Genève 1967


Fiat Dino Coupé

Divisée en cantons, la Suisse se répartit en quatre groupes linguistiques (NDLR, données 1967), allemand (74,4 %), français (20,2 %), italien (4,1 %) et rétho-romanche (1,3 %). Disposant de peu de ressources locales et misant sur la qualité comme premier argument de vente, les produits suisses ont acquis au fil des siècles une renommée mondiale. Les industries de transformations se sont spécialisées dans la fabrication à forte valeur ajoutée de produits non pondéreux. L'horlogerie qui est une des spécialités les plus connues constitue la parfaite illustration de cette stratégie de développement.

L'Allemagne avec 63 777 voitures immatriculées en 1966 domine toujours le marché helvétique grâce en particulier à Volkswagen et Opel qui à eux deux représentent les 2/3 des ventes de voitures allemandes. La France avec 28 569 immatriculations réussit à ravir à la Grande-Bretagne la deuxième place du podium. Les voitures italiennes sont de plus en plus nombreuses, et Fiat arrive naturellement en tête devant Alfa Romeo et Lancia. Les américaines sont moins prisées que par le passé, avec seulement 5 603 ventes. Volvo tire son épingle du jeu avec 4 011 voitures, et Saab demeure un constructeur confidentiel avec 411 voitures immatriculées.

La Suisse possède à la fois une industrie automobile des plus faibles et un Salon de l'automobile des plus importants. Ce paradoxe résulte d'une politique économique qui semble parfaitement assumée, mais il découle aussi du positionnement du Salon à mi-saison par rapport aux autres expositions européennes. Cette année, 144 constructeurs automobiles venus de 17 pays ont répondu à l'appel. Seize voitures y sont présentées en " première mondiale ", même si peu d'entre elles sont des nouveautés à part entière, la plupart n'étant que des évolutions sur le plan esthétique ou mécanique. Environ 500 000 visiteurs se sont déplacés.

Débutons la visite par une réalisation française artisanale. La Peugeot 204 GT conçue par l'équipementier parisien Autobleu est établie sur une base de cabriolet. Ce prototype unique est équipé d'un curieux toit rigide en résine réalisé par Pietro Frua, qui offre à cette auto un original arrière plongeant. Ce toit se pose sur la capote repliée. Le moteur est poussé de 53 à 70 ch par la société Le Moteur Moderne grâce à l'adoption d'un carburateur double corps Weber, d'un filtre à air spécifique, d'un arme à cames retravaillé et d'une ligne d'échappement à double sortie. Cette 204 GT propose des doubles optiques et un levier de vitesses au plancher de type Nardi.


Peugeot 204 GT Aubobleu

le lancement officiel de la Matra M 530 a eu lieu au Salon de Genève. La  M 530 sous un aspect quelque peu déroutant semble pleine d'idées. A l'origine du projet, l'objectif de Jean-Luc Lagardère était de proposer une voiture sportive pour les jeunes, vendue moins de 10 000 francs. Ce but n'est malheureusement pas atteint, puisque cette auto est affichée en France à 16 190 francs. Entre-temps, chez Matra, on a choisi de la traiter avec plus de raffinement que lors de la définition du cahier des charges. La M 530 est équipée d'un moteur emprunté à la Ford 17 M, un quatre cylindres en V de 70 ch Din. Fidèle à la technique de la Djet, Matra a conservé la disposition du moteur central afin de mieux équilibrer les masses. Son prix la met en concurrence avec nombre de voitures étrangères dont le coupé Alfa Romeo GT 1300 Junior ou la MG B.


Matra M 530

Chez Mercedes on fait évoluer en toute discrétion la 230 SL en lui donnant un deuxième souffle. Aucune évolution esthétique significative ne permet de distinguer la 250 SL de son aînée. On n'a pas créé un moteur pour la circonstance, mais on a simplement adapté le 6 cylindres en ligne de 2 496 cm3 de la berline 250 SE lancée fin 1964. A défaut d'être sportive, la 250 SL propose une excellente souplesse d'utilisation et un confort de marche irréprochable. Un espace supplémentaire est aménagé derrière les sièges pour accueillir des bagages qui ne trouveraient pas place dans le coffre ou pour servir de sièges de secours à des enfants. 


Mercedes 250 SL

L'Opel Commodore, dérivé haut de gamme de la Rekord, fait ici sa première apparition. Opel souhaite satisfaire à " bas prix " les exigences d'une clientèle à la recherche de luxe, de confort et de puissance, dans un encombrement moyen qui ne sacrifie pas pour autant à l'habitabilité. La Commodore vise en France les acheteurs de Citroën DS ou de Peugeot 404 Injection qui n'ont pas forcément les moyens d'acheter une Rover ou une Mercedes. Comparée à la Rekord, la Commodore affiche une présentation plus cossue. Elle adopte un volant au moyeu tulipé, des garnitures en faux bois et un levier de vitesses monté au plancher. Extérieurement, les lignes sont identiques à celles de la Rekord, mais avec une nouvelle calandre et l'ajout de moulures et de chromes extérieurs. Ce modèle existe en deux versions, une berline quatre portes et un coupé deux portes, les deux recevant le même six cylindres en ligne de 2461 cm3 et 115 ch Din. 


Opel Commodore Coupé

Après la bombe Miura, Lamborghini et Bertone présentent une approche sportive autant que futuriste de la voiture de Grand Tourisme pour quatre personnes. Baptisée Marzal, cette création particulièrement originale dessinée par Marcello Gandini est illuminée par des surfaces vitrées panoramiques à la manière de ce que l'on peut voir sur les hélicoptères. Les phares traditionnels sont remplacés par six petites optiques rectangulaires à iode, montées au-dessus de la grosse calandre en caoutchouc constituant le pare-chocs. Sa hauteur de 110 cm ne nuit ni à l'habitabilité ni à la contenance du coffre à bagages situé sous le capot avant.  Les portes s'ouvrent en " aile de mouette " à la façon de la Mercedes 300 SL, ce qui facilite l'accès à bord. Son six cylindres 1965 cm3 en position arrière transversale est moins agressif que celui de son aînée, et n'exprime que 175 ch. A l'intérieur, les instruments sont regroupés dans des alvéoles du type ruche d'abeilles.


Lamborghini Marzal

Après le Spyder lancé en novembre 1966 à Turin, Fiat profite du Salon de Genève pour présenter son nouveau Coupé Dino, doté d'un moteur Ferrari et habillé d'une carrosserie Bertone. Grâce à un empattement allongé de 27 cm, les deux places arrière peuvent convenir à des adultes de taille moyenne, même sur de longs trajets, ce qui est rare dans une voiture de cette catégorie. Le Coupé atteint le kilomètre départ arrêté en 30,5 secondes et sa vitesse de pointe est proche de 200 km/h. Le Spyder et le Coupé offrent la particularité d'avoir été étudiés en étroite collaboration avec la firme de Maranello, afin de permettre à celle-ci de disposer d'un moteur pour sa nouvelle monoplace de Formule 2. La réglementation sportive du moment exige en effet que la mécanique d'une F2 soit empruntée à une série officielle d'au moins 500 voitures de grand tourisme, chiffre que Ferrari ne peut atteindre rapidement qu'avec l'appui de la puissance industrielle de Fiat.


Fiat Coupé Dino

De lignes nettes, sans fioritures, le coupé Fiat 124 utilise la même base que le cabriolet 124 Sport présenté il y a quelques mois à Turin. Il est donc doté du 1,4 litre à deux arbres à cames de 90 ch, qui lui permet d'atteindre 170 km/h. Sa hauteur ne dépasse pas 1,27 mètre. L'empattement a été allongé de 14 cm pour aménager deux places confortables à l'arrière. Pour le dessin de la carrosserie, Fiat a fait travailler ses propres stylistes. Il prévoit de produire ce coupé en grand nombre afin de parvenir à un prix de revient compétitif.


Fiat 124 Coupe

Lancia met l'accent sur le rajeunissement de sa gamme Fulvia, et répond aux attentes de la presse spécialisée et du public qui déplorent le manque de puissance de la voiture. Sur la base des carrosseries déjà existantes, quatre nouvelles versions viennent s'ajouter. La Fulvia GT avec un 1216 cm3 de 80 ch Din, le coupé Fulvia Rallye avec un 1298 cm3 de 87 ch Din, le coupé Fulvia Rallye 1.3 HF avec le même moteur de 1298 cm3 mais dont la puissance est portée à 101 ch Din et le coupé Fulvia Sport 1,3 carrossé par Zagato équipé du 1298 cm3 de 87 ch Din. Tous ces modèles ne diffèrent que par de petits détails par rapport aux versions déjà connues, présentation et finition demeurant pratiquement identiques.


Lancia Fulva Zagato

A la demande de l'homme d'affaires italien Antonio Maniero qui a lui-même fait réaliser son châssis et l'adaptation du groupe propulseur, Giovanni Michelotti a habillé ce modèle unique. Il s'agit d'une voiture de grand tourisme baptisé Meccanica 4700 GT, dotée d'un V8 de 4,7 litres emprunté à la Ford Mustang.

Après une première exposition à l'état de prototype à Turin en novembre 1966, Moretti expose les versions définitives de deux modèles équipés du moteur de la Fiat 124. Le premier est un coupé 2 + 2, le second un coupé cinq places. Ils diffèrent l'un de l'autre par le dessin des vitres latérales arrière. L'approche stylistique reste la même que sur le coupé Fiat 850 du même Moretti.

Osi a réalisé un véhicule de loisirs sur base Fiat 850. Le moteur et le châssis sont ceux du modèle de série, ce qui permet d'une part de maintenir le prix de revient à un niveau satisfaisant, d'autre part d'assurer à l'acheteur la garantie Fiat. Cet engin s'inscrit comme un concurrent possible à la Mini Moke ou au projet Daf Kini.

Vignale apporte sa touche à la Jensen Interceptor qu'il rebaptise Nova. L'amateur désirant posséder une voiture personnalisée pourra l'acquérir auprès du Garage Automobiles Monégasque (GAM) à Monaco, importateur Vignale pour la France.


Michelotti, prototype à moteur Ford Mustang


Fiat 124 Special par Moretti


Osi Fiat 850


Vignale Nova

Les Austin et Morris 1800 de la série ADO 17 n'ont pas à ce jour porté le flambeau de la BMC avec le même bonheur que la célèbre Mini. Afin de contrer cette situation malheureuse, c'est Wolseley, la marque la plus distinguée du groupe, qui propose un modèle susceptible par ses améliorations de relancer les ventes. La Wolseley 18/85 se différencie par un dessin inédit du capot et des phares, bien dans la tradition de la marque. Grâce à des matériaux comme le bois et le cuir, l'habitacle devient plus cossu. La puissance de la 18/85 est portée à 85 ch, contre 78 ch. Mais surtout, l'accent est mis sur l'agrément de conduite avec une direction assistée et une boîte automatique Borg Wagner à trois rapports disponible en option. La 18/82 s'adresse à une clientèle qui aime une conduite paisible, et qui dispose d'un portefeuille suffisamment garni.


Wolseley 18/85

Après le cabriolet 428 présenté à Londres en 1965, AC regagne le devant de la scène avec ce coupé. Son allure générale rappelle la Maserati Mistral de 1963, également dessinée par Pietro Frua. C'est la première fois chez AC que l'on sollicite une intervention extérieure pour la carrosserie, faute de disposer en interne des ressources suffisantes. Le prix de vente de l'AC est élevé. En effet, construire cette voiture implique l'importation d'un V8 Ford Galaxie de 7 litres et d'une transmission depuis Detroit, puis le montage de l'ensemble châssis moteur en Angleterre, avant d'expédier le tout en Italie pour se faire habiller dans les ateliers de Frua. Enfin, la voiture revient chez AC pour les tests et les derniers contrôles.


AC 428 Fastback

La Cortina Lotus produite chez Ford Dagenham en Angleterre fait peau neuve en adoptant la nouvelle carrosserie et les aménagements de la Cortina GT à deux portes. Son 4 cylindres 1558 cm3 à double ACT développe 115 ch contre 105 sur l'ancienne version. Il est assemblé chez Lotus qui le livre à Ford pour montage sur la chaîne de production. Ces quelques 10 ch supplémentaires permettent de compenser partiellement une augmentation du poids à vide de l'ordre de 120 kg. La suspension est abaissée de 2,5 cm à l'avant et à l'arrière par rapport à la GT, et des jantes plus larges sont montées. Les voies AV et AR sont élargies de 5 et 4 cm. De nombreux équipements optionnels sont prévus pour les amateurs de compétition.


Ford Cortina Lotus

La Vauxhall Viva est apparue sous cette nouvelle carrosserie au Salon de Londres en 1966. La Viva Brabham présentée à Genève diffère de la Viva SL 90 " normale ", précédent modèle haute performance, par ses freins renforcés, la présence de pneus à profil bas, de deux carburateurs Stromberg, d'un collecteur d'admission et d'un échappement retravaillé par l'ancien champion du Monde Jack Brabham. L'élévation de puissance est modeste par rapport à la SL 90, de 59 à 69 ch Din. Sur le plan esthétique, on relève une multitude d'accessoires comme les bandes noires sur la carrosserie et un levier de vitesses court surmonté d'un pommeau en acajou poli portant un badge Brabham incrusté. Par ailleurs, l'emblème Brabham apposé sur chaque aile avant et sur le couvercle de coffre distingue ce modèle spécial. Un volant à monture en bois ou en cuir et un refroidisseur d'huile sont proposés en option.


Vauxhall Brabham Viva

Triumph fait progresser sa Spitfire par le biais de cette version Mk III. Grâce au nouveau moteur de 1296 cm3 emprunté à la Triumph 1300 qui remplace le 1147 cm3 de l'Herald, la Mk III de 75 ch atteint 168 km/h. La face avant adopte une calandre un peu plus large et des butoirs sont incorporés au pare-chocs qui sont montés plus haut. Une décoration bois remplace avantageusement le plastique sur la planche de bord et le volant est plus petit. La Mk III est équipée d'une véritable capote repliable derrière les sièges, et non plus d'un ensemble démontable.


Triumph Spitfire Mk III

Honda a acquis sa notoriété en quelques années grâce au succès de ses motos et de ses petites voitures de sport au rapport vitesse/cylindrée époustouflant. Le constructeur a présenté à l'automne 1966 la N360 au Salon de Tokyo. Sa commercialisation vient de débuter au Japon, où elle affronte les petites Subaru, Suzuki ou Mitsubishi. Sa carrosserie est nettement inspirée par la Mini du groupe BMC. Avec 3,04 mètres, elle mesure 1 centimètre de moins que sa rivale anglaise. Au point de vue habitabilité, elle a été conçue pour deux Européens ... ou quatre Japonais ! Elle arrive à Genève sous la désignation N 500, avec un  bicylindre à refroidissement par air de 497 cm3 et 40 ch Din, soit une puissance au litre de 80 ch. Ce résultat est obtenu par un régime de rotation élevé et par des solutions empruntées aux mécaniques sportives, avec notamment un arbre à cames en tête. La vitesse de pointe de cette N 500 est d'environ 130 km/h. 


Honda N 500

Le producteur Albert R. Broccoli en tournage pour le cinquième épisode de James Bond dont la majeure partie de l'histoire se déroule au Japon cherchait une monture de race pour 007. La DB5 d'Aston Matin semble avoir fait son temps. Il a donc jeté son dévolu sur la Toyota 2000 GT présentée il y a deux ans sous la forme d'un coupé au Salon de Tokyo. Depuis, cette auto fait régulièrement la une des journaux japonais. Conscient de l'énorme impact médiatique que pourrait lui apporter cette production internationale, Toyota a donné son accord pour participer à l'aventure sans hésiter, se pliant même aux exigences du cinéaste qui souhaitait obtenir une 2000 GT décapotable, beaucoup plus pratique pour les prises de vues.


Toyota 2000 GT

Ce n'est pas une première mondiale, puisque la Ford Mach II a déjà été présentée au Salon de Chicago. Après avoir démontré ses capacités en compétition, le moteur 4,7 Ford prend place dans cette voiture de rêve. Ce coupé deux places aux roues arrière motrices et au moteur central ne pèse que 1200 kg. Les phares rétractables sont incorporés dans les ailes. Tandis que les sièges font partie intégrante de la caisse, ce sont les pédales d'embrayage, de frein et d'accélération qui sont réglables.


Ford Mach II

Présentée au dernier Salon d'Amsterdam, la Pontiac Firebird se voit dotée à Genève d'un compte-tours curieusement installé à l'extérieur sur le capot, bien dans le champ visuel du pilote, ce qui ne l'oblige pas à détourner son attention vers la planche de bord quand il souhaite s'enquérir du régime moteur. Elle est disponible en coupé et en cabriolet. L'arrière court de la Firebird contraste avec un capot avant de grandes dimensions, confirmant ses prétentions sportives. Six motorisations sont proposées, la plus puissante affichant 325 ch.


Pontiac Firebird

Skoda et son importateur pour la Suisse AP Dgletti AG à Dietlikon viennent de s'associer pour créer ce prototype de cabriolet avec une carrosserie réalisée en polyester sur la base de la Skoda 1000 MB Super. D'ambition modeste, cette voiture timidement nommée Winnetou, du nom d'un Apache de fiction créé par le romancier allemand Karl May, ne pèse que 590 kg. Son petit 4 cylindres d'1 litre de cylindrée et 52 ch entraîne les roues avant, et permet de flirter avec les 160 km/h.


Skoda Winnetou

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