Austin Healey, la marque sportive d'Austin

La marque Austin Healey est créée en 1952 par Donald Healey et Leonard Lord (patron d’Austin) pour différencier les modèles sportifs d’Austin, un peu sur le modèle de MG qui représente alors la branche sportive de Morris. En 1961, la rationalisation orchestrée par le groupe BMC oblige Austin Healey et MG à commercialiser le même modèle sous deux noms différents. En 1971, Donald Healey met fin à sa collaboration avec Austin, ce qui provoque la suppression de la marque Austin Healey.


Les débuts d’Austin Healey


Donald Healey (1898-1988) était un pilote de rallye britannique qui remporta plusieurs épreuves dans les années 30, dont le Rallye de Monte-Carlo. Il acquiert dans le même temps une solide réputation comme ingénieur consultant et concepteur de carrosseries, et il est nommé directeur général de la Triumph Motor Company en 1931. Il contribue ainsi à la création de plusieurs modèles de la marque dans la seconde partie des années 30. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, Donald Healey travaille notamment avec Humber sur des modèles de voitures blindées. En 1945, il crée la Donald Healey Motor Company, basée dans un vieux hangar de la RAF à Warwick.

En 1949, il établit un accord avec George W. Mason, le président de Nash Motors de l'époque, pour construire des voitures de sport à moteur Nash. Ce sont les Nash Healey commercialisées en très peu d’exemplaires entre 1950 et 1952. Le moteur de la Nash Healey est le six cylindres des Nash Ambassador. La voiture reçoit une carrosserie en aluminium dont le style anticipe celui de la future Austin Healey lancée en 1953. Il s’agit d’une élégant roadster à carrosserie ponton de 4,34 mètres de long doté d’un pare-brise en deux parties et d’une large calandre horizontale et grillagée. La voiture est redessinée par Pinin Farina en 1952, la longueur passant à 4,59 mètres ce qui rend le modèle plus bourgeois, une version coupé étant d’ailleurs ajoutée à la gamme. Astucieusement, Donald Healey reprendra le dessin initial pour créer son nouveau roadster à moteur Austin.

Produite de 1950 à 1952, le style de la Nash-Healey à moteur six cylindres Nash préfigure celui de l’Austin Healey lancée en 1953. Le constructeur britannique AC s’inspirera de ce style pour créer sa fameuse Cobra.  


1952 : Création de la marque Austin Healey


Délaissé par l’américain Nash, Donald Healey présente sur son propre stand au salon de Londres d’octobre 1952, un prototype de roadster reprenant la silhouette de la Nash Healey mais doté d’un pare-brise en une seule partie, et équipé d’un moteur quatre cylindres de 2660 cm3 monté sur l’Austin A90 Atlantic. Le dirigeant de la BMC, Leonard Lord, impressionné par le modèle, propose alors à Donald Healey de produire cette voiture à Longbridge. Le modèle étudié par Healey pourrait succéder à l’Austin 90 Atlantic qui a connu un véritable échec commercial aux Etats-Unis et même en Europe, puisque seuls 7 981 exemplaires ont trouvé preneur en quatre ans.

Leonard Lord propose à Donald Healey de produire au moins 200 unités par semaine de son roadster à Longbridge alors que l’usine Healey de Warwick ne peut sortir que 200 unités par an … Healey ne pouvait refuser cette proposition. Ainsi est née l’association entre Austin et Healey, et à la création de la marque Austin Healey. A noter que cette association n’aurait pu avoir lieu si Lord Nuffield avait continué à diriger le groupe BMC au quatrième trimestre de 1952, car celui-ci était plus enclin à favoriser ses propres marques, à savoir Morris, MG, Riley et Wolseley. Il n’aurait pas eu besoin de Donald Healey, car il possédait déjà une marque sportive intégrée au groupe BMC au début de l’année 1952, il s’agissait bien sûr de MG. On peut donc constater que la création de la marque Austin Healey a pu avoir lieu grâce à un concours de circonstances tout à fait improbable.


 1953 : Austin Healey 100


Au sein du groupe BMC, la marque Austin Healey se situera plus ou moins sur le même segment que MG, dont les modèles étaient basés sur les Morris. Mais à l’inverse des MG, il n’y aura jamais de berlines Austin Healey. Le premier modèle commercialisé en 1953 est dérivé directement du prototype présenté au Salon de Londres en octobre 1952. Il s’agit d’un roadster de 3,85 mètres de long doté du quatre cylindres de 2660 cm3 développant 88 ch. Le modèle, reconnaissable à sa calandre ovale et grillagée, est baptisé Austin Healey 100, en raison de sa vitesse maximale qui peut atteindre 160 km/h soit 100 mph en anglais. Il connaît un certain succès, avec 14 634 exemplaires produits entre 1953 et 1956. Sa silhouette est en effet appréciée pour son modernisme. Elle surpasse en élégance celle de la Jaguar XK 120 contemporaine, qui peut être considérée comme l’une de ses principales concurrentes, quoique bien plus rapide. Il faut se rappeler que la MG A à la silhouette pareillement élancée n’est lancée qu’en 1955, avec un moteur plus petit de 1489 cm3 et moins puissant avec 72 ch. La menace est plus sérieuse chez Triumph où la TR3 commercialisée de 1952 à 1955 est dotée d’un moteur de 1991 cm3 développant 90 ch, permettant de dépasser les 170 km/h. Rappelons que Triumph est alors une marque d’un groupe concurrent qui n’intègrera le groupe BLMC qu’en 1968.

Produite de 1953 à 1959, l’Austin Healey 100 sera dotée de moteurs Austin à quatre cylindres puis à six cylindres. Par rapport à la Nash Healey, l’Austin Healey 100 abandonne son pare-brise en deux parties.


1956 : Austin Healey 100/6


L’Austin Healey 100 reçoit d’importantes modifications en 1956, notamment un empattement allongé qui favorise la stabilité de l’engin, portant la longueur du véhicule à 4,00 mètres. Surtout, le nouveau modèle reçoit le six cylindres de 2639 cm3 de la berline Austin Westminster A90, développant 102 ch (contre 85 ch chez Austin) puis 117 ch dès 1957 grâce à un nouveau collecteur d'admission et une nouvelle culasse. La vitesse maximale pouvait ainsi atteindre 167 km/h, ce qui permettait de se rapprocher des performances des Triumph contemporaines, dont les mauvaises langues disaient qu’elles étaient motorisées par un moteur de tracteur … Ce qui n’était pas entièrement faux. Comme beaucoup de voitures de cette époque, l’Austin Healey 100/6 pouvait recevoir une peinture bicolore, dont le style de sa carrosserie se prêtait à merveille. La ligne d’assemblage des Austin Healey 100/6 est transférée fin 1957 de l’usine de Longbridge vers l’usine MG d'Abingdon, rapprochant ainsi un peu plus les deux marques. Au total, l’Austin Healey 100/6 fut produite à 14 436 exemplaires de 1956 à 1959.

L'Austin Healey produite de 1956 et 1959 s'intercale entre l'Austin Healey 100 et l'Austin Healey 3000. Elle adopte une nouvelle calandre plus petite et plus large, et positionnée plus bas.


1959 : Austin Healey 3000


Le roadster Austin Healey est modifié une dernière fois en 1959. Cet ultime rejeton de la famille surnommée plus tard " Big Healey " conserve la carrosserie de la 100/6 mais adopte le six cylindres de 2912 cm3 de la berline Austin Westminster A99 (Farina) développant 140 ch contre 103 ch chez Austin. L’Austin Healey 3000 peut atteindre les 180 km/h, vitesse peu commune à l’époque. Ce modèle deviendra un grand classique dans les années 60, au même titre qu’une AC Cobra ou une Jaguar Type E. L’Austin Healey 3000 sera produite sur le site MG d’Abingdon à 50 428 exemplaires de 1959 à 1967, dont une grande partie à destination du marché américain. Son moteur est ensuite installé sur l’éphémère MG C. On dit alors que la " Big Healey " ne pouvait soutenir la comparaison avec la Jaguar Type E dont la marque s’est associée au groupe BMC en 1966 pour former le groupe BMH, mais il ne s’agit là sans doute que de simples conjectures … Il est vrai que les origines de l’Austin Healey remontaient à 1952 alors que la Jaguar Type E a été mise sur le marché neuf ans plus tard. Il est dommage que ce modèle n’ait pas été remplacé. Cette décision qui n’a pas dû satisfaire Donald Healey a été prise avant la formation du groupe BLMC en 1968, et donc Lord Donald Stokes, le futur patron du groupe BLMC, n’a rien à avoir avec cette décision. Par contre, Lord Stokes validera la suppression de la marque Austin Healey en 1971.

Produite de 1959 à 1967, l’Austin Healey 3000 est la " Big Healey " arrivée à maturité. Elle ne sera malheureusement pas remplacée, mais deviendra en contrepartie une voiture iconique au même titre qu’une AC Cobra ou une Jaguar Type E.


1958 : Austin Healey Sprite


Vers le milieu des années 50, Donald Healey souhaite lancer un roadster compact pour attirer une nouvelle couche de clientèle, celle des jeunes aux moyens modestes. Ce roadster, qui veut reprendre l’esprit des anciennes versions sportives de l’Austin Seven, est lancé en 1958, quelques jours après le Grand Prix de Monaco. Le modèle, baptisé Austin Healey Sprite et dessiné par Gerry Coker, se présente sous la forme d’un roadster de poche, ne dépassant pas 3,48 mètres de long avec une calandre ovale comme sa grande sœur la " Big Healey " et de curieux phares ronds proéminents qui la font surnommer " Frogeye " (grenouille). La Sprite est dotée d’un moteur Austin de 948 cm3 monté sur les A35 et A40 Farina. Il développe ici 43 ch.

 

Produite de 1958 à 1961, la petite Austin Healey Sprite surnommée " Frogeye " (grenouille) entend reprendre l’esprit des anciennes version sportives de l'Autin Seven et des MG Midget commercialisées entre 1936 et 1955, et encore très répandues en Grande-Bretagne à la fin des années 50.

La Sprite est le plus petit roadster britannique de cette période, puisque ni MG ni Triumph ne produisent alors un modèle aussi minuscule et aussi peu coûteux. Ce modèle commercialisé entre 1958 et 1961 s’écoule à 48 987 exemplaires, ce qui est un chiffre bien supérieur à celui réalisé par la " Big Healey " à cette époque. La Sprite peut être considérée comme une version modernisée de la MG Midget qui avait été commercialisée de 1936 à 1955, et qui avait été l’archétype de la petite voiture de sport britannique, simple et économique. Mais MG s’était embourgeoisé, avec notamment la présentation en 1955 de la MG A, beaucoup plus sophistiquée que la Midget, et surtout la présentation de la berline Magnette en 1954, dérivée des Austin Cambridge et Morris Oxford. Il restait donc un espace disponible au-dessous des MG A et Austin Healey 3000. La Sprite le combla.


1961 : Austin Healey Sprite " nouvelle génération "


L’Austin Healey Sprite est totalement redessinée en 1961. Le succès de la précédente génération ayant été suffisamment convaincant, elle est désormais disponible également sous la marque MG qui reprend le nom Midget utilisé par la marque entre 1936 et 1955. Le design du nouveau modèle est plus simple et moins outrancier que celui de la première génération. En particulier, les phares prennent place classiquement en bout d’ailes. Le moteur reste le même mais il gagne 3 ch supplémentaires, permettant à la voiture de s’approcher des 140 km/h. En 1962, les Sprite et Midget peuvent recevoir le 1098 cm3 développant 56 ch, déjà monté sur la Morris 1100. L’Austin Healey Sprite Mk II s’écoule à 31 665 exemplaires de 1961 à 1964. La Mk III apparaît en 1964 avec le moteur de 1,1 litre poussé à 59 ch. 25 905 exemplaires trouvent preneur entre 1964 et 1966. La Mk IV lui succède en 1966, avec le moteur de 1275 cm3 monté sur les berlines Austin 1300 et Morris 1300 développant ici 65 ch. Elle est diffusée à 22 797 exemplaires entre 1966 et 1971.

Redessinée en 1961, l’Austin Healey Sprite a désormais une sœur jumelle, la MG Midget dont la légitimité pour succéder aux anciennes Midget est forcément plus grande. La Sprite supprimée en 1971 sera la dernière Austin Healey produite.

Le nouveau président de BLMC, Lord Donald Stokes, et Donald Healey, alors âgé de 72 ans, n’ayant pu se mettre d’accord sur l’avenir d'Austin Healey, la marque disparaît en 1971, en même temps que les Sprite et " Big Healey ", alors que la MG Midget continue sa carrière jusqu’à son extinction en 1979. Au total, 129 354 Austin Healey Sprite ont été produites entre 1958 et 1971, un chiffre très inférieur à celui réalisé par la MG Midget entre 1961 et 1979 : 224 473 unités. Cette différence importante peut expliquer le peu d’enthousiasme avec lequel Lord Stokes voulait pérenniser la marque Austin Healey, sans compter que la Triumph Spitfire pouvait depuis son entrée dans le groupe BLMC en 1968 être une alternative crédible à l’Austin Healey Sprite.

En argumentant une réduction des coûts, Donald Stokes décida de cesser de payer des royalties à Donald Healey, en totale rupture avec ce qui avait été décidé en 1952. Il est évident que cette décision ne pouvait satisfaire Donald Healey. Celui-ci cessa alors toute collaboration avec le groupe BLMC et rejoignit la firme Jensen qu’il connaissait bien puisque cette société avait assemblé les caisses des Austin Healey durant une vingtaine d’années.


1972 : Jensen Healey


Jensen Motors est une ancienne marque britannique créée dans les années 20 et spécialisée dans la carrosserie automobile de grand luxe. Au début des années 70, elle produit et commercialise au compte-gouttes les coupés de haut de gamme Interceptor et FF, ce dernier étant doté de la transmission intégrale, d’où son nom (FF : Fergusson Formula). Les origines de ces coupés de Grand Tourisme concurrents des Aston Martin remontent à 1966. Depuis la fin de la production de la " Big Healey " en 1967, Donald Healey recevait régulièrement des demandes des concessionnaires américains, notamment californiens, concernant le remplacement de ce modèle voire la reprise de sa production, et le britannique se laisse peu à peu convaincre que la conception d’un nouveau roadster de gamme moyenne, avec ou sans le groupe BLMC, semble inéluctable. Donald Healey propose donc à la firme Jensen, avec l’appui des concessionnaires américains,  de fabriquer une voiture de sport moins chère que ses grands coupés, en complément de celles-ci. Jensen, passé en 1970 sous contrôle américain, accepte la proposition. En contrepartie, Donald Healey devient Président de Jensen à l’âge de 73 ans, alors que l’âge de la retraite avait sonné depuis longtemps déjà. Ses fils Geoffrey et Brian Healey entreprennent la conception de la voiture en un temps record.

Produite de 1972 à 1976, la Jensen Healey n’a pas connu le succès, en raison d’un manque de mise au point et du choc pétrolier intervenu en octobre 1973. Ce modèle clôt la famille de voitures sportives inspirées par Donald Healey.

Le constructeur dévoile la Jensen Healey en 1972. Il s’agit d’un roadster de 4,12 mètres de long doté d’un moteur Lotus quatre cylindres de 2 litres développant 144 ch et permettant d’atteindre une vitesse maximale de 190 km/h. Vauxhall fournit des composants de châssis et de direction, Sunbeam se charge de la boîte de vitesses. La Jensen Healey entend concurrencer les productions du groupe BLMC, comme les MG B et Triumph TR6. Le style est signé Hugo Poole et Williams Towns. Après des débuts difficiles, par manque de mise au point, la Jensen Healey est victime de la crise pétrolière de 1973/1974 et les ventes s’effondrent. Ne pouvant s’adosser à un groupe solide, Donald Healey décide de mettre fin à la production de la Jensen Healey au début de l’année 1976. On dénombre au total une production de 10 503 exemplaires dont 7 634 à destination de l’Amérique du Nord. Il faut ajouter les 509 exemplaires de la version coupé dite GT lancée en 1975, dont le style s’inspire ouvertement de la Reliant Scimitar GTE. Cette version GT n’empêchera pas la faillite de Jensen. Donald Healey disparaît le 13 janvier 1988 à l’âge de 89 ans.

Texte : Jean-Michel Prillieux
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