Nos plus gros objets

Dans le précédent chapitre l'auteur s'était attaché à l'étude de l'espace intérieur de l'automobile. Dans ce deuxième volet, il traite de l'évolution des formes et des styles.

A l'origine, l'automobile était une machine, un engin mécanique sur lequel on pouvait s'asseoir pour se déplacer, dirigé par un conducteur mécanicien. Juxtaposition d'instruments mécaniques les plus divers, l'automobile est devenue, peu à peu, un objet, c'est-à-dire un ensemble cohérent à l'oeil et à l'esprit, une sorte de cerveau mécanique au fonctionnement mystérieux.


D'objet sans réel pouvoir de séduction à ses débuts, l'automobile s'est dès les premières années muée en un objet désirable.

L'évolution aérodynamique

Sous l'influence des nombreux ingénieurs aéronautiques qui participèrent à la recherche automobile, les différents éléments de l'engin mécanique reçurent d'abord des carénages puis fusionnèrent en un ensemble aérodynamique : la carrosserie dont la meilleure expression est le châssis coque.


Evolution des proues Renault

Arrondir les angles

Cette évolution aérodynamique, motivée par la volonté de tirer le meilleur rendement de la puissance mécanique disponible, a conduit à " arrondir " les angles, pour faciliter la pénétration dans l'air, à étudier le meilleur dessin pour assurer l'écoulement des filets d'air de cette carrosserie, tout en évitant les turbulences à l'arrière.


Source : http://aerodynamique.e-monsite.com


De la théorie à la pratique

Sur une carrosserie à " queue longue ", les filets d'air sont accompagnés par la carrosserie. Sur une voiture à " queue courte ", la carrosserie est remplacée par une surpression, obtenue avec l'air chaud du moteur et de l'échappement.


Porsche 917 à " queue longue "


Concept car Spada Codatronca TS, 2008

La goutte d'eau

Le modèle aérodynamique de référence est la goutte d'eau, et toutes les carrosseries que nous connaissons ne sont qu'un compromis entre elle et le volume dicté par l'habitabilité. Plusieurs constructeurs ont exploré cette voie.


La goutte d'eau, modèle de référence - Source : http://tpeaerodynamisme1s4.e-monsite.com

L'ingénieur autrichien Edmund Rumpler présente en 1921 la Tropfenwagen. Le véhicule affiche un coefficient de traînée (Cx) de seulement 0,28. La mesure, déterminée en soufflerie par Volkswagen en 1979, surprit alors les ingénieurs. Le constructeur allemand n'obtint un meilleur coefficient qu'en 1988, avec la Passat. Une centaine d'exemplaires seulement furent construits jusqu'en 1925.


Rumpler Tropfenwagen, 1921

Dans les années 30, Richard Buckminster Fuller, à la fois architecte, designer, inventeur et futuriste américain, construisit les prototypes Dymaxion (abréviation syllabique de " tension dynamique maximale ") sur un modèle fondé sur les technologies de l'aéronautique. La carrosserie, longue de 5,50 mètres, en forme de goutte d'eau, était assez grande pour accueillir onze personnes. Seuls trois prototypes auraient été construits.


Dymaxion par Richard Buckminster Fuller, 1933

La Saab 92 fut testée et affinée dès 1946 dans un tunnel aérodynamique d'étude aéronautique. La voiture affichait un Cx record pour l'époque de 0,32. Les places arrière étaient plus basses qu'à l'avant pour respecter la pente aérodynamique de la poupe. Elle fut produite en 20 128 exemplaires de 1949 à 1956.


Saab 92, 1949

Tatra proposait depuis 1934 d'immenses limousines au style très personnel et avant-gardiste dont les formes étaient dictées par l'aérodynamisme. La 603 présentée en 1956 et produite en 20 422 exemplaires jusqu'en 1975 affichait un Cx de 0,36.


Tatra 603, 1956

La recherche du meilleur coefficient de traînée demeure une constante à notre époque. En 1989, l'Opel Calibra obtenait le record pour un véhicule à quatre places avec un Cx de 0,26. Elle ne fut détrônée que vingt ans plus tard en 2009 avec la Toyota Prius qui affichait une valeur de 0,25. La Mercedes CLA de 2013 a remis les pendules à l'heure avec son Cx de 0,22.


Mercedes CLA, 2013

Le projectile

Cependant, la volonté d'assimiler l'automobile à une goutte d'eau oublie que ce projectile ne se déplace qu'à quelques centimètres du sol en reposant sur quatre roues. Ainsi naissent de nouveaux phénomènes aérodynamiques liés à l'augmentation des vitesses : la compression d'un filet d'air entre le châssis et la route, les turbulences au niveau des roues et de leur " passage " dans la carrosserie provoquent des pertes d'adhérence, voire le décollage des voitures en compétition.


La définition de projectile colle parfaitement à cette Firebird de 1953 conçue par la GM

Des solutions ont été trouvées pour ces dernières, mais qui s'éloignent de plus en plus de la recherche de l'amélioration du rendement mécanique par l'étude aérodynamique, qui fut un temps, par exemple, l'objet du classement " à l'indice de performance " aux 24 Heures du Mans. Les détails de carrosserie qui résultent de ces solutions sont cependant largement utilisés pour donner un caractère sportif, ou exprimer la puissance sur nos automobiles à usage quotidien, prenant le relais des clichés aérodynamiques " doux " ou hydrodynamiques employés jusqu'alors.


On retrouve les becquets et spoilers des voitures de course, ici une Mirage Gulf, sur nombre de voitures de série à " vocation " sportive.


Comme la Mirage, l'Alfasud Ti exprime sa puissance grâce à son spoiler AV et à son aileron AR

La fusion des styles de l'automobile et de l'aviation a donné naissance à quelques engins originaux. On pense à la 402 de Jean Andreau, ingénieur des Arts et Métiers, mais aussi aux ailerons arrière des Lancia Flaminia ou Peugeot 404, sans oublier ceux devenus mythiques des Cadillac 1959. Charles Deutsch semble aussi s'être inspiré des techniques de l'aviation en dessinant ses automobiles, en particulier celles qui gagnèrent l'indice de performance au Mans de 1959 à 1962.


Peugeot 402, 1935


Dewoitine D338, 1935


La Peugeot 402 Andreau, croisement d'une automobile et d'un avion

La même logique semble avoir guidé d'autres concepteurs d'automobiles, mais cette fois, l'inspiration semblait venir du monde nautique.


Canot à moteur, source : http://gallica.bnf.fr


Panhard Dynamic, 1937,

Peugeot poussa encore plus loin cette fusion entre automobile et esprit nautique avec son concept car 806 Runabout présenté en 1997. Sa silhouette évoque par la pureté de ses lignes le classicisme du canot automobile auquel se réfère d'ailleurs l'appellation Runabout.


Riva


Peugeot 806 Runabout

Le vocabulaire des signes appliqués aux objets

On entrevoit, ainsi, une partie du vocabulaire de " signes ", c'est-à-dire de repères significatifs avec lesquels les constructeurs habillent le volume de base de nos automobiles, voir les habitacles.


Les années 30

Le fondement de ces signes est souvent lié aux symboles propres à l'homme, mais il se base également sur l'évolution des techniques de pointe, créant ainsi de nouveaux symboles éphémères, langage d'une mode, et qui ne seront compris que par leurs contemporains.


Les années 50

L'automobile est le plus important de nos objets, de par sa taille et par ce qu'elle représente pour chacun d'entre nous. Il faut la regarder au milieu des autres objets qui nous entourent pour comprendre les interférences existant entre toutes les créations d'une même époque.


Les années 70, tendance chic

L'aérodynamisme, diffusé par l'automobile, a révolutionné le monde des objets vers le milieu du 20ème siècle, cet objet-roi étant alors plus accessible et donc convoité par un nombre de personnes sans cesse croissant. Des objets les plus divers devinrent alors carrossés, aérodynamiques, du fer à repasser au frigidaire !


Les années 70, tendance jeune

Si l'on continue, aujourd'hui, à retrouver des symboles issus de l'automobile dans nos objets quotidiens, il faut surtout remarquer l'apparition de certaines familles de formes, habillant n'importe quel objet et s'adaptant même à l'objet automobile, voire à l'architecture, qui n'est souvent plus que l'agrandissement de l'objet-maquette à la taille désirée. Cette standardisation des formes peut, sans doute, trouver une de ses explications dans la volonté de rassembler formellement, d'unifier toute cette multiplication d'objets dont nous perdons de plus en plus le contrôle, de par leur nombre et par leur technique trop sophistiquée.


Les années 2010

L'objet machine

On a vu se développer un mouvement de " contestation " de l'utilisation de ce vocabulaire de signes éphémères et qui aimerait retrouver dans chaque objet l'outil mécanique plutôt qu'un compagnon ou l'élément d'une collection. Ainsi sont nés de nouveaux objets machines qui, finalement, ne forment plus qu'une nouvelle famille d'objets dans la mesure où ils se multiplient et sont commercialisés par les mêmes règles que les autres.

Pour l'automobile, les buggys, les voitures de plein air, certains vieux modèles ne correspondant plus aux signes contemporains, possèdent ainsi un " marché ". Leur dessin ne fait appel qu'à des signes " techniques " et, parfois, à des signes éphémères d'une autre époque.

La notion de dynamique, le mouvement
La carrosserie

L'étude aérodynamique a conduit le plus souvent à des formes souples, si souples que, parfois, elles donnent à la carrosserie un aspect de mollesse, un aspect statique.


Mercury Sable, 1996, l'expression de la mollesse, de la soumission

Pour lutter contre cette évolution qui suivit l'intégration des garde-boue et des phares dans un seul ensemble, les carrossiers américains, aidés par les proportions des automobiles de ce continent, ainsi que les carrossiers italiens, créèrent un dessin plus tendu, s'appliquant à un objet qui se déplace et dont on souligne le mouvement. La " ligne " est allongée et un déséquilibre dans le profil exprime souvent une certaine agressivité.


La face avant conquérante de la BMW 635 CSi exprime le mouvement, voire l'agressivité

Les détails

La forme donnée aux accessoires ou éléments de la carrosserie permet également de souligner la sensation de vitesse désirée.


Le rétroviseur obus, symbole de vitesse


Peugeot, plus de 50 années d'évolution dans le design des optiques

Le passage de roues

Après avoir intégré les garde-boue dans le dessin de la carrosserie, l'évolution aérodynamique n'a pas pu faire disparaître le " passage de roues ", malgré quelques tentatives, qui remettaient quelques fois entièrement en cause l'architecture de la voiture. Les roues directrices étant à l'avant, il est difficile de les carrosser sans une largeur de carrosserie souvent incompatible avec la circulation ou avec l'aspect de sécurité que doit offrir l'automobile. Seules les roues arrière peuvent donc être carrossées, disparaissant ou non du dessin du véhicule.


Le carénage avant et arrière de la Nash Metropolitan 1956


L'un des signes distinctifs de la CX, son carénage des roues arrière

La puissance

L'affirmation de la puissance motrice peut créer dans la carrosserie un déséquilibre que nous percevons comme expression d'une dynamique, d'une puissance, de la même façon que nous ressentons le déséquilibre suggérant le mouvement. Techniquement, les roues motrices devraient être surdimensionnées par rapport aux roues libres. C'était le cas des premières DS 19 Citroën ainsi que des dragsters américains, mais cette différence de types de roues s'avère peu pratique. C'est ainsi que seuls les profils de carrosseries peuvent exprimer les tractions avant ou arrière, s'appuyant souvent sur des conceptions aérodynamiques opposées.


Bertone Runabout, tout à l'arrière


Citroën DS 19, tout à l'avant

Répartir la force motrice

La solution traditionnelle a longtemps consisté à répartir la force motrice en situant le moteur à l'avant et les roues motrices à l'arrière. L'expression de cette distribution dans le dessin de la carrosserie a donné lieu à diverses interprétations, valorisant individuellement ou simultanément les deux éléments.


Ford Capri, où situez-vous la puissance ... ?

Le choix des couleurs

Dernière notre de puissance, le choix de la couleur de la carrosserie : couleur vivre, agressive par elle-même, comme le rouge, ou couleur utilisée en compétition, comme le bleu France.


La puissance Ferrari s'exprime le plus souvent en rouge

L'expression de l'espace intérieur

Mais tous les dessins de carrosserie n'affirment pas la force motrice, et l'équilibre ou le déséquilibre dynamique cherché a souvent pour centre de gravité l'habitacle et non le moteur ou les roues motrices


L'habitacle apparaît comme étant le centre de gravité de la Fiat Multipla

La stabilité

L'étude du passage des roues dans la carrosserie ne se limite pas à l'aspect latéral, dynamique de l'automobile. L'aspect frontal est aussi important, exprimant la sécurité par la manière dont l'habitacle repose sur le sol. Cette silhouette frontale, élément aérodynamique important du coefficient de pénétration dans l'air et de la sensibilité au vent latéral, s'est progressivement réduite et " stabilisée ". Les roues elles-mêmes sont le principal élément de cet aspect frontal (avant et arrière) et leurs proportions, leur inclinaison due à la suspension, sont déterminantes par la sensation de sécurité que nous ressentons.


Changement de silhouette frontale massif chez Mercedes en l'espace d'un demi siècle

Le tapis volant

Le dessin de la roue est également très significatif de l'un des rêves humains les plus profonds : voler. L'intérêt des ingénieurs aéronautiques pour ce projectile automobile n'est pas sans fondement, et les améliorations successives apportées au confort de cet intérieur roulant ne font qu'essayer d'approcher les conditions de déplacement dans l'air. Il est d'ailleurs curieux de constater les recoupements incessants de la technique et du rêve : les plus gros progrès dans le confort ont été faits à partir de l'utilisation de l'air : la chambre à air, les suspensions pneumatiques ... jusqu'à la matérialisation réelle de ce rêve : le déplacement sur coussin d'air.

Séparer le véhicule du sol, c'est-à-dire couper le contact visible entre lui et le sol, est approché par les nécessités techniques d'allègement de la roue et de refroidissement des freins : les roues à rayons et maintenant les jantes ajourées en alliages légers, assurent une transparence à l'arrêt et disparaissent à vive allure. En marge de l'automobile proprement dite, des solutions " de rêve " sont expérimentées par quelques ingénieurs et des créateurs de bandes dessinées. Ces solutions, conservant le même but que l'automobile, tentent de se passer d'infrastructure.


1950, une vision du futur qui n'a pas encore existé ...


... sauf chez Renault qui installa cette maquette à Disneyland Paris de 1992 à 2002

Les flancs blancs qui permettent d'alléger visuellement le pneu ne furent qu'une mode. Par contre, l'adoption de couleurs légères pour les carrosseries continue à renforcer cette volonté : bleu clair, blanc et même gris métallisé rappelant l'aspect des avions. Il faut enfin rappeler que l'aménagement du revêtement des routes contribue également à cette notion de confort " volant ".


Le fabricant belge Englebert fut l'un de leaders des pneumatiques à flanc blanc

L'intimité

L'intimité de l'espace intérieur s'affirme dans le dessin extérieur de la carrosserie et par les marques d'appropriation que reçoit l'automobiliste de notre part. Par des décorations, notamment autour et sur les surfaces vitrées, chacun peut clore plus son espace intérieur. La plage arrière devient souvent une vitrine nous permettant d'exposer objets ou opinions aux yeux de tous, et par là, de rendre cet espace encore et toujours plus personnel.

Le seul objet industriel identifiable

Sur la carrosserie, la première marque visible de la propriété est l'immatriculation : ne sommes nous pas assimilés, et ne nous assimilons nous pas, soit à la marque, soit au numéro de notre voiture : la " Deux chevaux ", " le 75 ", " le 26 ", mais rarement le " gros ", le " chauve ", le " jeune ", sauf lorsque des embouteillages et des arrêts permettent une identification humaine ... et encore ! L'abandon en 2009 du système d'immatriculation laissant apparaître de manière évidente le numéro de département a quelque peu changé la donne.


Eb bian, la, n'v'là-ty pas un parigot avec son Austin !

L'automobile est, ainsi, le seul objet industriel " identifiable ", et l'importance de cette identité est telle qu'elle devient un des éléments de composition du dessin, essentiellement pour l'arrière de la carrosserie.


La parisienne après le parigot ! La plaque AR est un élément indissociable du dessin de la R4

Les ouvertures

L'intimité est offerte par le dessin et le traitement des ouvertures de l'espace intérieur clos : les vitrages, les accès et le toit ouvrant. Les cabriolets ont longtemps conservé leur intimité au creux de leurs capotes repliées. Ils s'abritèrent ensuite sous des arceaux de sécurité, puis sous des toits rigides rétractables. Les ouvertures plus réduites, les toits ouvrants, métalliques ou en toile, épousent la forme du pavillon.


Capote ouverte pour profiter du soleil, ou fermée pour conserver une certaine intimité

Les portières

L'évolution de l'automobile a consisté à refermer un espace intérieur autour des sièges, depuis la banquette en plein air sur un châssis, jusqu'à la " conduite intérieure " actuelle. Les accès à cet espace ont toujours été dissimulés par le dessin de la carrosserie, que celui-ci veuille exprimer la dynamique du projectile ou l'intimité de l'espace intérieur. La portière, dont la poignée devient de plus en plus discrète, est de même nature que la carrosserie qui s'entrouvre à cet endroit pour nous permettre de nous glisser à l'intérieur de notre habit mobile.


Alfa Romeo 156, ou quand la poignée joue à cache-cache

Par opposition à une maison, qui accorde une importance toute particulière au seuil, à l'entrée, et qui possède ainsi une communication, une transition avec l'extérieur, l'automobile, elle, n'est qu'une enveloppe protectrice que rien ne doit percer, ce qui est parfaitement réalisé dans la plupart des " voitures de rêve ", dont l'accès, généralement, relève de l'acrobatie ou de la spéléologie.


Lancia Stratos Zéro concept, 1970, accéder au volant relève de l'acrobatie

Les vitrages

Les surfaces vitrées restent le seul lien visible entre l'intérieur et l'extérieur. Parallèlement à une intervention personnelle visant à individualiser notre véhicule, l'option " verres teintés ", proposé sur de nombreux modèles, permet d'assombrir un espace intérieur trop lumineux, donc d'atténuer extérieurement la découpe du vitrage, pour mieux affirmer le volume protecteur comme un tout et non comme un léger pare-brise et un parapluie.


D'un extrême à l'autre, Lamborghini Marzal 1967 et Volvo 262 Coupé, 1977

L'oeuf symbole

Le dessin des vitrages se heurte constamment à l'augmentation de leur surface pour des raisons de visibilité et de modernisme. Un parallèle avec l'architecture peut encore fait si l'on veut comparer cette opposition à celle qui divise les partisans des baies vitrées et ceux des " fenêtres à petits carreaux ". Aujourd'hui, pour la plupart des voitures et, surtout, pour les " mini ", la recherche de l'oeuf symbole dans le dessin des vitrages est élargie à la carrosserie toute entière, le risque de claustrophobie étant limité par l'adoption de larges toits ouvrants souples.


L'oeuf d'Arzens, l'Isetta et la Fiat 500

Aspect de la carrosserie

Le revêtement de la carrosserie est encore un autre moyen d'expression de l'intimité, pouvant utiliser, comme pour l'aménagement intérieur, des matériaux (ou leur imitation) symbolisant un confort et le luxe d'un travail artisanal perdu.


Le toit recouvert de vinyle a longtemps été l'un des symboles du luxe chez Ford

La couleur, enfin, par des gammes de teintes chaudes (beige " oeuf " ou " peau ", marron " cuir " ou " bois "), peut redonner à la carrosserie une intimité que menaceraient des couleurs voyantes. Le noir et le blanc sont plus marginaux, de par leur forme d'action sur notre perception. Le noir est, en effet, un symbole de la peur (peur de la nuit) adopté pour représenter la mort, et nous suggère un certain respect, un recul face à la personne ou à l'objet qui revêt cette couleur. Ainsi furent noirs les premiers objets " sérieux " : la Ford T, la machine à écrire, le téléphone et les costumes. Ainsi sont toujours noires les voitures et objets officiels (respect) et les corbillards (respect ou deuil, et peur de la mort). Le blanc, quant à lui, symbole de la pureté et de la légèreté (neige, oiseaux, nuages) aide à exprimer l'évasion cherchée à travers l'automobile.


Le noir, symbole de la mort

L'unité de volume

L'intimité, l'expression de l'oeuf intérieur de l'automobile exigent que le dessin de la carrosserie ne coupe pas l'unité du volume par une succession de plans ou de formes dont l'assemblage pourrait paraître précaire. C'est d'ailleurs pour cette raison que les accès ou les ouvertures du toit sont aussi discrètes que possible. La solution longtemps adoptée, la plus simple, était la création d'une ceinture de caisse, ligne de force dans le dessin, se continuant sur trois côtés au moins.


Plusieurs volumes (4 CV), un ligne directrice, le ponton (404), un seul volume (l'Espace)

Le dessin de la ceinture de caisse peut exprimer la vitesse, le dynamisme, l'accélération, la sécurité et la puissance par une affirmation du dessin des roues.


Maserati Khamsin et Holden Torana GTR-X, une même expression de la vitesse

La sécurité

De même que la stabilité, la sécurité est une notion nécessaire à l'intimité, puisque cette dernière ne peut exister sans une sensation de sécurité. La première protection consiste à envelopper suffisamment l'espace intérieur pour qu'il soit ressenti comme sûr, même en cas d'accident. Ceci conduit à la présence, même réduite à sa plus simple expression, d'un " capot avant ".


Qui mieux que Volvo peut exprimer la notion de sécurité ...


A contrario, le capot avant de la Fiat 600 Multipla est réduit à sa plus simple expression

Le radiateur et les symboles

Une autre protection, plus subjective celle-là, est offerte par le recours à la superstition dont les symboles ont fourni de nombreux emblèmes aux marques automobiles et continuent à être des thèmes de décoration de véhicules de tous les pays. Le radiateur, signe apparent du moteur, fait l'objet de tous les soins sur les camions des pays pauvres, recevant des grilles protectrices décorées avec soin et dont le rôle est certainement plus de protéger le conducteur d'une panne, que d'éviter que le radiateur ou les phares soient endommagés par une pierre ou la rencontre d'un animal. Le radiateur a d'ailleurs été, dès les premières automobiles, le principal élément de décoration. Son recul à l'intérieur de l'espace moteur, avec l'apparition de la calandre carrosserie, n'a pas été général et sa présence sur certaines voitures reste une marque de noblesse.


La calandre Mercedes traditionnelle est un élément constitutif de l'identité de la marque. Elle est hélas en perte de vitesse ...

Le contrôle

Dernier facteur de sécurité, le contrôle de l'automobile, c'est-à-dire la facilité que nous pouvons avoir à ne pas être " dépassés " par la complexité de notre automobile, dont nous prendrions finalement peur puisque devant nous y soumettre.


Mercedes fit l'erreur de proposer une carrosserie trop imposante sur sa Classe S série W140, qui fit peur à une part de sa clientèle traditionnelle.

Les moteurs devenant définitivement inaccessibles, les constructeurs ont pris le parti de simplifier la carrosserie et le volume automobile. La suppression du coffre permet de limiter l'automobile à deux espaces : l'espace moteur et l'espace intérieur, avec passagers et bagages. La diminution constante du volume général de l'automobile (et également de l'espace intérieur) nous permet de mieux percevoir notre véhicule dans son ensemble, le réduisant à la dimension d'un gros objet à notre taille, ce qui est plus rassurant qu'une fourgonnette par exemple, que nous ne pouvons regarder sans nous sentir inférieurs. Et enfin, la simplification maximum des éléments de la carrosserie évite à notre oeil de se disperser sur des quantités de détails pour mieux percevoir notre véhicule dans son ensemble en accentuant encore son aspect de gros objet.


Renault Laguna, la complexité de son dessin la distingue, sans la rendre " belle " pour autant

Retour au sommaire de " L'automobile, cette inconnue - Retour au sommaire du site