Automobilia, 30 juin 1926

Publicité Dunlop Cord Balon, par Delarue-Nouvellière


La contravention à chaque pas

Je pense que nos arrière-neveux, qui n'auront probablement pas beaucoup d'occasions de rire, pourront cependant se divertir à l'idée qu'en 1926 les maires des plus petites communes avaient la liberté absolue d'apporter toutes les entraves, susceptibles de leur passer par la tête, à la circulation des automobiles. Dire qu'en ce siècle où l'automobile est devenu un outil de travail de première nécessité, le " premier magistrat " d'une localité comprenant quatre maisons et située au surplus sur le bord d'une grande route, large et toute droite, peut obliger les automobilistes à rouler à 8 kilomètres à l'heure, ou à 0 m. 50 à l'heure si tel est le bon plaisir du " premier magistrat " en question, constitue un paradoxe charmant.

Avez-vous réfléchi qu'il n'est peut-être pas une seule localité de France où tous les automobilistes et motocyclistes qui traversent ne soient en contravention? Car on ne fera croire à personne qu'un véhicule mécanique puisse rouler de 8 à 15 à l'heure pendant toute la traversée des localités en question.

Aussi les procès-verbaux dépendent-ils absolument de la bonne humeur de ceux qui ont qualité pour les dresser. Si, pendant une journée, on se mettait dans toute la France à relever le nom de tous les " contrevenants " aux arrêtés fixant une limite de vitesse, on se rendrait compte que l'application stricte de ces arrêtés équivaudrait tout simplement à supprimer la locomotion automobile.

Au reste, certaines municipalités n'ont-elles pas reconnu elles-mêmes le ridicule de la limite de vitesse qu'elles ont imposé ? Il me souvient en effet de l'aventure arrivée à M. J. Bouvard, président du Motocycle Club de Lyon qui, passant un dimanche dans une localité où la circulation était très intense, et roulant exactement aux 12 à l'heure imposés, se vit menacer d'un procès-verbal parce que cette lenteur provoquait un embouteillage !

Que les maires prennent toutes mesures pour augmenter la sécurité de leurs administrés, d'accord. Mais sans imposer une vitesse maximum stupide à tous points de vue. La loi qui leur donne ce droit est à mettre au musée des antiquités.

Maurice Philippe


Publicité Georges Irat


La leçon de madame, pour monter les côtes ... et les descendre

- Aujourd'hui, Madame, nous prendrons une leçon de perfectionnement, sur un itinéraire accidenté.

- Je veux bien, car je ne me sens pas très sûre pour changer de vitesse dans les côtes.

- C'est justement ce que j'avais l'intention de vous montrer. Mais en plus de la montée des côtes, nous verrons la manière, ou plutôt les manières de les descendre.

- Donc partons.

- Je vois, Madame, que vous êtes plus à l'aise pour conduire ; la raideur des premières leçons commence à disparaître.

- Oui, je me sens de plus en plus chez moi.

- A la bonne heure ! Voici la côte ; elle n'est pas très dure, vous pourrez la monter par élan.

- Comment cela ?

- Accélérez et lancez fortement votre voiture ; abordez la côte avec l'accélérateur à fond ; la côte est droite, vous voyez d'ici le sommet, donc vous ne risquez rien. Accélérez, n'ayez pas peur, la route est bonne et libre. Là, vous voyez, l'élan vous porte jusqu'en haut, sans que vous ayez eu besoin de changer de vitesse.

- Il faut monter toutes les côtes comme cela ?

- Non pas ; seulement les côtes droites et courtes. Si une côte est en tournants, ou si vous ne voyez pas devant vous, il ne faut la prendre que prudemment, quitte à changer plus tôt de vitesse. Voilà justement la côte des trois tournants dans laquelle vous allez pouvoir vous exercer. Comme la vue est limitée, ne l'abordez pas trop vite ; 50 à l'heure, pas plus.

- Nous y sommes, le moteur ralentit.

- Regardez votre compteur : 45, 40, 35, 30 ... Vivement, passez en seconde ... Trop tard, la voiture est arrêtée. Le levier au point mort, serrez le frein, et reposez-vous.

- Qu'ai-je fait de mal ? La vitesse n'a pas voulu passer.

- Parce que vous avez été trop lentement. Pour bien passer à une vitesse inférieure, il faut débrayer à fond, et actionner le levier sans laisser au moteur le temps de ralentir. Ceci est très important. Ensuite, on rembraie progressivement, mais rapidement. Sans quoi la voiture s'arrête.

- Il me semble que je comprendrai mieux si vous m'expliquez pourquoi ?

- C'est bien simple. Si vous marchez à une vitesse donnée, 30 à l'heure par exemple, en prise directe, votre moteur tourne très lentement, mais en seconde vitesse, il tournera deux fois plus vite.
Pour que la vitesse passe bien, il faut donc que, pendant le passage, le moteur ait non pas ralenti, mais accéléré. Avez-vous compris ?

- Oui, mais comment faire ?

- Tout simplement ne pas abandonner complètement l'accélérateur pendant que vous débrayez. Mais entendons-nous, ceci n'est que pour passer à une vitesse inférieure, de troisième en seconde, ou de seconde en première. Pour remonter les vitesses, il faut au contraire, pour la même raison, ralentir le moteur.

- En somme, il faut mettre le moteur en harmonie avec la vitesse qu'il aura une fois la manoeuvre faite ?

- C'est parfaitement cela, de sorte qu'il y a deux règles : Pour descendre les vitesses, débrayer à fond, accélérer légèrement, pousser le levier avec décision et rembrayer. Secundo, pour monter les vitesses, débrayer légèrement en lâchant l'accélérateur, pousser le levier sans hâte pendant qu'on rembraie, et accélérer immédiatement.

- Tout ceci est bien délicat.

- C'est surtout question d'habitude, et tout le monde y arrive plus ou moins vite. Maintenant, repartons. Première, seconde... restez en seconde jusqu'en haut de la côte, vous ne pouvez pas reprendre la troisième.

- Comme le moteur ronfle !

- Ne l'accélérez pas trop pour ne pas le faire chauffer. La voiture n'ayant que trois vitesses, il ne faut guère dépasser 35 à 40 en seconde, même si la voiture voulait aller plus vite.

- Nous voilà tout de même en haut.

- Prenez la troisième ; il y a à peu près 500 mètres à plat, et puis après, une descente de deux kilomètres en tournants.

- Mais voyez donc, la descente est dangereuse, il y a un poteau. Donc, ralentissez, nous allons la prendre prudemment. Nous y sommes, lâchez complètement l'accélérateur, et freinez légèrement au pied, sans débrayer. Nous somme à 30 à l'heure, c'est bien, cessez de freiner et laissez la voiture descendre ; si elle a tendance à augmenter de vitesse, un léger coup de frein la ralentira.

- Comment, on descend en laissant le moteur tourner ?

- Mais oui, puisque vous avez lâché l'accélérateur, le moteur tend à tourner au ralenti, donc il retient la voiture. Si cela ne suffit pas, vous l'aidez un peu avec les freins.

- Mais je consomme de l'essence, tandis que si je débrayais, la voiture descendrait toute seule ?

- En réalité, vous consommez peu, puisque le moteur tourne au ralenti ; si vous descendiez au débrayé, les freins seraient chargés de toute la besogne de ralentissement, et ils auraient vite fait d'être usés.

- Voilà la descente finie, mais cela ne nous empêche pas de continuer d'en causer.

- Au point de vue de l'économie d'essence, il serait évidemment préférable de descendre les côtes au point mort, comme une bicyclette en roue libre, mais jusqu'ici, il n'existe pas de frein d'automobile capable de suppléer au moteur. Finalement, l'essence perdue vous coûte moins cher que l'usure des freins.

- Donc, pour descendre les côtes ?

- Force est bien de rester embrayé. Vous descendez en prise directe les côtes moyennes, en seconde, voire en première, les côtes et les raidillons de montagne.

- Et faut-il couper l'allumage ?

- Je ne le vous conseille pas. Du moment qu'il entre un peu de gaz dans les cylindres, il vaut mieux que ces gaz brûlent. Ils aident ainsi à évacuer l'huile qui, lorsque le moteur tourne à force au ralenti, tend toujours un peu à remonter dans les cylindres.

- J'aurais cru qu'il est mauvais de freiner sur un moteur qui tire ?

- Il ne tire pas, puisqu'il retient. Bien entendu, il ne faudrait pas aller jusqu'au calage du moteur, mais même pour s'arrêter complètement, il ne faut débrayer qu'au dernier moment, on s'arrête beaucoup plus vite.

- Ma pauvre tête !

- Nous en avons peut-être un peu trop vu pour aujourd'hui, mais tout cela allait ensemble. Encore une demi-heure de grand air, sur la route tranquille, et il n'y paraîtra plus.

Saint-Miltour


Publicité Citroën 10 HP

Sommaire Brèves - Sommaire site