CG 1000 S reçut le moteur de la Simca 1100, un 1118 cm3 développant 49 ch permettant de franchir les 160 km/h. Puis en 1968, apparut la CG 1200 S, qui comme son nom l’indique, était dotée du moteur 1204 cm3 de 80 ch du coupé Simca 1200 S lancé en 1967.

Apparue en 1968 pour remplacer la CG 1000, la CG 1200 S reprend la mécanique du coupé Simca 1200 S lancé en 1967. Disponible comme la CG 1000 en coupé et cabriolet, la CG 1200 S sera la CG la plus diffusée (280 unités).

Là, les choses devenaient plus sérieuses, car la nouvelle CG pouvait atteindre 185 km/h, contre 170 km/h pour le coupé Simca 1200 S. Elle pouvait mieux concurrencer les Alpine Renault dont les moteurs évoluaient de la même manière au cours de leur existence. Celles-ci motorisées au début par le moteur des Renault 8, optèrent ensuite pour celui des Renault 8 Gordini et même celui des Renault 16. La course à la puissance se poursuivit chez l’entreprise CG, puisque la CG 1300 apparue en 1972 était équipée du moteur 1294 cm3 de 82 ch des Simca 1000 Rallye 2. Un kit moteur conçu chez CG composé de deux carburateurs Weber et d'une tubulure spéciale, auquel on a ajouté un travail sur la culasse, fait passer la puissance à 95 ch.

Apparue en 1972 pour remplacer la CG 1200 S, la CG 1300 reprend la mécanique de la Simca 1000 Rallye 2, mais la crise pétrolière de fin 1973 sera fatale au modèle et à la marque de Brie-Comte-Robert.

A noter que la CG 1300 est légèrement modifiée extérieurement par rapport aux CG 1000 et 1200 S pratiquement identiques. Curieusement, elle est plus courte, ne dépassant pas 3,96 m de long, se rapprochant ainsi davantage des 3,85 mètres de l’Alpine A110. Le toit est mieux intégré à la ligne de la voiture pour en faire un véritable coupé et non plus un hard-top rajouté comme auparavant. La CG 1300 n’est disponible qu’en coupé, contrairement aux CG 1000 et 1200 S qui étaient au départ un spider transformé en coupé suite à la demande de la clientèle, et cette adaptation s’était faite en limitant au maximum les coûts, au détriment de l’esthétique.


La fin de l’entreprise CG


Fin 1973, la première crise pétrolière éclate, qui provoque notamment une flambée des prix des carburants, l’instauration des limitations de vitesse, l’arrêt des compétitions automobiles et la chute des ventes des voitures à tendance sportive. En outre, le rapprochement de Simca devenu Chrysler France en 1970 avec Matra a enfanté la Matra Simca Bagheera en avril 1973, un coupé à tendance sportive moderne, pas cher et facile à produire.

De plus, Chrysler France choisit de continuer la compétition en Sport Prototypes - dont la course la plus prestigieuse était les 24 Heures du Mans que Matra Simca gagnera plusieurs fois - et de stopper sa participation dans la catégorie Rallyes, où la Simca CG Proto MC avait pourtant brillé entre 1970 et 1973, avec un moteur de … Chrysler 180. La collaboration entre Chrysler France et CG ne s’imposait donc plus, selon la nouvelle stratégie de l’état-major du constructeur de Poissy. C’était signer ouvertement l’arrêt de mort de l’entreprise CG.

Début 1974, l’entreprise CG dépose son bilan et les dernières CG 1300 sont fabriquées au printemps. Au total, l’entreprise a produit 25 exemplaires des CG 1000 et 1000 S, 280 exemplaires des CG 1200 S et 95 exemplaires des CG 1300, soit 400 voitures au total dont une vingtaine de coupés " 548 " dotés d’un moteur de 1204 cm3 poussé à 120 ch permettant d’atteindre les 200 km/h. Le nom " 548 " provenait du poids de l’engin qui ne dépassait pas les 548 kilos, contre 660 kilos pour la CG 1200 S normale. Ce modèle extrêmement rare est aujourd’hui très recherché. Son prix atteignait 35 000 francs en 1971, contre moins de 25 000 francs pour une CG 1200 S.

De son côté, Alpine réussit à surmonter la première crise pétrolière grâce à son rachat par Renault en 1973. La marque ira même jusqu’à proposer des coupés à moteur V6 PRV. Malheureusement, la marque fondée par Jean Rédélé voit ses ventes décliner à partir de 1989 et elle disparaît en 1995, avant de renaître de ses cendres en 2018, grâce à la volonté de Carlos Ghosn, PDG de Renault, de créer une marque de haut de gamme héritée du passé.

 Texte : Jean-Michel Prillieux
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