Reliant Regal 3/25 et 3/30

1. Reliant relance la machine

Reliant aurait pu s'endormir sur ses lauriers, après le succès des six premières
générations de Regal. Mais l'équipe dirigeante avait bien conscience qu'il était
nécessaire d'innover pour tenir la clientèle en haleine.

En 1959, Ray Wiggin prenait en main les destinées de l'entreprise de Tamworth
aux côtés de Tom Williams. Sous son impulsion, Reliant allait connaître tout au
long des années 60 une croissance significative, en améliorant sans cesse ses
procédés de fabrication et en développant sa gamme.

Ainsi, le constructeur de voitures à trois roues mettait au point une carrosserie
totalement monobloque. Le montage final simplifié de la voiture s'en trouvait
simplifié, autorisant au passage une réduction des coûts de main d'oeuvre.

2. La Regal 3/25 succède à la Regal VI en 1962

Cette innovation majeure allait être appliquée sur la Regal 3/25 commercialisée
en 1962.
 Celle ci, qui aurait très bien pu s'appeler Regal MK VII, portait cette
nouvelle désignation en référence au nombre de ses roues, et à sa puissance en
chevaux vapeur (25 ch SAE).

Un nouveau moteur 4 cylindres de 598 cm3 remplaçait avantageusement l'an-
cienne mécanique qui datait de 1939. Ce moteur en alliage de type OHV (Over
Head Valve engine ou moteur à soupapes en tête) avait été conçu sous la  res-
ponsabilité de Ron Heathcote, chez Reliant depuis 1949. Avec cette mécanique,
l
a 3/25 pouvait arpenter les routes britanniques à une vitesse de pointe de
120 km/h.


Ron Heathcote


  Ray Wiggin

Le dessin de la carrosserie était inédit, avec des formes plus tendues, et une
lunette arrière inversée (à la manière de l'Ami 6, de la Ford Anglia ou des
Mercury contemporaines). La nouvelle Reliant était disponible en deux versions
de carrosseries : la Saloon et le Van.

Le poids plume de la Regal autorisait toujours sa conduite avec l'équivalent bri-
tannique d'un simple permis moto. La voiture ne pesait en effet pas plus de 8
cwt (soit 8 fois 100 pounds ou 364 kg). Il s'agissait là d'un excellent argument
commercial, qui permettait notamment de conquérir une clientèle de senior.

La version Van parvenait à séduire de nombreuses entreprises, qui en équipaient
leur flotte. C'était notamment le cas des sociétés de dépannage (les fameux
véhicules AA britanniques). L'affectation de la Reliant Van à ce type d'interven-
tion exigeante ne pouvait que procurer une sentiment de confiance aux clients
potentiels.

3. Le succès est au rendez vous

Afin d'anticiper l'accroissement programmé des ventes, Reliant ouvrait en 1963
une nouvelle usine à Shenstone, à quelques miles de Tamworth. Ce nouvel outils
industriel permettait au constructeur de produire en interne jusqu'à 80 % des
composants de ses voitures.

Le succès commercial grandissant de Reliant allait bientôt intéresser les inves-
tisseurs. Ainsi, le financier Julian Hodge faisait l'acquisition de 76 % du capital
de l'entreprise en 1962. Son intérêt ne pouvait être que renforcé par la multi-
tude de projets étudiés à Tamworth pour des constructeurs étrangers, notam-
ment en Israël (Autocars), en Turquie (Otosan) ou en Grèce. A la même époque,
Reliant débutait le développement de son futur best seller, la Scimitar.

Seule ombre au tableau de cette période de gloire, le fondateur de Reliant,
Tom Lawrence Williams, mourait en 1964. Ray Wiggin prenait alors seul la
direction de l'entreprise.

4. La 3/25 devient Regal 3/25 Super en 1965

La 3/25 Super succédait à la 3/25 dès 1965. Extérieurement, la différence la
plus notable était la nouvelle face avant au dessin plus affiné. La société Ogle
était à l'origine de ce restyling assez heureux.

Outre la Saloon et le Van, Reliant proposait également une version pick-up, qui
parvenait à séduire aussi bien les simples particuliers que les petits entrepre-
neurs.


En juin 1968, Tom Scott, directeur des ventes depuis 1946, félicite George Jenkin, le plus
ancien responsable d'atelier de l'usine, à l'occasion de la sortie de la 50 000 ème Regal 3/25.


Une vue de la chaîne de production à Tamworth. Avec la Regal, la production quotidienne
de la marque a atteint jusqu'à 68 voitures par jour.


La Régal était également produite pour l'exportation. Les deux principaux marchés durant les
années 60 étaient la Grèce et les Pays Bas.


La Regal était incontestablement la voiture à trois roues la plus vendue en Grande Bretagne.
Elle s'octroyait à elle seule 80 % de ce marché.


Fidèle à ses habitudes depuis 30 ans, la Regal 3/25 Super était aussi disponible en version Van,
 à destination des petits commerçants et entrepreneurs, des flottes des grandes entreprises. Comme
la version Saloon, il bénéficiait de taxes allégées. Sa charge utile était de 5cwt, soit 254 kg.

5. Il y a le feu à Tamworth

L'atelier de carrosserie de Tamworth était victime d'un incendie en 1966, blo-
quant net la production
. Cet évènement obligea les dirigeants à investir très ra-
pidement dans de nouveaux locaux. Grâce aux efforts conjugués de l'encadre-
ment et de l'ensemble du personnel, la production reprenait quelques semaines
plus tard.

6. Nouveau moteur, nouvelle dénomination en 1969

La gamme Regal 1969 était équipée d'un nouvelle motorisation de 700 cm3 et
31 ch, empruntée à sa soeur à quatre roues, la Rebel. Elle comportait deux mo-
dèles, la 3/30 et la 3/30 21E. Le terme 21 E signifiait que cette version béné-
ficiait de 21 " plus " par comparaison à une 3/30 de base, en particulier dans le
domaine des équipements.

Les versions utilitaires ont souvent été chez la plupart des constructeurs plutôt
sommaires en terme de présentation. A contre courant de cette tendance,
Reliant proposait une version Van de la 21E, dotée de deux phares supplémen-
taires, de chromes à tous les étages (notez ci-dessous le rétroviseur sur l'aile
avant), et de multiples détails touchant au confort et à l'agrément des usagers.
Sans doute Reliant destinait t'il cette version aux boutiques chics des centre-
villes.

En cette fin des années 60, le marché des trois roues demeurait très porteur
chez nos voisins d'outre Manche. Un temps, Reliant se payait même le luxe
d'être le second fabriquant automobile 100 % britannique derrière le masto-
donte British Leyland
!

7. Des brochures soignées

La firme de Tamworth concoctait à destination de ses prospects des brochures
qui n'avaient rien à envier à celles des plus grands constructeurs, avec, comme
peuvent en témoigner les illustrations ci-dessous, des mises en scène savam-
ment élaborées.

8. Reliant à son paroxysme

Le cap des 100 000 Regal  sorties d'usine était fêté en 1972. La Regal poursui-
vit ainsi son bonhomme de chemin jusqu'en 1973, qui vit l'arrivée de sa rempla-
çante, la Reliant Robin.

Il fut produit 105 824 Regal entre 1962 et 1973. Ce nombre est à comparer
aux 33 027 Regent et Regal Mk fabriquées entre 1935 et 1962. Cela corres-
pond à trois fois plus de voitures en deux fois moins de temps.

Sous le contrôle de Ray Wiggin, la progression de Reliant avait été continue
durant les années 60. Au tout début des années 70, la Regal, la Rebel et la
Scimitar se vendaient encore très bien. La politique d'expansion menée à
l'étranger portait ses fruits. Reliant employait à cette époque un total de
2 500 salariés. Mais la tendance allait bientôt s'inverser ...


Non, ce n'est pas une Régal à trois roues, mais une Ford Anglia 105 E. Toute deux cédaient à la
mode des lunettes arrières inversées, façon Ami 6.

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