Vauxhall Wyvern, Velox, Cresta, Viscount

Aujourd'hui, la marque Vauxhall n'est plus guère autre chose qu'un nom apposé sur les Opel commercialisées au Royaume-Uni. Se souvient-on qu'avant de glisser vers cette " Opelisation " totale à la fin des années 70, Vauxhall produisait des gammes originales ? Grâce à leur six cylindres et à un prix généralement très étudié, les Velox et Cresta, puis plus tard la Viscount, représentaient pourtant sur de nombreux marchés une alternative sérieuse aux Kapitän de l'envahissant cousin germanique.


1903


On aurait plutôt tendance à oublier que Vauxhall, dépossédé de son âme à défaut d'avoir disparu, comme la majorité des constructeurs automobiles britanniques, n'a pas toujours été la docile filiale du géant américain. La société " Vauxhall Iron Works ", fondée en 1857 par Alexander Wilson pour produire des moteurs à vapeur, a déjà près d'un demi-siècle d'existence quand la première voiture sort de ses ateliers londoniens. C'était en 1903. Après des débuts modestes, la marque propose des automobiles de plus en plus élaborées et acquiert une notoriété certaine avec ses modèles sportifs comme la Prince Henry avant 1914, puis la rapide 30/98 au début des années 20.


La première Vauxhall Light Car de 1903


1925


Au milieu des années 20, les finances de Vauxhall sont vacillantes. A l'époque, le niveau de production du constructeur est modeste, et n'excède pas les 1500 voitures par an. De l'autre côté de l'Atlantique, Le président de la General Motors, Alfred Sloan, a des ambitions d'expansion en Europe. Des pourparlers s'engagent avec Citroën, sans suite. Finalement, la GM concrétise le rachat de Vauxhall en décembre 1925. Le constructeur britannique va modifier radicalement sa philosophie. Si les mécaniques demeurent de conception européenne, le design s'inspire des créations américaines. Aux Etats-Unis, on sait que le style fait vendre.

Le rachat d'Opel en 1929 renforce la présence de la GM en Europe. Avec la petite Cadet lancée en 1931, la marque de Luton commence à se constituer une gamme capable de rivaliser avec les ténors du marché que sont Austin, Morris, Ford, Rootes (Hillman, Humber et Sunbeam) et Standard. Près de 35 000 Vauxhall sont ainsi fabriquées en 1939, un chiffre inenvisageable il y a encore quelques années. Le constructeur sous le contrôle des Américains a totalement changé de clientèle, au grand dam des fanatiques des modèles anciens.


Vauxhall
Cadet, 1931


1946


Après avoir produit plus de 250 000 camions vendus sous la marque Bedford pendant la Seconde Guerre mondiale, la filiale anglaise de la GM reprend ses fabrications automobiles en 1946. La gamme, intégralement reprise parmi les modèles de 1939, comprend une Ten de 1203 cm3 et une Twelve de 1442 cm3 à quatre cylindres, mais aussi une Fourteen de 1781 cm3 et six cylindres. 


Vauxhall Fourteen / Ten, 1946

Il faut patienter jusqu'à la mise au point du nouveau modèle que Vauxhall prépare activement, à l'image des autres constructeurs britanniques. Ce sera pour le Salon de Londres du mois d'octobre 1948.


1948


Ce nouveau modèle de la série L, qui constitue dès lors toute la gamme, se décline en deux versions extérieurement identiques. Il y a tout d'abord la Wyvern, du nom d'une créature imaginaire que l'on retrouve sur le logo de la firme. Le second modèle est la Velox. L'utilisation de ce nom fait grincer les dents des puristes, car celui-ci désigne au début des années vingt une brillante descendante de la 30/98, rivale des Bentley. La différence entre les deux voitures se trouve sous le capot. Celui de la Wyvern cache un quatre cylindres de 1442 cm3 et 35 ch, qui n'est autre que celui de l'ancienne Twelve. De son côté, la Velox reçoit un six cylindres de 2275 cm3 délivrant 55 ch.

Il s'agit bien sûr de véhicules aux personnalités assez différentes, l'un relativement économique, mais pénalisé par des performances modestes, et l'autre capable de prestations plus intéressantes, sans toutefois réellement sortir du lot. Pour " la performance avec un frisson nouveau " que chante le catalogue, il en faudra sans doute un peu plus.


Vauxhall Velox, octobre 1948


Vauxhall Wyvern, octobre 1948

Techniquement, ces Vauxhall, dont la carrosserie est semi-autoporteuse, restent très conventionnelles : boîte à trois vitesses, suspension type Dubonnet à barre et tube de torsion (un grand classique chez GM) à l'avant, essieu rigide et ressorts à lames, certes enveloppés dans des gaines à l'arrière, direction à vis et écrou, freins à commande hydraulique Lockheed. Petite concession à la mode, le levier de vitesses au volant !


Vauxhall Velox, octobre 1948

Il faut un oeil exercé pour distinguer les deux modèles. Ce sont les logos, la présence de pare-chocs, les pneus un peu plus gros et les jantes de couleur crème qui seuls permettent de reconnaître une Velox. Mais l'observateur un peu attentif se rend assez vite compte que ce qui est présenté comme une nouveauté par Vauxhall n'est en réalité qu'un replâtrage hâtif de l'ancienne Twelve, dont toute la cellule centrale subsiste. Les parties avant et arrière ont été redessinées dans le style des récentes créations américaines de la General Motors, avec des ailes intégrant les phares, une calandre à six baguettes horizontales et une malle arrière bombée.

Une opération de rajeunissement du même acabit sera d'ailleurs menée un peu plus tard par Opel sur ses Olympia et Käpitan, mais à Bochum, on évitera de donner la même carrosserie aux deux modèles. La politique de Vauxhall en la matière possède évidemment l'avantage d'abaisser considérablement le prix de revient, et donc de proposer les Velox et Wyvern à des tarifs imbattables.

Mais quoi qu'en dise la littérature officielle du nouveau modèle, " marqué d'un modernisme gracieux ", avec " son style élégant et ses proportions harmonieuses " , " sa silhouette longue et affinée ", il n'en reste pas moins que ces Velox et Wyvern apparaissent déjà démodées à leur sortie ...  


Vauxhall Velox, 1949/51

On notera la finition intérieure plus luxueuse de la Velox, dont la banquette arrière reçoit un accoudoir central amovible et dont la sellerie des sièges fait appel à du cuir bronze, la Wyvern devant se contenter d'un tissu gris colombe. Sur les deux voitures, les panneaux de portes sont recouverts de simili gris pommelé.

Mais qu'est-ce qui peut alors décider le client à passer commande d'une Vauxhall ? C'est sans doute leur prix attractif par rapport à la concurrence européenne. Ces voitures se situent sur les marchés d'exportation dans la même tranche tarifaire que la Peugeot 203, et sont moins coûteuses qu'une Traction 11 CV Citroën. Leur délai de livraison sur des marchés très demandeurs de nouveautés est un autre atout. Et puis tout le monde n'est pas à la recherche d'un modèle révolutionnaire.

André Costa dans l'Auto Journal du 1er juillet 1950 apporte la conclusion suivante à son essai : " La Vauxhall Velox est une bonne voiture pour qui désire une grande robustesse, des performances moyennes, un encombrement relativement réduit et qui accepte de passer par les inconvénients de la grosse cylindrée (consommation, assurance ...), une souplesse de marche et un silence inhabituel au regard du prix du véhicule ".

La voiture remporte d'ailleurs un appréciable succès au Benelux, en Suisse, dans les pays scandinaves, et aussi en Australie où elle est assemblée sur les chaînes d'Holden, autre filiale de la General Motors. Les modèles commercialisés sur ce marché sont d'ailleurs tout à fait différents. Les Wyvern et Velox sont en effet vendues au pays des kangourous avec deux carrosseries établies sur le même empattement que leurs soeurs anglaises, mais il s'agit d'une berline à six glaces et d'un étonnant roadster à quatre places baptisé Calèche, un type de carrosserie très prisé sous ces contrées.


La
Holden Calèche reste une exclusivité de la filiale australienne de la GM

A l'automne 1949, les Vauxhall série L subissent de très légers changements. Les phares sont plus grands et les feux de position sont désormais séparés. On note de nouvelles teintes, des pneus de plus grandes dimensions, des modifications de la sellerie, et pour la Velox un moteur un peu plus puissant, qui passe de 55 à 59 ch. La clientèle devra se contenter de ces petites améliorations, ou patienter jusqu'à la sortie d'un nouveau modèle. Il fut produit 55 409 Vauxhall Wyvern et 76 919 Vauxhall Velox de cette génération. 


1951


C'est à l'automne 1951 que la clientèle Vauxhall sera finalement récompensée. Il était temps. Cela fait un an déjà que le rival Ford a présenté ses Consul et Zephyr qui viennent nager exactement dans les mêmes eaux. A défaut de moteurs inédits, les Wyvern et Velox série E adoptent une toute nouvelle carrosserie qui s'inspire largement de la dernière génération de Chevrolet.


La nouvelle Vauxhall Wyvern / Velox série E, octobre 1951


La Chevrolet 1949/54 a inspiré la Vauxhall série E

Plus longue de 20 cm, plus large de 13 cm, avec une voie augmentée de 10 cm, cette carrosserie aux dimensions intérieures devenues généreuses (la banquette arrière voit sa largeur passer de 99,7 cm à 145 cm !) accueille maintenant cinq personnes. De proportions sans doute moins harmonieuses que leurs cousines d'outre-Atlantique en raison de leur taille plus modeste, d'aspect plus tarabiscoté que les Consul et Zephyr, ces Vauxhall bénéficient d'une bonne visibilité grâce à leur surface vitrée assez importante.


La Ford Zephyr présentée en fin d'année 1950 au London Motor Show

On notera que le capot du moteur, articulé sur des charnières, peut basculer latéralement des deux côtés ou s'enlever complètement en quelques secondes. C'est l'abondance variable des chromes qui permet de distinguer extérieurement la Wyvern et la Velox. La seconde nommée reçoit en effet des moulures latérales et des encadrements de pare-brise et de lunette chromées, un logo de capot de dimensions plus généreuses et des inscriptions " Vauxhall " gravées sur les chapeaux de roues.

Sur le plan dynamique, les qualités routières progressent en raison notamment de la suspension réétudiée. A l'avant, elle fait appel à des ressorts hélicoïdaux et à des amortisseurs télescopiques. A l'arrière, le principe des ressorts semi-elliptiques a été conservé, mais avec un plus petit nombre de lames, qui sont cette fois beaucoup plus larges. Le pont arrière, à couple hypoïde, a permis d'abaisser le plancher et le centre de gravité de la voiture. La carrosserie autoportante incorpore maintenant le berceau du moteur. Tout cela concourt à améliorer assez nettement la tenue de route.


Vauxhall Wyvern, octobre 1951

Les nouvelles Vauxhall n'ont plus grand-chose en commun avec leurs devancières, et personne ne s'en plaindra, à une importante exception près. Elles conservent en effet des moteurs qui ne sont plus de première jeunesse en 1951. La sortie des nouveaux modèles de la concurrence a sans doute précipité la commercialisation de la Vauxhall série E avant que les moteurs prévus soient tout à fait au point. Ceux-ci vont donc apparaître dès le printemps 1952.

De dimensions identiques, ces moteurs carrés ne diffèrent que par le nombre de cylindres, ce qui donne 1507 cm3 pour la quatre cylindres de la Wyvern et 2262 cm3 (donc 50 % de plus) pour le six cylindres de la Velox. Coïncidence étonnante, ces valeurs correspondent exactement à celles des moteurs montés sur les Ford Consul et Zephyr ! Ces mécaniques ont visiblement été conçues pour être très robustes, d'autant qu'elles délivrent une puissance assez modeste, 40 ch sur la Wyvern et 64 ch sur la Velox. L'amélioration des performances n'est donc pas spectaculaire, mais ces moteurs plus modernes s'avèrent assez souples à l'usage et un peu plus économiques.


Une brochure spécifique présente le nouveau moteur carré des Wyvern et Velox


1953


A l'automne 1953, Vauxhall fête son " Golden Jubilee " en l'honneur du cinquantième anniversaire de la première voiture de la marque. Velox et Wyvern continuent discrètement leur carrière, avec pour seule modification notable, depuis le mois de juin précédent, l'abandon du capot à ouverture latérale pour un capot alligator, c'est-à-dire conventionnel.


Couverture d'une brochure spécifique Golden Jubilee datée de décembre 1953


1954


Au mois d'octobre 1954, la gamme évolue de façon significative. La massive calandre chromée des débuts est remplacée par une grille horizontale à barrettes verticales qui se prolonge sur les ailes avant en englobant les feux de position. La face avant s'en trouve considérablement allégée, d'autant plus que le capot, garni d'un nouveau motif chromé en V qui n'a assurément rien à voir avec la disposition des cylindres, est légèrement plus plongeant. On constate aussi des pare-chocs et des enjoliveurs de roues redessinés, et sur la Velox, le montage de petites flèches chromées sur les ailes avant et de cache-roues à l'arrière. A l'intérieur, le tableau de bord est entièrement repensé.


Vauxhall Wyvern, octobre 1954


Vauxhall Velox, octobre 1954, équipée de cache-roues à l'arrière

La grande nouveauté est constituée par l'apparition, en haut de gamme, d'une Cresta beaucoup plus luxueuse, qui reprend la motorisation de la Velox. Elle s'en distingue par sa peinture extérieure en deux tons, ses pneus à flanc blanc, ses cercles de jantes chromés et l'enjoliveur pointu posé à l'extrémité du capot. A l'intérieur, une sellerie en cuir véritable se substitue à la sellerie en " Vynide " des Wyvern et Velox. Ceux qui aiment le confort noteront avec plaisir l'adoption en série d'un chauffage dégivrage, d'un allume-cigare, d'une montre électrique, d'un tissu de plafond en pure laine, de l'éclairage automatique de l'habitacle, du vide-poche et du coffre, sans oublier quelques autres détails qui rendent la vie plus facile. La Cresta est en fait la réponse du berger à la bergère, ou plutôt de Vauxhall à Ford, qui avait procédé de semblable façon l'automne précédent en lançant la luxueuse Zephyr Zodiac.


Vauxhall Cresta, octobre 1954


1955


Suivant la tradition venue d'outre-Atlantique qui veut que les modèles doivent évoluer tous les ans, les modèles 1956 lancés à l'automne 1955 subissent à nouveau une légère cure de jouvence, qui porte cette fois sur les surfaces vitrées. Les montants de toit plus minces ont permis d'agrandir le pare-brise, améliorant encore la visibilité.

  


En haut, la Cresta du millésime 1955, en bas celle plus lumineuse de 1956


1956


A l'occasion de son cinquième anniversaire, à l'automne 1956, la série E va bénéficier d'une ultime remise à niveau, essentiellement d'ordre cosmétique. Elle porte d'abord sur la face avant, avec à nouveau une calandre différente composée de cinq barrettes horizontales et d'un motif en V qui remplace celui précédemment apposé sur le capot. Les feux arrière plus massifs comportent une large semelle chromée, et pour faire plus mode, les baguettes latérales adoptent une forme différente, qui permet sur la Cresta de limiter la seconde teinte à un large bandeau.


Vauxhall Velox, octobre 1956, en deux teintes

De nouvelles combinaisons de teintes complètent le renouveau esthétique, mais ces modèles 1957 sont aussi un peu plus économiques en carburant grâce à leur nouveau carburateur, qui permet selon la publicité de parcourir une distance plus longue de 8 % avec la même quantité d'essence.


Vauxhall Velox, octobre 1956

Il fut produit 110 588 Wyvern et 235 296 Velox / Cresta entre 1951 et 1957.


Mars 1957


Au mois de mars 1957, à l'occasion du Salon de Genève, la Vauxhall Victor remplace la Wyvern. C'est un tout nouveau modèle, de taille nettement plus modeste, qui s'apparente à l'Opel Olympia Rekord. La Victor reprend le 4 cylindres 1442 cm3 de la Wyvern, mais se situe dans une gamme de prix plus abordable. La marque se conforme ainsi à un schéma de gamme plus conventionnel, similaire à celui de ses concurrents et de sa cousine allemande, et qu'elle juge susceptible de toucher une clientèle plus large. Le raisonnement peut toutefois se comprendre, dans la mesure où la Wyvern se vendait d'une année sur l'autre environ moitié moins que les modèles à six cylindres. La Victor confirmera d'ailleurs ce bon choix, pour rapidement devenir le modèle le plus vendu de la gamme Vauxhall. Si les Velox et Cresta série E continuent leurs carrières, celle-ci ne sera plus très longue. En effet, dès l'automne suivant, une toute nouvelle génération de modèles leur permettra de prendre une retraite ben méritée.


Vauxhall Victor

Dans le courant des années cinquante, le moteur diesel n'a pas encore conquis ses lettres de noblesse. Peu nerveux, bruyant, vibrant et malodorant, il ne séduit guère que quelques chauffeurs de taxi ou certains VRP pour qui l'économie de carburant passe avant l'agrément de conduite. Peu de constructeurs disposent de cette motorisation dans leur gamme. Cette situation permet à la société anglaise Perkins de proposer le montage de moteurs diesel sur plusieurs modèles. C'est le cas des Vauxhall, sur lesquelles on peut installer à partir de 1955 un quatre cylindres de 1,6 litre développant 43 ch.

On peut s'étonner du fait que Vauxhall n'ait pas commercialisé de break. Certains artisans britanniques se sont d'ailleurs fait une spécialité de ce type de carrosserie, et l'on ne s'étonnera pas de trouver dès 1953 une proposition de Grosvenor, qui entretient des rapports privilégiés avec Vauxhall. Le premier break Grosvenor, traité façon woodie, va pourtant connaître une diffusion limitée, et, en 1956, il sera remplacé par un modèle tout acier curieusement baptisé Swansong, autrement dit " le chant du cygne ", alors que les Velox et Cresta n'ont plus qu'un an à vivre ...

Le carrossier Martin Walter attendra aussi la dernière saison pour présenter sa propre interprétation, dans un style plus conventionnel. Il s'agit de la Dormobile, qui convient bien aux voyageurs et aventuriers, grâce à un ingénieux système de transformation des sièges en couchettes, la spécialité de ce carrossier de Folsestone.


Vauxhall Dormobile par le carrossier Martin Walter


Octobre 1957


Les nouvelles Vauxhall Velox et Cresta, de la série PA, font un pied-de-nez au Salon de Londres en venant se faire admirer en première mondiale au Salon de Paris. Depuis le mois de mars, la gamme comporte donc deux familles bien distinctes, susceptibles de couvrir un éventail plus large du marché. Avec la Victor 4 cylindres de 1,5 litre, au prix de vente qui se veut plus accessible, Vauxhall s'en va chasser sur les terres des Ford Consul, Hillman Minx, Austin Cambridge et autres Morris Oxford.

Avec ses six cylindres Velox et Cresta, la marque est à même de contrer les Ford Zephyr et Zodiac, la Morris Isis, voire la nouvelle Humber Hawk qui ne dispose que de quatre cylindres. Mais elle n'arrive pas encore au niveau de Rover ou d'Armstrong Siddeley, constructeurs qui peuvent se gausser de l'allure quelque peu tapageuse de ces Vauxhall. 


Vauxhall Velox


Morris Isis (1955/58)


Ford Consul Mk II (1956/62)


Humber Hawk (1957/67)

Cette logique commerciale implacable situe maintenant la marque britannique sur le même plan que son homologue germanique Opel, dont les Rekord et Kapitän visent des créneaux identiques. Ces deux marques ne partagent pas, ou plutôt pas encore, d'éléments mécaniques ou de carrosseries, mais la technique, le gabarit et l'aspect général sont maintenant fort proches.

C'est essentiellement par leur look et leurs dimensions que ces Vauxhall série PA se démarquent des anciens modèles. Un peu plus longue, un peu plus large et beaucoup plus basse, la carrosserie des Velox et Cresta s'inspire évidemment des cousines américaines en intégrant les gimmicks du moment : pare-brise et lunette arrière très enveloppants, ailerons sur les ailes arrière, abondance de chromes, tout ce qui fait le charme des modèles US les plus en vue se retrouve ici, mais les stylistes de Vauxhall ont ajouté une touche d'originalité à l'ensemble avec une lunette arrière encadrée par deux petites vitres triangulaires implantées dans les montants, un artifice tout de même déjà aperçu chez Buick.


Les designers des Velox et Cresta (en bleu) se sont inspirés des réalisations américaines, notamment de la Buick (en gris) et de la Chevrolet (en vert), toutes deux de 1957. Le style britannique s'avère néanmoins plus sobre, plus rectiligne.

L'abaissement du centre de gravité a joué un rôle primordial dans la conception de ces nouvelles carrosseries, qui se veulent plus accueillantes pour leurs occupants. A l'intérieur, toutes les mesures marquent un progrès, parfois sensible, sur les côtes des anciens modèles, au point que la voiture est maintenant considérée comme une vraie six places. Le coffre n'est pas oublié, avec une capacité accrue de 15 %. Les surfaces vitrées généreusement distribuées contribuent aussi à procurer une visibilité et une luminosité exceptionnelle dans l'habitacle.

C'est uniquement la finition qui distingue les deux modèles. La Velox constitue toujours l'offre de base. Elle se contente d'une sellerie en vinyle, d'un équipement relativement simplifié et de chromes plus rares. Justifiant son statut de haut de gamme, la Cresta propose à son propriétaire une peinture bicolore, des encadrements de glaces latérales chromés, de larges enjoliveurs de roues, des pneus à flanc blanc, une sellerie en cuir, une montre électrique, un lave-glace et un allume-cigare, ainsi qu'un chauffage dégivrage en série. Ces derniers équipements que l'on trouve aujourd'hui en série sur n'importe quelle citadine de base étaient réservés à l'époque aux modèles de standing. Question d'image, c'est bien sûr la Cresta qui est mise en valeur dans les publicités du constructeur, et elle sera d'ailleurs la plus répandue.


Vauxhall Velox

La carrosserie reste évidemment autoportante, mais la rigidité a fait l'objet d'une étude plus poussée et se trouve améliorée malgré l'augmentation des surfaces vitrées. Le moteur est le même que sur la génération précédente, avec toutefois une cavalerie considérablement renforcée. Avec 84 ch SAE et un meilleur couple, les performances se sont sensiblement améliorées. L'augmentation de la vitesse de pointe d'une dizaine de km/h (on atteint maintenant les 137 km/h) a incité le bureau d'études à augmenter de 37 % la surface de freinage des tambours. Pour le reste, on se contentera de l'existant. La conception générale demeure donc très classique. A de rares exceptions près, le groupe GM ne s'est jamais particulièrement mis en avant par la hardiesse de sa technique. Si l'on songe que les concurrents les plus directs que sont Ford et le groupe Rootes ne sont pas plus téméraires, on comprendra que ces six cylindres ont tout à fait leur place sur le marché.

André Costa teste pour l'Auto Journal une Cresta dans le numéro du 15 juillet 1958. Sa conclusion est lapidaire : " La Cresta est plus agréable à contempler qu'à conduire. Possédant peu de défauts franchement rédhibitoires, elle n'affiche cependant aucune réelle qualité. Sans âme, c'est une véritable machine à se déplacer - rapidement d'ailleurs, si on le désire - qui satisfera peut-être son utilisateur, mais sans jamais le réjouir. La Cresta est une voiture que nous oublierons vite ". Quoi qu'il en soit, les arguments de Vauxhall sont largement suffisants pour séduire une assez large clientèle tant au Royaume-Uni que sur les traditionnels marchés d'exportation de la marque.

Depuis la disparition des modèles de la série E, le seul break Vauxhall disponible est le " petit " Victor. La clientèle qui souhaite une automobile plus puissante et plus confortable est invitée à patienter. Au mois de mai 1959, le break établi sur la base des Velox et Cresta est enfin commercialisé. Comme pour le modèle précédent, il ne s'agit pas d'une version usine, mais d'une conversion, faite cette fois par Friary Motors, à Hatch, près de Basingstoke, sur la base d'une berline. Cette adaptation est à la fois originale et esthétique, et permet de disposer des charmes du six cylindres et de bonnes performances, sans renoncer pour autant à une bonne capacité de chargement. Au prix hors taxes de 862 £ pour la Velox et 922 £ pour la Cresta, cette transformation réclame un supplément de prix de 207 £ par rapport à la berline correspondante, soit quelque 25 % du prix d'une Velox.


Vauxhall Velox & Cresta Estate Cars par Friary Motors (modèle postérieur à août 1959)

Ce n'est évidemment pas donné, et sur ce terrain, la nouvelle venue doit affronter des breaks moins chers, comme les Ford Zephyr à 825 £ et Zodiac à 895 £ ou la Standard Vanguard Vignale affichée à seulement 770 £. Mais le break Humber Hawk 4 cylindres coûte déjà 995 £ et le Super Snipe 6 cylindres culmine à 1 160 £. Quand à la 403 Familiale, elle vaut de l'autre côté de la Manche 865 £. Les Friary trouveront toutefois leur clientèle et seront fabriqués en quantité non négligeable, bien que les chiffres exacts ne soient pas connus.


1959


Au mois d'août 1959, pour le millésime 1960, Vauxhall revoit sa copie et présente des Velox et Cresta sensiblement rafraîchies. L'étroite calandre horizontale des débuts cède sa place à une grande bouche grillagée plus ambitieuse.


En haut, la calandre jusqu'en août 1959, en bas celle du millésime 1960

En revanche, à l'arrière, la lunette arrière rentre dans le rang en perdant ses séparations et son originalité. Les deux nervures latérales de toit ont disparu dans la foulée, ce qui ne remet pas en cause la rigidité de la caisse. L'observateur très attentif notera encore que la baguette qui court le long des flancs est plus discrète, et que les logotypes " Velox " et " Cresta " ont changé de graphisme et d'emplacement. Le processus d'amélioration touche aussi de nombreux détails de l'habitacle.

 
La lunette AR est en 3 parties jusqu'en août 1959, puis d'un seul tenant à partir du modèle 1960


1960


A l'automne 1960, alors que la Victor est entièrement redessinée, les six cylindres ne sont pas oubliés. Quelques détails touchant à l'esthétique permettent de distinguer ces versions 1961, comme les feux arrière, le nouvel ensemble qui combine à l'avant les feux de position et les clignotants, les teintes, et une nouvelle fois le déplacement des logotypes Velox et Cresta. A l'intérieur, un combiné d'instruments rectangulaire remplace l'ancienne disposition à deux cadrans ronds, comme sur les Opel contemporaine. Il comporte notamment un tachymètre à bande horizontale qui change de couleur au fur et à mesure que la vitesse augmente. Hélas pour lui, l'acheteur d'une Cresta n'a plus droit au cuir véritable, mais à un simple revêtement en Nylon.


Le nouveau tableau de bord rectangulaire à partir du millésime 1961

La mutation est plus profonde sous le capot, avec l'installation d'un 6 cylindres tout neuf, un 2651 cm3 qui fournit ici la bagatelle de 116 ch SAE (contre 84 auparavant). Cette spectaculaire augmentation de la puissance permet à l'auto de dépasser 150 km/h en pointe, et lui donne aussi de meilleures accélérations, sans pour autant lui permettre de pulvériser les chronos. Mais c'est nettement mieux que ses rivales, les Ford Zephyr et Zodiac, dont le six cylindres de 2553 cm3 ne développe que 90 ch, et même que sa cousine germaine, l'Opel Kapitän, dont le 2,6 litres doit se contenter de 100 ch. Pour encaisser le surcroît de puissance, l'embrayage a été renforcé et la surface de freinage augmentée.

Toutes versions confondues, il fut produit 173 759 exemplaires de la série PA.


1962


En cet automne 1962, à côté des trois nouveautés majeures de l'industrie automobile britannique que sont les Morris (et MG) 1100, MGB et Triumph Spitfire, les Vauxhall Velox et Cresta redessinées ont sans doute moins retenu l'attention des visiteurs du Salon de Londres.


Vauxhall Velox, octobre 1962

Moins extravagantes que les modèles qu'elles remplacent, les six cylindres entrent de plain-pied dans les années soixante, et s'inspirent du style de la Victor modernisée un an plus tôt, avec des lignes très sobres que d'aucuns qualifient de banales. Plus longue (l'empattement progresse de 6 cm), plus large, cette série PB offre une habitabilité notablement accrue et une surface vitrée encore plus importante. En soulevant le capot, les clients de la marque ne sont pas dépaysés. A l'exception de quelques améliorations mineures, les organes mécaniques ont été presque intégralement repris à la série PA, mais un nouveau rapport de transmission autorise de meilleures performances, avec 160 km/h en vitesse de pointe, et une consommation plus raisonnable, qui oscille malgré tout entre 10 et 16 litres aux 100 km selon le style de conduite.


Vauxhall Cresta, octobre 1962


1964


Rares sont les années qui passent sans une amélioration sur les grandes Vauxhall. Le millésime 1965 ne fait pas exception à la règle. La nouvelle grille de calandre en aluminium anodisé et l'échappement double permettent de reconnaître immédiatement les modèles sortis à partir du mois d'octobre 1964. Un nouveau moteur de 3 293 cm3 de 130 ch est désormais proposé tant sur la Velox que sur la Cresta, en plus du 2,6 litres de 116 ch. Cette cylindrée, obtenue grâce à l'augmentation de l'alésage, permet d'obtenir de meilleures accélérations, une conduite plus souple, et une vitesse maximale qui atteint 165 km/h. Elle permet aussi et surtout de se démarquer du rival Ford, dont le haut de gamme Zodiac ne peut opposer qu'un 2,5 litres de 109 ch. La seule Cresta reçoit une baguette chromée sur les flancs. Toutes versions confondues (Velox 2,6 litres et 3,3 litres, Cresta 2,6 litres et 3,3 litres), il fut produit 87 044 exemplaires de la série PB.


Vauxhall Cresta, octobre 1964


1965


Après seulement trois saisons pleines, la Cresta série PC adopte une toute nouvelle carrosserie à l'occasion du Salon de Londres d'octobre 1965. Etablie sur le même empattement que l'ancien modèle, cet habillage d'un dessin très banal apparente la Vauxhall aux Chevrolet contemporaines. Plus longue de 13,5 cm, un peu moins large, elle propose un très vaste habitacle et un coffre gigantesque, dont la capacité a presque été doublée.

Comme par le passé, la voiture existe en deux variantes, mais on ne parle plus désormais de la Velox, remplacée par la Cresta, alors que la Cresta de Luxe s'installe au sommet de la gamme. Extérieurement, cette dernière se reconnaît à ses quatre phares et au logo de la marque en bout de capot (la Cresta de base se contente du mot " Vauxhall ").

L'offre mécanique est toujours la même, mais le moteur le plus puissant n'est maintenant plus livrable que sur le modèle de Luxe. Il a fait l'objet d'une augmentation de puissance grâce au montage d'un nouveau carburateur Zenith et d'un arbre à cames modifié, ce qui lui permet d'atteindre 142 ch SAE. A l'intérieur, les sièges, le chauffage et l'insonorisation ont été repensés pour offrir un maximum de confort.

Les Cresta ne représentent plus à cette époque qu'un pourcentage assez réduit de la production de la marque, qui vend surtout des Viva et des Victor.


Vauxhall Cresta, octobre 1965


1966


Au mois de mai 1966, Vauxhall présente la Viscount, une version plus luxueuse qui vient coiffer la Cresta de Luxe, grâce à un toit en vinyle, une calandre grillagée, des butoirs de pare-chocs, des phares antibrouillard et un équipement plus riche. Elle devra batailler contre la Zodiac Exclusive que Ford va lancer quelques mois plus tard. Il fut produit 53 912 exemplaires de la Cresta et de la Cresta De Luxe, et 7 025 de la Viscount.


Vauxhall Viscount, mai 1966


1970


A l'automne, un break Cresta, élaboré une fois de plus par Martin Walter, s'ajoute discrètement à la gamme, qui va survivre ainsi sans modification notable jusqu'à l'automne 1970. A cette date, la transmission automatique Powerglide est remplacée par une nouvelle boîte GM à trois vitesses. Supplantée par la Ventora animée par le même moteur 3,3 litres, la gamme des Cresta et Viscount est définitivement supprimée au mois de septembre 1972. Il est vrai que les chiffres de vente devenus dérisoires ne justifient plus le maintien de ces modèles, d'autant que la GM dispose toujours des Opel Admiral et Diplomat pour la clientèle européenne intéressée par ce genre de grosse voiture.

Ce retrait correspond d'ailleurs à l'amorce du déclin qui conduit la filiale britannique de la GM à s'étioler dans l'ombre de sa cousine germanique Opel. Malgré les Viva et Victor qui connaissent encore une certaine diffusion en Europe, la notoriété des Vauxhall s'amenuise face à celle d'Opel.

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