Reliant Scimitar SS1 et SS2

1. Michelotti à la planche à dessin

La place laissée libre après la disparition du marché des Triumph Spitfire et
autres MG Midget incita Reliant à proposer une petite sportive économique sur
le marché britannique.

Le partenaire traditionnel de Reliant, le studio de design Ogle, n'était pas de
la partie cette fois ci. Reliant s'adressa en effet à Giovanni Michelotti de Turin,
auteur des mythiques Triumph TR et Spitfire des années 60 et Stag des
années 70.

Celui ci proposait ses premières esquisses à Reliant en 1978. Il s'agissait d'un
cabriolet à deux places, doté d'une carrosserie en matière plastique. Giovanni
Michelotti décédait en 1980, avant même que le dessin de la SS1 ne soit totale-
ment finalisé. Son fils Edgardo, avec l'appui de son responsable du style, Tateo
Uchida, honorait le contrat avec Reliant en terminant l'étude.

La disparition du grand maître italien allait peser sur l'avenir du projet. Entre
le projet initial et la voiture en sortie de chaîne, les lignes furent alourdies inu-
tilement, perdant de leur fluidité originale et une large part de l'élégance na-
turelle du modèle imaginé par Giovanni Michelotti.

2. La présentation de la SS1

En octobre 1984,quelques mois avant que les vénérables Scimitar GTE et GTC
ne disparaissent des chaînes de montage de Tamworth, Reliant présentait au
salon de Birmingham la SS1 (Small Sport 1).

Ce nouveau modèle avait pour ambition de concilier l'aspect traditionnel de la
voiture de sport anglaise (amusante, peu coûteuse à l'achat et à l'entretien,
deux places assises cheveux aux vents) avec un certain modernisme (fiabilité
mécanique, finition et confort de haut niveau).

A terme, la SS1 devait pouvoir être exportée vers les Etats Unis, et renouer
avec le succès commercial qu'avaient connu à leur époque les Austin Healey, MG
et Triumph. Ce critère de base avait été retenu lors du lancement de l'étude de
la SS1.

3. Une naissance dans un contexte difficile

Reliant n'avait plus la grande forme en ce début des eighties. Les voitures à
trois roues ne correspondaient plus aux attentes du marché. La
Scimitar GTE
était sur le déclin. Le succès de la Scimitar
GTC ne fut jamais vraiment au
rendez vous.

L'entreprise de Tamworth avait réduit ses ambitions. Elle n'employait plus alors
que 450 salariés. Un accord d'importation de la marque coréenne Hyundai fut un
temps envisagé, mais jamais concrétisé. Celui ci aurait pourtant pu donner un se-
cond souffle au réseau des concessionnaires Reliant en manque de chiffre d'af-
faire.

Concevoir une voiture nouvelle comme la SS1 représentait une lourde charge
pour Reliant, qui devait parallèlement travailler sur les autres modèles de la
marque (Robin et Fox) qui assuraient l'essentiel des rentrées d'argent.

Un incendie au début de l'année 1984 dans le bureau d'étude détruisait un des
prototypes de la SS1. L'encadrement et les ouvriers durent faire face à cette
nouvelle épreuve, sans baisser les bras.

Finalement, le coût de l'étude et de l'industrialisation de la SS1 dépassait lar-
gement les prévisions budgétaires. Afin d'amortir les montants investis, la SS1
devait impérativement bien se vendre. Cela devenait vital pour la survie de
Reliant.

4. Les motorisations

Pour séduire une clientèle la plus large possible, et notamment celle des jeunes
acheteurs au pouvoir d'achat plus limité, Reliant s'efforça de proposer au moins
deux motorisations.

Mais il n'était plus question de développer un moteur spécifique comme cela
avait été le cas par le passé sur les modèles économiques de la marque. Les fai-
bles volumes envisagés n'auraient pas permis d'amortir les coûts d'une telle
étude.

Après avoir analysé les opportunités offertes par la British Leyland, Vauxhall,
Fiat et Toyota, Ritchie Spencer, le directeur de Reliant, fit le choix de travailler
avec Ford, qui disposait alors dans sa gamme de deux moteurs adaptables à la
SS1, l'un de 1296 cm3 (51 ch Din) et l'autre de 1596 cm3
(71 ch Din).

Ford n'était pas un inconnu pour Reliant, puisqu'il était depuis les années soixan-
te le fournisseur des mécaniques de la Reliant Scimitar.

5. La commercialisation

La SS1 était commercialisée à partir de mars 1985 sous la marque Scimitar. Le
nom de Reliant passait désormais au second plan sur les documents promotion-
nels. Ce faisant, la firme de Tamworth franchissait une nouvelle étape en essa-
yant d'imposer une nouvelle marque, dotée d'une vraie gamme avec le cabriolet
SS1 en versions 1300 et 1600 d'une part, et les
 GTE et GTC d'autre part.

On peut s'étonner du fait que Reliant ait conservé le nom de SS1. Outre le man-
que de poésie de cette appellation, en ôtant le chiffre 1, cela pouvait rappeler
de bien mauvais souvenirs. Jaguar, qui s'appelait Standard Swallow depuis 1931,
fut ainsi rebaptisé de son nom actuel en 1945.

6. L'accueil de la presse spécialisée

La presse spécialisée fut dans un premier temps assez clémente avec la nou-
velle venue, une automobile dotée d'un réel confort moderne. Elle y voyait une
digne succession aux traditionnels cabriolets britanniques.

Mais quelques journalistes lui reprochaient un certain manque de sportivité, tan-
dis que d'autres mettaient en cause le style inutilement compliqué de la voiture,
pour ne pas dire maladroit, avec ses phares escamotables perdus sur le capot
avant, son pare brise trop vertical, ses plis de carrosserie complexes, etc ...

7. La SS1 redonne de l'espoir à Reliant

Quoi qu'il en soit, après des années sombres, Reliant reprenait quelques cou-
leurs. L'effectif de l'entreprise remontait aux environs de 540 salariés, soit
90 de plus que trois ans plus tôt. La SS1 était assemblée sur les mêmes chaînes
que la Rialto et la Fox.

8. Le réseau de concessionnaire est renforcé

Jusqu'à présent, à quelques exceptions prêt, les concessionnaires n'étaient pas
les mêmes selon la gamme de produit. Certains distributeurs vendaient les mo-
dèles économiques de la marque, d'autres les
Scimitar GTE et GTC.

Au regard des objectifs de vente, un autre défi pour Reliant consistait donc à
renforcer ce dernier réseau, en doublant ses effectifs. Il allait ensuite être 
nécessaire de suivre ces nouveaux distributeurs, en encourageant les meilleurs,
mais aussi en écartant les moins performants.

9. La dure réalité industrielle et commerciale

Dès le départ, le constructeur se heurtait à des problèmes d'approvisionne-
ment et de fabrication au sein de son usine. Les pièces ne s'ajustaient pas entre
elles. Les ouvriers devaient corriger les défauts manuellement. Inévitablement,
si l'on ajoutait à cela les travaux assurés sous garantie par le réseau, le prix de
revient unitaire des voitures n'était plus en phase avec le prix de vente.

Reliant espérait produire environ 3000 unités par an. En 1985, seulement 730
voitures trouvèrent acquéreur. Ce fut la meilleure année pour la SS1.

Le dessin de la voiture avait été imaginé il y a déjà six ans. Les tendances stylis-
tiques évoluent très vite. En 1984, les arrêtes vives n'étaient plus de mode. Le
bio design était passé par là. 

Une voiture de sport, même si sa principale vocation est d'être amusante à con-
duire, doit aussi et surtout être représentative du statut social de son proprié-
taire. Et la Scimitar SS1, avec son apparence frêle, était bien loin de remplir ce
contrat.

10. De nouveaux moteurs

Reliant n'avait pas abandonné son projet de voir la SS1 commercialisée aux USA.
Mais pour cela, il était nécessaire d'adapter à la petite Scimitar un moteur qui
réponde aux strictes normes américaines de pollution. C'était la raison d'être
du nouveau modèle équipé d'un moteur Nissan de 1809 cm3 présenté au salon
de Genève en 1986.

A cette époque, le terme SS1 était définitivement abandonné, pour ne conser-
ver que le nom Scimitar. Désormais, Reliant proposait trois moteurs : 1300, 1600
et 1800, pour des puissances respectives de 51, 70 et 99 ch Din. Les trois voitu-
res étaient vendues en Grande Bretagne 7495, 8625 et 10 300 livres.

En 1987, le 1296 cm3 Ford était remplacé par un 1392 cm3 de 55 ch du même
constructeur. A partir du salon de Genève de cette même année, une version
avec le volant à gauche était officiellement disponible.

11. Reliant exporte

Jusqu'alors, les ventes à l'exportation s'étaient limitées à quelques rares pays
où la conduite à gauche était de rigueur (HongKong, Nouvelle Zélande, etc ...).
Le marché européen s'ouvrait enfin à la Scimitar.

Dès la mi 1988, plus de la moitié de la production était vendue à l'étranger,
principalement vers l'Allemagne, mais aussi les Pays Bas (pays qui accueillait
déjà depuis de nombreuses années les modèles économiques Reliant) et la
Suisse.

Le Japon, traditionnellement friand de voitures britanniques " classiques ", pou-
vait aussi représenter un nouvel Eldorado pour la Scimitar, grâce à sa mécanique
Nissan facile à entretenir.

12. La Scimitar en France

" Automobiles Clément - Auto Nature " de Marseille se chargea de l'importation
en France du cabriolet de Tamworth pendant quelques années. Les trois motori-
sations étaient officiellement disponibles dans l'Hexagone. Ainsi équipées, les
Scimitar 1300, 1600 et 1800 étaient facturées 88 000, 115 000 et 138 000
francs. A titre de comparaison, un cabriolet Peugeot 205 CTI valait à la même
époque 105 000 francs, et un cabriolet BMW 320 i 170 000 francs.

La voiture était commercialisée sous la désignation Mistral Scimitar. La marque
Reliant, quasiment inconnue dans notre pays, était simplement mentionnée en
petits caractères sur les dépliants publicitaires.

Automobiles Clément, au travers d'encarts dans la presse spécialisée, tenta
de constituer un réseau de concessionnaire. Sans grand succès apparemment.

13. Le rêve américain hors de portée

La seule solution pour Reliant de sortir du marasme ambiant passait toujours par
le marché américain. Mais, et de plus grands constructeurs eurent l'occasion de
s'en rendre compte (cf notre régie nationale), l'approche du marché d'outre
Atlantique suppose de déployer une logistique énorme, hors de portée d'une en-
treprise de taille moyenne comme Reliant

Ritchie Spencer quittait Reliant en avril 1987, laissant son poste à Cyril Burton.
Celui ci, présent dans l'entreprise depuis 1969, avait été l'artisan du formida-
ble développement à l'étranger des activités de Reliant (Grèce, Turquie ...).

Sans perdre espoir, Reliant présentait en 1988 la SS2, version revue et
corri
gée par William Towns, auteur entre autres de la fameuse Aston Martin
Lagonda qui marqua les esprits avec ses lignes rectilignes. La SS2 devait sédui-
re les acheteurs américains. Si il fut effectivement envisagé de l'équiper d'un
V6 américain, elle n'atteignit jamais le stade de la production.

14. L'échec est patent

La SS1 avait affaibli les capacités de financement de Reliant. Vu le faible nom-
bre de voitures fabriquées, le retour sur investissement fut désastreux. On
peut raisonnablement considérer que si la SS1 avait été plus agréable esthéti-
quement, et que si le marché américain l'avait enfin accueilli, l'amortissement
d'un tel programme n'aurait pas posé de problème pour la firme de Tamworth.
Mais Reliant ne gagna jamais d'argent sur cette voiture, bien au contraire.

La production se répartie de la manière suivante entre 1984 et 1990. 1984 : 25,
1985 : 705, 1986 : 264, 1987 : 237, 1988 : 187, 1989/90 : 91, soit un total de
1509 voitures.
La Scimitar SST remplaçait la SS1 en février 1990.

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